Bordeaux Rock the Casbah !


Depuis maintenant 15 ans, le festival Bordeaux Rock fait partie intégrante de la vie culturelle bordelaise. Depuis sa création, il a réussi à se hisser au rang de véritable événement musical et, durant quelques jours fin janvier, réunit plusieurs génération autour d’une programmation rock, mais pas uniquement. Nous avons rencontré Aymeric Monségur, directeur et programmateur du festival.



Bonjour Aymeric, et ravi de vous rencontrer. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Aymeric Monségur : Bonjour ! Je m’appelle Aymeric Monségur, et je suis programmateur du festival Bordeaux Rock, mais également coordinateur de l’association Bordeaux Rock. Je l’ai rejoint il y environ quatorze ans, un petit peu moins d’un an après sa création. Nous fêtons cette année le quinzième anniversaire de l’association, et du festival Bordeaux Rock !


Association et festival Bordeaux Rock sont donc deux choses distinctes ?

En fait, c’est l’association Bordeaux Rock qui a créé le festival, et qui continue à l’organiser. Au départ, l’association a été montée par des anciens du rock bordelais, c’était surtout pour raconter l’histoire du rock à Bordeaux. On voulait être un label de disque et sortir des rééditions de tout ce qui avait fait le rock dans les années 80 dans la région. On a également sorti un livre (Bordeaux Rock), puis des compilations de rock des années 70, 80 et 90. Puis naturellement on s’est intéressé à la jeune scène locale. Au sujet du festival, dès janvier 2005 on a voulu faire une soirée historique pour reformer les groupes de l’époque et pour la sortie de la compilation CD. Puis l’année suivante, on s’est intéressé à la jeune scène locale, et c’est rapidement devenu le festival Bordeaux Rock. À l’époque, le festival durait deux jours et se déroulait à la Rock School Barbey.


Et comment cela a-t-il évolué ?

Eh bien au départ on faisait jouer surtout des groupes de rock, puis de fil en aiguille l’association s’est développée, nos goûts ont également évolué et on a commencé à s’intéresser à la scène électronique bordelaise. C’était vers 2007-2008, à l’époque où l'IBoat s’est monté, donc on a organisé un certain nombre de concerts dans cette salle.

L’association a été créée à l’époque par des gens qui avait 40 à 50 ans et qui avaient déjà vécu pas mal de trucs, mais qui avaient un réel désir de transmission. C’est normal que l’on continue à proposer des artistes et des genres de l’époque, mais également que l’on se tourne vers des choses plus actuelles. Ça permet de mélanger les anciens avec les nouveaux, de faire une sorte de crossover. Depuis quelques années, le festival dure quatre à cinq jours et on invite des artistes nationaux et internationaux. Mais il y a toujours cette soirée locale, qui existe depuis 2006 et qui s’appelle Rock en ville. C’est le jeudi soir et c’est un genre de parcours des bars et petites scènes de la

ville. En achetant un pass à 5€, on peut parcourir de nombreux lieux de Bordeaux dans lesquels sont organisés des concerts de groupes locaux, on y tient beaucoup.


Thurston Moore (Sonic Youth) © Vera Marmelo

Que pouvons-nous attendre de cette quinzième édition ?

C’est la plus grosse édition du festival, le budget est de 30% supérieur à celui de l’année dernière. On a réussi à faire venir quelques gros noms : Peter Hook notamment, qui était le bassiste de Joy Division mais également Thurston Moore (leader de Sonic Youth) qui va faire pour la première fois en France son projet New Noise Guitar Exploration avec la bassiste de My Bloody Valentine et le batteur de Sonic Youth. C’est un méga groupe et c’est vraiment un événement d’avoir ça.

On a également une grosse soirée EBM électro le vendredi avec deux des plus gros noms du genre : Fixmer / McCarthy et Patrick Codenys (membre de Front 242). C’est un style vraiment à part mais ça vaut le coup ! Et puis on a beaucoup d’autres groupes, dont des groupes locaux très prometteurs.



Peter Hook © Julien LachaussÇe

Justement, quelle agréable surprise d’avoir Peter Hook à Bordeaux !

Oui, on a réussi à l’avoir en coproduction avec l’IBoat. On le voulait tous les deux depuis plusieurs années, et vu que ça tombait pendant le festival et qu’on s’entend bien, on a décidé de le faire ensemble et on a choisi la salle du Grand Parc parce qu’elle est un peu plus grande. Comme il est en tournée, on a réussi à l’avoir le mercredi soir, mais c’est un événement !


C’est assez symbolique que Bordeaux Rock prenne possession de cette salle.

En effet, c’était un haut lieu de la musique rock des années 60 au début des années 90. Les plus grands noms du rock y ont joué. La salle a fermé dans les années 90, mais la municipalité a décidé de la réhabiliter l’année dernière. C’est d’ailleurs nous qui avons fait la soirée d’ouverture en reformant d’anciens groupes, et en bouclant la boucle en quelque sorte. Comme au début de l’asso, on a fait jouer des groupes qui y avaient joué avant sa fermeture. C’était une sorte de soirée revival pour la ré-ouverture de la salle du Grand Parc !

Dans tous les cas, nous sommes ravis que cette salle municipale ait une seconde vie. On est une association sans salle, et elle va beaucoup nous servir !


L’association Bordeaux Rock organise un autre festival en avril, Musical Ecran. Vous pouvez nous en parler un peu ?

Bien sûr ! Musical Ecran, c’est un festival de documentaires musicaux. Cette année, ce sera la cinquième édition et ce sera du 7 au 14 avril. On propose une vingtaine de films sur la semaine, et on essaie chaque fois d’avoir des avant-premières, des nouveautés, des films rares ou qui ont peu été diffusés en cinémas. On est en partenariat avec l’Utopia, mais on organise également des projections dans la bibliothèque Mériadeck ou au cours Mably.

À côté de ça, on organise également un autre événement au Cap Ferret depuis 7 à 8 ans. Ça s’appelle les Plages Pop, c’est un événement festival gratuit avec essentiellement de la musique pop.


Vous parliez tout à l’heure de votre activité de label. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le label était lui aussi à l’origine axé sur des rétrospectives et des rééditions de vieux groupes, par exemple de vieux vinyles introuvables qu’on rééditait en CD. Il y a encore quinze ans, on trouvait encore moins facilement la musique qu’avec toutes les plateformes numériques actuelles. On a réédité des anciens groupes comme Strychnine, Gamine, ou les Standards qui sont des groupes bordelais des années 80. Après ça on a commencé à sortir des nouveaux groupes du coin, comme par exemple le premier EP de Petit Fantôme, mais aussi Hot Flowers, Artefact ou le premier album de Cockpit. Là on sort le nouvel album de TH da Freak (interview ici) en coproduction avec Howlin’ Banana à Paris. D’ailleurs c’est un des groupes que l’on programme également sur le festival, et l’album sort le 8 mars. Mais en terme de quantité, on a vraiment beaucoup réduit. Avant on arrivait à sortir cinq CD par an, maintenant on n’en fait plus qu’un. Les supports physiques, ça ne se vend plus. Il y a un peu de streaming, mais ça ne vaut pas les ventes de CD, c’est une autre dimension. Pour TH da Freak, on fait une sortie CD et vinyle et bien sûr sur les plateformes de streaming.

TH da Freak © Raw Journey


Quels sont les projets pour l’avenir ?

Pour le festival Bordeaux Rock, c’est un peu plus compliqué de faire plus gros ou plus grand. On n’a pas une énorme programmation ni un énorme budget, comme par exemple Garorock qui n’est pas très loin. En tant que festival de musique, il y en a beaucoup donc le rayonnement reste relativement local. Au début de l’association, puisqu’on sortait des disques, on avait pas mal d’articles dans des journaux nationaux. C’était assez nouveau qu’une association s’occupe dans une ville du passé et de l’actualité de la scène locale. Quand on va sortir le nouvel album de TH da Freak, on aura peut être des échos à l’échelle nationale voire internationale, et ça c’est très positif.

C’est surtout Musical Ecran qui a un avenir très prometteur puisqu’on est quasiment unique en France. Le documentaire musical se développe beaucoup et a énormément de succès auprès du public. Nos séances à l’Utopia sont presque tout le temps complètes quand on y organise des projections. Là aussi on recherche la diversité dans la programmation, il y a beaucoup de choses à dire à travers le documentaire musical. En tous cas nous, on cherche un maximum de films qui ont très peu de visibilité. Il y a un véritable intérêt de la part de Paris ou d’autres festivals européens avec qui on est un train de monter une sorte de réseau. Par exemple les festivals de Barcelone, Turin, Londres, Bucarest...


La quinzième édition du festival Bordeaux Rock aura lieu dans différents lieux emblématiques de Bordeaux du 23 au 27 janvier 2019. Une occasion de réviser ses classiques et de découvrir les groupes qui font l’actualité musicale bordelaise.



Plus d’informations sur http://www.bordeauxrock.com/


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Pierre MARTIAL pour Feather - 15/01/2019