À la rencontre de Caravan Palace

Quelques heures avant leur concert au Rocher de Palmer, Arnaud Vial et Charles Delaporte, deux des membres du groupe d’électro-swing Caravan Palace, nous ont reçu dans leurs loges afin de réaliser une petite interview dominicale. Groupe dont le premier Album éponyme est sorti en octobre 2008, leur style hybride fait se rencontrer jazz-manouche et électro. Un répertoire aussi bien dansant que mélancolique, leur palette musicale est à l’image de leur talent: Transcendante. On se laisse emporter par la voix de leur chanteuse (Zoé Colotis) tout en gardant les pieds sur terre pour esquisser des pas de danses électriques. On vous invite à découvrir quelques fragments du groupe à travers cette rencontre avec les fondateurs aussi survolté que passionné.

© Guillaume Ferran

Pouvez-vous nous parler des origines du groupe, nous partager une anecdote à propos de sa formation?


Arnaud : On s’est rencontrés au lycée avant d’aller à la fac où j’ai fait la connaissance de notre violoniste. A l’époque nous avions un groupe de jazz et nous faisions tous de l’électro à côté. Là j’en viens à l’anecdote sympa: Charles devait créer une production d’une remise au goût du jour des films porno des années 20, donc muet. Donc ils ont proposé de faire une musique un peu old school un peu modernisée; C’est comme ça qu’on a créé le premier morceau de Caravan.

Charles: Le projet n’a pas été au bout, mais nous avons fait écouter notre morceau autour de nous et on a eu des super retours comme quoi c'était frais, que ça ressemblait encore à rien de ce qui avait été fait…


Dans votre premier album vous aviez un morceau qui s’appelle Jolie coquine , s’agit t-il de ce fameux son que vous avez créé?


Charles: Non du tout, finalement nous ne l’avons pas gardé. Mais Jolie coquine est notre deuxième morceau


Au fil du temps vos albums sont restés fidèles au style electro swing, cependant on ressent des variations avec des inspirations qui ont un peu changé, vous pouvez nous parler des changements, de vos fonctionnement pour chaque album?


Le premier album était vraiment basé Jazz Manouche avec des inspirations issues de Django REINHARDT qu’on aimait vraiment beaucoup, mais très vite on avait peur de tourner en rond donc on a décidé de changer de registre. Après ça on s’est tourné vers le swing américain des années 20-30 sur le deuxième album Panic, sur le troisième on avait envie de pousser un peu le truc en allant vers les années 50-60 avec des petites influences rock à Billy , limite soul. Et je crois que le dernier album est dans la même veine que le troisième mais en un peu plus pop, on avait envie de faire des chansons donc on a invité différents artistes qui amènent une autre couleur en termes de voix.

On a pas eu envie de répéter les mêmes choses sans forcément s'éloigner de notre style de base.

© Guillaume Ferran

Vous considérez-vous comme étant les pionniers de "l'électro swing"?


Hmmm...je crois que oui vu qu'on est est vraiment arrivé avec ce groupe au moment de l'émergence de ce style. Il y avait nous et un autre artiste, Parov Stelar. On s'envoyait même des messages, lui voulait nous signer dans son label car il en possédait un. Nous sommes un peu les précurseurs du genre !


Votre tournée devait avoir lieu un petit peu après la sortie de votre dernier album Chronologic , sauf que les évènements de ces deux dernières années en ont décidé autrement… durant cette période avez-vous préféré couper un peu les ponts, ralentir, faire un retour aux sources, ou bien en avez vous profité pour travailler sur de nouveaux projets ?


On a directement commencé à bosser sur un prochain album. Après la déception de ne pas pouvoir défendre Chronologic sur scène, nous nous sommes de suite remis au studio. C'était pas forcément évident au début: puisque nous étions enfermés chez nous, on se sentait obligé de sortir de la musique, d'être productif, il y avait une espèce de petite pression.

On a eu de la chance que l'album sorte quand même six mois avant le premier confinement, on a tourné un peu. On a même eu le temps de faire notre Zénith de Paris, mais in extremis : le lendemain de la date, on nous a annoncé le confinement.

On était pas en mode déconne car on savait que la musique qu'on faisait était quand même cool, entraînante, on avait eu de bon retour et il y avait un vrai potentiel.
© Guillaume Ferran

Le premier album est sorti il y a plus de 12 ans maintenant, est-ce qu'au moment de sa sortie vous vous attendiez à un tel succès? Étiez vous dans une optique très sérieuse ou plus en mode délire passager?


On était pas en mode déconne car on savait que la musique qu'on faisait était quand même cool, entraînante, on avait eu de bon retour et il y avait un vrai potentiel. Après c'est sûr qu'on s'est fait un peu dépassé par l'ampleur de la réception. Ce qui nous a surtout dépassé c'est quand on a vu que la musique a eu un certain succès aux États-Unis . On a vu que le groupe dès ses débuts avait le potentiel d'être un peu connu partout: on s'était dit qu'on allait faire ça, être écouté un peu partout! En France on a eu beaucoup plus de succès qu'on l'imaginait. Au niveau du troisième album, ça a été la grosse surprise de voir la réception aux États-Unis notamment au niveau du titre Lone Digger .


On retrouve au niveau de morceaux, des sons très entraînants, très dansants, très motivants tout comme des sons plus nostalgiques. Est-ce un résultat du hasard ou bien est-ce que ce fut prémédité en accordant une certaine hétérogénéité à vos albums?


On est très éclectique dans ce qu'on écoute : on peut aussi bien écouter des sons tristes , mélancoliques comme des sons plus joyeux et dansants. C'est pas un calcul de notre part, on aime bien faire des albums plutôt contrasté

C'est cool de ne pas être obsédé que par la nouveauté, d’aller chercher des artistes oubliés. Même les plus grands artistes fonctionnent comme ça ...