Rencontre avec Babysolo33

Dernière mise à jour : 30 nov. 2020

Bientôt un an après son premier EP Solo2019, nous rencontrons BabySolo33 dans son appartement quartier des Capucins, une artiste émergente originaire de Biarritz faisant ses armes dans sa chambre bordelaise ne cesse de se faire entendre. Notamment représentante de la Nouvelle Aquitaine aux Inouïs du Printemps de Bourges, la néo-trappeuse se forge une notoriété dans le monde du rap et de la musique plus largement.

© Totally Production

Peux-tu nous parler un peu de toi, de ta musique, de tes influences ?

Salut alors moi c’est BabySolo33, je fais de la musique depuis maintenant deux ans. Ma musique vient de toutes les influences que j’ai pu avoir et qui ne sont pas forcément du rap. À la base, comme bon nombre de petites filles, j’écoutais Lorie, Gwen Stefani ou encore même les t.A.T.u. Puis mes copines étaient plus accès R’n’B avec par exemple les Destiny’s Child. Et enfin un jour j’ai téléchargé un son de Yung Lean, Hennessy & Sailor Moon, notamment parce que le nom me parlait et que j’avais déjà lu un article sur cet artiste. Par la suite j’ai découvert Trippie Redd, Hamza, PNL sur la même période et c’est là, entre deux soirées karaoké avec mes copines que j’ai vraiment commencé à faire ma propre musique sur fond d’autotune. J’avais déjà goûté à l’écriture étant plus petite avec notamment la poésie, une des seules matières où j’avais de bonnes notes *rire*. De là, j’écris mon premier son, elles ont trop kiffé et je décide de leur faire un EP Summer pour qu’elles puissent s’ambiancer tout l’été à la plage. Ma musique se trouve dans le fossé entre des sons dansant à la Aya Nakamura et des mélodies plus tristes à la Yung Lean.

© BonEs Photo
J’aime bien faire mes clips toute seule, du coup avec plus de moyens, je pourrais revenir avec des trucs plus lourds.

Comment as-tu vécu ces derniers temps, tu tires du positif de ce confinement ?

Du positif ouais tout d’abord parce que tu te retrouves face à toi même donc ça t’oblige à réfléchir. Mais je me suis également dit que la musique ne rapporte pas forcément d’argent et après avoir passé des mois à ne faire que ça sur Paris avec Yassine mon manager, j’avais tout de même besoin de trouver une rentrée d’argent et de bosser comme tout le monde. Coffrer pour mieux réinvestir et offrir à ceux qui m’écoutent des projets plus construits et qualitatifs. J’aime bien faire mes clips toute seule, du coup avec plus de moyens, je pourrais revenir avec des trucs plus lourds. Maintenant je bosse avec un pote qui a un Grec aux Capucins Adana Kebab, où j’ai appris à tout faire donc c’est cool. Ça m’a permis de prendre le temps, de réfléchir à ma musique et à la couleur que je souhaitais apporter à mes prochains projets. Humainement ça m’a aussi apporté, j’étais plutôt du genre à rester chez moi faire de la musique. Là je suis au contact des gens tous les jours dans un quartier très vivant, ça m’a davantage ouverte d’esprit et donné d’autres inspirations.

En regardant ton profil Instagram j’ai eu l’impression que t’es vraiment plongé dans un univers presque fictif (dessins animés, ambiance glitter, paillettes…) Comment qualifierais-tu ton univers ?

En effet c’est ça, ma vie c’est comme un « teen movie » qui ne s’arrête pas. Je suis un peu bloqué dans un film d’ado genre Clueless, Lolita malgré moi, je kiffe cette esthétique très américaine plutôt que le fond bien entendu. C’est le genre de films que tu peux regarder entres copines en lendemain de soirée, sans chercher à te prendre la tête. Ma vie je la rêve tout le temps, je m’imagine pleins de trucs depuis petite. Quand je prends le bus par exemple, j'ai tendance à analyser les gens autour de moi. J’ai un faible pour les dessins animés aussi genre les Totally Spies, mon univers c’est un mélange de toutes ces cultures. Toujours avec nostalgie des moments que je passais avec mes copines. La vie change, je ne suis plus en permanence avec elles, chacun vit sa vie. J'espère que je grandirai un jour mais là je suis encore bloquée là dedans.

Tu crois que les gens s’intéressent à ta musique, mais ce n’est pas ta musique qu’ils veulent. C’est ça qui est vexant parce qu’il y a pleins de collaborations qui sont flinguées alors qu’il y aurait moyen de créer une œuvre trop cool.

Comment vois-tu la place de la femme dans la musique aujourd’hui, notamment dans le milieu du rap ? Et comment as-tu évolué dedans ?

Je trouve qu’on m’a fait une place assez cool, y’a eu un bon engouement, je ne pensais pas que ma musique aurait été si bien accueillie. Je suis flattée qu'il y ait beaucoup de garçons qui m’écoutent. Aux vues du public on a carrément notre place, y’a un gros créneaux à prendre pour toutes les meufs qui font de la musique. En revanche dans le milieu quand tu y es, c’est plus compliqué, bon nombre de fois j’aurais voulu être un garçon parce que ça m’a fermé plein de portes. Tu crois que les gens s’intéressent à ta musique, mais ce n’est pas ta musique qu’ils veulent. C’est ça qui est vexant parce qu’il y a pleins de collaborations qui sont flinguées alors qu’il y aurait moyen de créer une œuvre trop cool. Y’a des gars qui s’arrêtent juste au fait que je ne « veux » pas d’eux, c’est dommage. Il faut juste comprendre qu’on fait de la musique, on travaille. En ce moment ça parle beaucoup de ça, et c’est une bonne chose que des femmes arrivent à témoigner.

© DR

T’es chez Colligence un label alternatif parisien, comment t’entoures-tu dans ta musique ? Ta relation avec ton manager ?

À l’époque de Cœur Bleu je faisais ma promo sur Tinder, Yassine label manager chez Colligence m’a trouvé par ce biais. Il m’a démarché en m’expliquant qu’il cherchait un artiste de mon acabit dans cette vibe rap. Il voulait un élément plus street que les autres artistes du label Colligence qui sont plus dans un genre alternatif. Il avait vraiment l’envie de défendre un projet lui tenant davantage à cœur. BabySolo33 était alors l’incarnation de cet hybride entre pop et rap.

De là on s’est rencontrés, puis on a commencé à rider ensemble. J’ai passé quasiment un an sur Paris à ses côtés pour essayer de trouver des studios, salles de répétitions… Le matin on prenait le scooter et on allait taper des portes jusqu’au soir. Et Yassine à continuer ainsi pour faire avancer le projet encore plus vite.

Ça a pu être un peu brutal au début, sortir de sa zone de confort, passer de sa chambre à la scène mais à l’arrivée c’est professionnalisant

Quel est ton rapport à la scène ? Est-ce que tu kiffes ca ?

Ouais j’aime vraiment même si ça a pu être compliqué par moment. Je me rêvais pas mal le truc, genre j’allais être suivie par mes copines à chaque concert, on le vivrait ensemble. Y’a eu une ou deux dates où j’étais à la limite de chialer sur scène, je me suis sentis parfois seul au début. Par la suite ça s’est très bien passé et j’ai repris goût à la scène, en fait tout dépend de l’environnement dans lequel tu es. Ça a pu être un peu brutal au début, sortir de sa zone de confort, passer de sa chambre à la scène mais à l’arrivée c’est professionnalisant. Puis des fois tu peux être amené à jouer devant un public qui n’est pas forcément là pour toi, ou encore devant des professionnels du milieu musical. C’est pas toujours évident quand tu te lances et que tu te demandes encore quel chemin de vie prendre. Quand Colligence m’a démarché j’étais à la limite de vouloir faire du son que pour moi, de trouver un travail plutôt vers le cinéma car à la base je faisais mes études dedans.

© Joanna Doukov
Puis quand tu écris tu te poses toujours pleins de questions sur toi-même, c’est hyper égocentrique, mais à l’arrivée tu finis par apprendre sur ta personne.

Tu disais en interview que ton premier morceau racontait une histoire d’été non abouti, vis-tu l’écriture comme une thérapie ?

Alors en fait je me suis rendu compte que ce n’était pas mon premier son. J’avais écrit mon premier son au ski avec mon papa, je tenais à le préciser, et le sujet c’était sur l’Italie (mon papa est italien) et les pizzas que je mangeais en haut des pistes. Mais sinon ouais de ouf, pour en revenir à la question c’est carrément ça. Après l’EP Summer pour mes copines, je voulais appeler le suivant Skizo. Notamment par rapport à la manière dont je l’ai conçue, je perdais la notion du temps, ça taffait le jour, la nuit. Mais aussi sur ce que j’écrivais, d’un son à l’autre je me contredisais, je savais plus que je disais. Puis quand tu écris tu te poses toujours pleins de questions sur toi-même, c’est hyper égocentrique, mais à l’arrivée tu finis par apprendre sur ta personne. J’ai grave appris sur moi grâce à la musique et je me suis interrogé sur de nouvelles choses. J’avais toujours tendance à revivre des choses du passé avec nostalgie. J’ai compris que j’étais ce que je suis en ce moment et je suis davantage revenue dans le présent. Donc ouais l’écriture pour moi je la vois grave comme une thérapie.


Bientôt un an après la sortie de SOLO2019, comment envisages-tu la suite ? Bientôt un projet ?

Je me suis posée un petit moment pour réfléchir, pour prendre le temps d’être sûre de savoir vers où je souhaitais aller, également faire un peu d’argent comme on disait tout à l’heure. Je vais bientôt revenir avec un prochain EP et j’aimerai également refaire de la scène. Mon dernier live c’était à l’IBOAT invité par z0ne, trois jours avant le premier confinement j’avais vraiment trop kiffé et du coup je suis un peu resté sur ma faim.

© Babysolo33

Te verrais-tu dépasser les frontières de la musique ?

Oui carrément comme j’ai dit précédemment, j’ai fait un an d’école de cinéma, ça m’a toujours passionné de représenter les choses qui m’entourent tout comme dans la musique. Pour dire vrai j’ai pas mal de scénarios ou de trucs écrits que j’ai envie de mettre en image. Maintenant c’est toujours la même chose, il faut avoir les moyens financiers, faire de bonnes rencontres… On va laisser la vie faire on verra par la suite.


Avant de se quitter peux-tu nous donner ton son du moment ?

Le son de la fin : 1PLIKÉ140 Freestyle Batard IV


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Max Leobon I 29.11.20

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© Joanna Doukov