Archives bordelaises : À la source du média culturel Bordophonia Part.1

Mis à jour : janv. 8

Voilà un millésime que nous ne sommes pas prêt d’oublier 2020. Nos cœurs tanguent entre liberté et oppression. Que reste-t-il de cette année historique, de nos souvenirs lointains, de moments acquis supprimés depuis des mois défilant sous nos yeux? Entre 2 confinements, lorsque l’heure était aux restrictions du port du masque dans les restaurants, nous avions pu rencontrer Bordophonia. Nous narrant un passé (proche) qui nous manque, de ces dernières décennies à pourquoi aujourd’hui il naquit; Pour rappeler l’émergence de la culture et son évolution au sein de la Belle Endormie. Immersion dans un Bordeaux lointain dans le regard de ce nouveau média.

© Alexandre Feyfant .

Guillaume Fédou (à gauche) fondateur et Fabien Cleenewerk, planneur stratégique de Bordophonia


1997, un an avant la plus belle réussite internationale de notre nation, Guillaume Fédou sort sa première compilation sous le label Pop Earth, « l’Océane » rappelant tous ses allers-retours Bordeaux - Paris (manque de bol, il s’avéra que le nom de cette autoroute appartenait à Paris-Nantes) avec, dans cette compilation, une chanson se nommant « sur l’Océane ». L’idée était de prendre des groupes partant de Paris jusqu’à Bordeaux et de composer durant ce trajet. Mais pour Guillaume Fédou, c’est un projet Bordophonia avant l’heure, une sorte de prototype en version Kraftwerk ("Autobahn").

« On partait de Notre-Dame, premier groupe d'Arnaud-Fleurent-Didier qui était notre kilomètre zéro à Paris pour arriver au Chiquito (bar PMU de Saint-Seurin à l'époque, ndr) avec Within A Dream, groupe totalement new-wave bordelais avec Marie Schnebelen, Eric Camara, David Loquier, et Guillaume qui deviendra Gymo en projet solo. Je te parle de ça car le point de départ de Bordophonia, c’est que la ville était très new-wave à l’époque, très sombre, romantique, et qu'elle s’est transformée architecturellement culturellement et musicalement. Et ce voyage à travers la pop parisienne et le rock bordelais via l’Océane, c’est en vérité un voyage précurseur où tout s’est mélangé, Gamine, Noir Désir, Kid Pharaon pour ne devenir que pop à la fin, maintenant avec Bengale, Pendentif et Odezenne. Un lissage culturel, et c’est contre ça que je veux me battre avec Bordophonia, même si aujourd'hui Odezenne est parti loin et Miki Bangs (Bengale) aussi, sur les rives du Saint-Laurent au Québec.. Je suis rentré il y a 5 ans maintenant sur Bordeaux, et je souhaite exhumer la partie cachée de la ville, enfouie, ses histoires et ses zombies. Mais pas que ! »



« Le concept de la soirée était de ramener les punks de Bordeaux aux Chartrons car ils ne voulaient plus y mettre les pieds, ni rue Ramonet, où sévissait le Performance, la rue Maurice aussi, historique avec le premier Chat Bleu, à l’époque un « entrepôt rock », avant de devenir un haut lieu de la techno sur les quais. Le tout chez un caviste, RN7, rue Notre-Dame, qui ne vend que des vins déconfits de la vallée du Rhône, un crimse de lèse-majesté dans le quartier historique du négoce ! »

Le concept de ramener le Bordeaux d'il y a 25 ans, l'époque où Guillaume Fédou jouissait des ressources culturelles de notre belle métropole, et de nous refaire vivre ça avec ces acteurs rock, punk, techno, divergents en somme. Cette culture no future qui désormais à cette époque, a bien sa place dans ce présent sans futur. Mais d'où vient l'envie de Bordophonia, quel fut le déclencheur de ce remaniement de sa vision culturelle ? Ce serait venu en parallèle de la co-écriture d’une série Arte sur l'histoire de la french touch intitulée "Touche Française" et une autre sur le rap qui se nomme "French Game" qui a été au passage sold-out à l'Utopia lors du festival Musical-Ecran organisé par Bordeaux Rock ! Réalisés par son ami Jean-François Tatin, ces deux web-séries cartonnent dans le monde entier (surtout dans l’espace francophone) et l’idée bordophonique germe lorsque Jean-François et Guillaume évoquent un 3ème volet présentant la transformation de Bordeaux en musique.

Les caves bordelaises dans le quartier Saint Michel et Saint Pierre à l'époque, c'était la jungle, c'était Berlin !

« Les caves bordelaises du quartier Saint Michel et Saint Pierre à l'époque, c'était la jungle, c'était Berlin-Est en 1982 ! « Le pari(s) de Bordeaux » serait donc de montrer l'évolution de Bordeaux dans le temps par ces groupes emblématiques ayant marqué des jeunesses successives. L'underground bordelais de l'époque profitait du sentiment d’abandon qui flottait dans la ville. Un peu comme Liverpool à la fin des années 50, quand les Beatles sont arrivés, tout était à inventer. C'était une ville qui était là, offerte à qui voulait la prendre, et qui ne demandait qu’à être prise. " La Belle Endormie " ce n'est pas pour rien. Cette ville était à prendre ou à baiser ».

L'underground bordelais de l'époque c'était à l'abandon. Un peu comme Liverpool dans les années 50 quand les Beatles sont arrivés. C'était une ville qui était là, qui demandait à être prise " La Belle Endormie " ce n'est pas pour rien. Cette ville était à prendre.

Guillaume nous raconte son histoire d'amour avec Bordeaux, une histoire d'amour contrariée et non linéaire, amour/haine, émerveillement/déception. Bordeaux lui correspond, il est en plein dedans, et il veut voir sa belle endormie bouger, se dynamiser. La création de Bordophonia est donc là pour ça, pour faire avancer sa belle tout en étant plus proche d'elle. Le 27 Août dernier, le vernissage " Giornophonia " par Bordophonia était de rendre hommage à John Giorno*, Rue du Mirail dans le quartier Saint Michel avec un concert de Jérome Violent et pleins d'autres performances avec BAG - Bakery Art Gallery.

© Guillaume Fédou

* =" Disparu l'an passé, John Giorno est une figure majeure de l'underground new-yorkais. Acteur principal de Sleep, film mythique d'A.Warhol en 1963 montrant un homme qui dort en plan fixe pendant + de 5 heures, Il est également l'inventeur du service "Dial A Poem", service téléphonique de poèmes à la demande qui connut un immense succès."


Par ce lieu hybride qu'est le BAG - Bakery Art Gallery, Guillaume s'y retrouve à l'échelle de Bordeaux voulant mêler les diverses cultures par des rencontres, un message d'échange et d'inattendu. C'est ce qu'il veut provoquer.



Jérome Violent (à gauche) et Elsa Pragout des Femmes Actuelles

devant chez BAG

Provoquer l'inattendu, c'est poser les bases pour qu'un inattendu soit possible...Expect the unexpected, comme disait le slogan de la ville de Houston (rires)

Dans ce puit de culture sans précédent on se doit de faire cette interview en plusieurs parties, car ce média est un INA bordelais. Nous allons tâcher de retranscrire au mieux leur désir de partager à travers nos lignes.


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Océane Thomarat | 15.12.2020

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