Rencontre avec Apolline et Noémie, co-fondatrices du collectif Attaques Acides

Attaques Acides est un compte Instagram qui a été créé afin de dénoncer des propos discriminatoires, lors de teufs ou rave-party. Les témoignages récoltés et postés sur ce compte sont mis en avant de manière anonyme et ont pour but d’encourager une prise de conscience et de parole au sein de ce milieu.

Apolline et Aimée sont ici pour nous en dire un peu plus sur cette mobilisation.

© Apolline Attia
Les premières revendications sont principalement politiques et sociales. Ces zones d’autogestion temporaires (Z.A.T) permettent de créer des lieux sans hiérarchie où chacun peut être libre de fêter et de s’amuser sans jugements de valeurs ...

Tout d’abord, merci de prendre le temps de répondre à mes questions. Pouvez-vous vous présenter, en quelques mots ?

Nous sommes deux toulousaines de 22 et 24 ans, Apolline et Aimée. Nous avons toutes les deux commencé les free, raves vers 15 ans, et sans se rencontrer on a souvent fréquenté les mêmes cercles. Devenues très amies quelques années plus tard, nous avions la même sensibilité musicale et la même colère face à ce monde dans lequel nous vivons.

Ayant rencontré un tas d’aventures pas toujours drôles ou faciles à raconter, on a évolué, ensemble, pour devenir les femmes que nous sommes aujourd’hui et sommes vraiment reconnaissantes de porter ce projet.


Quel est selon vous, initialement, l’engagement de ces raves party, teufs ?

Les premières revendications sont principalement politiques et sociales. Ces zones d’autogestion temporaires (Z.A.T) permettent de créer des lieux sans hiérarchie où chacun peut être libre de fêter et de s’amuser sans jugements de valeurs, stigmates ni pression d’une autorité qui se voudrait pour le bien commun mais qui ne fait que réprimer et invisibiliser. La notion de communauté fait partie intégrante de ce milieu, ainsi que la bienveillance et le soutien.


Existe-t-il un organisme qui protège et encadre en cas de dérapage ou d’agressions verbales sur place ?

À notre connaissance, il y a actuellement des personnes sur le terrain, notamment les associations de RDR (réduction des risques), pour accompagner et écouter le public en cas de problème, que ce soit lié aux consommations, agressions ou autres, mais leurs actions se limitent à de l’écoute.

© Apolline Attia
Nous étions déjà conscientes de ces discriminations mais c’est à partir de ce moment qu’on a réalisé qu’il fallait agir. Car la lecture de ces déclarations nous a fait remonter des souvenirs personnels.

Comment est venue l’idée de créer ce compte ?

C’est en lisant des témoignages sur le sexisme dans l’industrie musicale, (particulièrement un qui traitait notamment d’une expérience en teuf) que nous est venue l'idée de ce compte. Nous étions déjà conscientes de ces discriminations mais c’est à partir de ce moment qu’on a réalisé qu’il fallait agir. Car la lecture de ces déclarations nous a fait remonter des souvenirs personnels. On s’est donc aperçues qu’il était nécessaire de créer cet espace de partage de paroles, pour qu’à leur tour, d’autres personnes puissent réaliser que ces comportements existent. Ce n’est pas toujours évident, car ce sont des souvenirs qui peuvent être douloureux, et généralement, on ne souhaite pas se les remémorer. Mais aujourd’hui, il est nécessaire que chacun·e·s prennent consciences de ces problématiques, qu’ils/elles soient directement concerné·e·s, ou non. Cette prise de conscience doit être collective.


© Attaques Acides

Quel message souhaitez- vous renvoyer à travers ce mouvement ?

On souhaite du soutien, de la bienveillance et de la présence. Il y a aussi une dimension clairement politique qu’on souhaite exploiter, contre l’appropriation de nos mouvements, par des néonazis (pour ne citer qu’un exemple), contre cette société compétitive et capitaliste où l’on place profits et spoliation des terres au-dessus de l’humain. Afin de tenter de conscientiser sur l’inclusivité, ce qui nous paraît primordial dans l’organisation d’une société saine.




Avez-vous prévu, à l’insu de cette situation sanitaire, des réunions, évènements pour sensibiliser les participants ?

Nous nous sommes rapprochées de plusieurs associations de réduction des risques, notamment Korzéame. Il y a déjà une sensibilisation des participants par les associations lorsqu’elles sont présentes sur place. Aujourd’hui, on aimerait travailler main dans la main avec ces associations, pour qu’on puisse proposer de nouvelles façons de sensibiliser les gens.

© Apolline Attia

Le fait que les témoignages soient anonymes, c’était une condition pour la mise en place de ces dénonciations ?

Notre volonté était que tous les témoignages soient anonymes afin qu’un plus grand nombre de gens s’y reconnaissent. Il est important de ne pas influencer de potentiels "règlements de compte” par commentaires interposés. C’est également pour éviter de rattacher un acte à une personne directement et mettre en avant le fait que ces comportements sont systémiques et peuvent être commis par tout “type” de personne. La notion d’anonymat est également importante dans la libération de la parole, pour que les personnes qui témoignent le fassent sans crainte des répercussions.


© Attaques Acides

Est-ce que le fait qu’actuellement, sur divers sujets, les langues se délient et qu’on accepte de moins en moins les discriminations, bavures, propos misogynes,

a contribué à la création de ce mouvement?

Oui tout à fait, encore une fois on n’invente rien, on relaie simplement des luttes qui sont là depuis plusieurs siècles et qui grâce à internet et notre ère de communication sans limites, se retrouvent inexorablement sous le feu des projecteurs. Nous suivons toutes les deux un grand nombre de collectifs féministes et/ou politisés extrême gauche, et avons senti qu’on avait la capacité de soutenir ce projet, alors nous nous sommes lancées !


Il fallait des boucs émissaires pour masquer la politique de technocrates particulièrement infecte qu'à notre sens, le gouvernement a pu mener.

Pour terminer, en vous remerciant pour votre mobilisation, comment avez-vous vécu cette longue pause, due à la COVID 19, dans ce milieu où le partage et le rassemblement humain semblent prépondérants?

Pour ne rien vous cacher, nous avons vécu cette période avec beaucoup de colère et d’inquiétude, et ça a été particulièrement difficile à vivre.

Isolés, traqués dans nos déplacements, précarisés, traités d’irresponsables et d'égoïstes. Il fallait des boucs émissaires pour masquer la politique de technocrates particulièrement infecte qu'à notre sens, le gouvernement a pu mener.

Ils ont choisi de taper sur ceux qui remettent en question les schémas sociaux ou qui continuent simplement de célébrer tout ce qui mérite de l’être, à commencer par la vie.

Le principe des teufs, raves était souvent incompris mais avec la covid 19, nous avons senti que nous avions dépassé ce stade, nous étions considérés comme des jeunes irresponsables qui s’amusent pendant que d’autres risquent leur vie.

Nous avons ressenti un profond reproche quant à nos interrogations concernant la mise en place de leurs règles, la pertinence de leurs lois.


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Léa Vincent I 08.06.2021