Bon Entendeur : nom de code "001"

Mis à jour : 28 nov. 2020

Nostalgie, éloquence et rythme : un cocktail surprenant que Bon entendeur maîtrise depuis déjà quelques années.

Après Aller retour, un premier album auréolé de succès, le collectif parisien sort 001, une compilation haute en couleurs sous l’égide de leur propre label : BE Records. À cette occasion, Nicolas, Pierre et Arnaud ont répondu à nos questions.

© Alice Kong
Ça veut dire plein de choses pour nous de monter un label. Nous, on sent pas trop de pression. Alors, on espère que ça va plaire au gens mais on se « contente » d’avoir soutenu pas mal d'artistes

Avec ce nouveau projet vous revenez à votre ambition première, faire découvrir des artistes musicaux, partager des coups de cœur. Un travail entamé avec votre premier site, autour de 2011 si je ne me trompe pas. Là, vous créez carrément un label : comment vous en êtes venu à monter BE Records ?

Arnaud : On avait une volonté de pousser un peu plus loin cette démarche de faire découvrir des artistes qu’on adore et on trouvait que le format de compilation s’y prêtait super bien. C’est un projet qu’on a en tête depuis longtemps et qui s’est concrétisé grâce au Covid. Sans le confinement, on aurait été en tournée et on aurait jamais eu le temps de faire ça.


C’est un jalon important dans votre carrière. Comment le ressentez-vous au quotidien ? Ça implique quoi comme charge de travail, comme doutes, libertés ou contraintes ?

Nicolas : Ça veut dire plein de choses pour nous de monter un label. Nous, on sent pas trop de pression. Alors, on espère que ça va plaire au gens mais on se « contente » d’avoir soutenu pas mal d'artistes, de prendre des tracks que nous on adore ou qu’en tout cas on trouve cool et de les mettre sur cette compilation pour la proposer au plus grand nombre. La prise de risque, au final, est relativement faible.

On a fait ça pour se faire plaisir pour mettre les artistes en avant et c’est tout pour l’instant ! Il y aura ensuite d’autres compilations si ça marche bien (on aimerait en faire 2 par an). Mais c’est un investissement qui reste moins important que la démarche qui va consister à signer un artiste pour développer son projet.

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Et vous envisagez cette perspective à moyen ou même long terme ?

Nicolas : On vient de nous poser la question encore aujourd’hui et c’est vrai qu’on y avait pas pensé. On y va étape par étape. Là, on avait envie de proposer une compilation dans un premier temps. Si ça marche, à l’avenir, on ne s'interdit rien. Mais ce n’est pas d’actualité, pour le moment, on se concentre sur cette compilation ainsi que sur notre album à nous (qui va arriver en 2021). Mais peut-être un jour, ouais.


Comment avez-vous sélectionné les artistes présents sur 001 ?

Arnaud : On connaît certains d’entre eux depuis plus ou moins longtemps. La première fois qu’on a vu Jean Tonique c’était en 2014, on s’était croisé pas mal de fois notamment au festival du Cercle, à Chambord... Tout ça pour dire qu’en fait ce sont des artistes qui globalement gravitaient dans nos esprits, dans l’univers musical qu’on aimait bien. On les poste souvent dans nos mixtapes, on les écoute souvent, on se retrouve régulièrement en festival avec eux. Quand on s’est dit « Bon, allez les gars ! On fonce on va lancer une première compilation » y’a naturellement beaucoup de noms qui nous sont venus en tête. On les a contactés et la plupart étaient tout de suite hyper chaud de le faire.

Il y a aussi des artistes qu’on connait un peu moins, je pense notamment à Courrier sud. La première fois qu’on l’a plébiscité c’était pour la mixtape de Gérard Darmon avec son titre Dreams qui est la closing de cette mixtape. Leur univers musical nous a touché (qu’il soit proche du nôtre ou pas d’ailleurs).

Il y a aussi un aspect assez solaire. C’est quand même assez pop hein ! Même si ça veut tout et rien dire

Si vous deviez décrire l’ambiance générale de 001 en quelques mots ?

Arnaud : On déteste ce mot mais… C’est de la musique qui, globalement, est positive et qui met de bonne humeur - je le garde en français pour ne pas dire feel good music - on déteste ça mais c’est un peu ce qui en ressort quand même. Avec quelques petites notes bossa nova…

Nicolas : Il y a aussi un aspect assez solaire. C’est quand même assez pop hein ! Même si ça veut tout et rien dire, je pense qu’on peut qualifier cette playlist de pop ?

Indie Pop et nu disco à ce que j’ai lu… Ce sont des genres de prédilection ?

Pierre : Je pense qu’on est attaché à plein d’univers . C’est bête mais on est trois, chacun a ses styles musicaux propres : vieille chanson française, disco, rap… Je pourrais t’en citer une quinzaine qui nous correspondent. Je me reconnais dans l’indie pop, chanté en anglais, en français… avec des sonorités actuelles. Nu disco, un peu moins même si dans nos mixtapes il y en a beaucoup. Sur le prochain album, on va tendre un petit peu vers ça..

Nicolas : Cette playlist est qualifiée de pop et de nu disco mais c’est probable que celle d’après soit dans un style complètement différent.



À propos de prédilection, qu’est ce qui, en premier lieu, vous a donné envie de travailler dans la musique ? Il y a un morceau, un artiste ou un concert qui vous a poussé à vous lancer ?

Arnaud : Alors c'est complètement dépassé et c’est pas quelque chose qu’on assumerait aujourd’hui mais me concernant c’était le remix de One day d’Asaf Avidan par Wankelmut. Ça m’a fait un peu découvrir un pan de musique et j’ai trouvé que c’était hyper intéressant. J’ai commencé à m'intéresser à la musique électronique avec un regard qui dit plutôt « je veux en faire » que « j’aime bien ».

Nicolas : Moi j'ai eu un déclic, je m'en souviens très bien, à Calvi on the Rock en 2012. Je me souviens de ce set de Breakbot et Irfane en after. J’étais là pour m’occuper d’eux (je bossais pour le festival) et en fait, ils balançaient pleins de tracks des années 70, 80. De la funk, de la disco… Et franchement j’en connaissais quasiment aucune parce que c’était assez pointu et… j'ai pris une énorme claque ! Et ce qui a beaucoup joué c’est qu’Irfane, voyant que j’adorais, me donnait les références des morceaux. Il faut savoir que certains DJ ont ce côté un peu précautionneux, ils aiment garder leur samples pour eux, lui n'arrêtait pas de me dire « prend ton téléphone, note » ou « intéresse toi à ci, intéresse toi à ça...». J’ai trouvé hyper cool cette envie de partager des morceaux pas forcément connus de tous et c’est à partir de là que je me suis dit « tiens, j’aimerais bien faire un truc dans la musique. »

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La première voix qui nous est venue à l’esprit c’était celle de DSK, dans un esprit un peu parodique. On avait employé le discours qu’il avait tenu au 20h pour se dépatouiller de son affaire avec Nafissatou Diallo.

On vous a sûrement posé un million de questions sur le sujet mais j’aimerais qu’on parle des mixtapes « entretien de personnalité ». Comment avez vous eu l’idée ?

Pierre : L’idée nous est venue en 2013. Historiquement on faisait des playlist sur Soundcloud, on enchaînait les sons sans transition. La première fois qu’on a voulu faire une mixtape - c'est-à dire faire des transitions entre les morceaux - on s’est dit que ce serait cool de se démarquer des autres pages qui faisaient ça. Je sais pas si tu te souviens mais en 2013, il y avait des centaines de pages en France qui faisaient des compilations et mixtape. On a réfléchi et on s’est dit pourquoi ne pas rajouter une voix par dessus ? La première voix qui nous est venue à l’esprit c’était celle de DSK, dans un esprit un peu parodique. On avait employé le discours qu’il avait tenu au 20h pour se dépatouiller de son affaire avec Nafissatou Diallo.

On avait trouvé ce discours assez fort parce que c’était la langue de bois par excellence, il ne disait rien… mais en même temps t’étais limite désolé pour lui tu vois.


On trouvait le concept cool - de faire parler des gens en musique - en revanche on ne voulait pas que ça deviennent un truc parodique.. compiler les meilleures blagues... On s’est dit qu’il y avait mieux à faire que d’utiliser des personnes comme DSK et ça a donné ces mixtapes de personnalités. Des personnalités charismatiques qui nous touchent, parfois qui ont des messages, des combats…


D’ailleurs, je me suis toujours demandé comment vous les choisissiez… Au coup de cœur, au feeling ?

Pierre : En fait il n’y pas de règle, pas de stratégie… On en discute entre nous, il peut y avoir des noms qui viennent, qui repartent. Certains reviennent depuis des années, je pense à Marion Cotillard, on aimerait l’interviewer depuis longtemps mais on n'en a pas encore eu l’occasion... Des personnes charismatiques, qui représentent à leur manière le patrimoine français ou francophone.


Un patrimoine auquel vous semblez particulièrement attaché...

Pierre : Oui, il y a un attachement à notre culture, française ou pas. Après, on a pas du tout la prétention de dire que l’on s’occupe de la promotion de la culture française, elle s’en sort très bien sans nous. Si elle s’exporte grâce (un peu) à nous c’est génial, en tout cas c’est quelque chose qui nous touche. L'esthétique est jolie, on pense au premier album avec les années 70, les styles musicaux, vestimentaires... Souvent le mot qui revient c’est « l’insouciance ». Ça aussi ça nous touche alors qu’aucun de nous n’a connu cette époque.

Comment s’organisent vos entretiens ? C’est vous qui allez à la rencontre des artistes que vous interviewez ou est-ce que vous recevez des propositions ?

Nicolas : Dans la plupart des cas, c'est nous qui faisons la demande. Ça peut prendre beaucoup de temps parce que ce sont des personnes qui sont très occupées. Après, on a eu quelques propositions émanant de personnalités, mais on trouve ça assez élégant de ne pas le préciser. Ça arrive de plus en plus et on est, évidemment, hyper flattés.

Nous on essaye dans la mesure du possible de s'orienter de plus en plus vers d’autres milieux, on a déjà fait pas mal de chanteurs ou de chanteuses, on a la volonté de s'intéresser un peu plus au milieu du sport.

J’ai l’impression que ces personnalités sont souvent issues du milieu du cinéma. C’est un univers qui porte une résonance particulière pour vous ?

Nicolas : Alors il y a de ça, après une fois ce constat fait, nous on essaye dans la mesure du possible de s'orienter de plus en plus vers d’autres milieux, on a déjà fait pas mal de chanteurs ou de chanteuses, on a la volonté de s'intéresser un peu plus au milieu du sport.

Maintenant, le milieu du cinéma est assez évident aussi parce qu’un acteur ou une actrice a pu faire pleins de films et peut-être toucher un public un peu plus large là où un sportif de haut niveau va toucher un public peut-être moins large. Mais on ne compte pas se restreindre à l’avenir, parce qu’il y a pleins de choses intéressantes à raconter dans plein de domaines...


Retrouvez la première Compilation 001 par BE Records le 11 décembre prochain !

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Maeva Gourbeyre ⎮ 13.11.2020

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