Frustration

Mis à jour : 6 mars 2018

Les protégés du label parisien Born Bad Records, j'ai nommé le groupe Frustration, étaient à Pau en mars dernier pour un concert à la Centrifugeuse.

Après un passage médiatisé dans le magazine New Noise, Feather a décidé de se déplacer jusqu'à Pau pour échanger avec le groupe.

Frustration, c'est tout d'abord cinq mecs : Fabrice, Mark, Fred, Pat et Nicus. Au premier coup d'oeil, on croit vraiment que le groupe sort tout droit de Manchester et de son époque cold wave. En fait, ils sont bel et bien français et ils proposent un mélange de  punk, cold wave et de metal urbain, oscillant entre Killing Joke et Joy Division.

Alors clairement, quand on écoute leur musique, on a l'impression de se balader à Macclesfield avec un polo Fred Perry et des Doc Martens. D'ailleurs, le look du groupe est assez proche de ça.



Feather :  Salut Frustration, dans un premier temps, je suis très content de vous interviewer ...

Fabrice : C'est moi qui me colle à toutes ces conneries, tu sais...


Tu as l'air hyper content d'être interviewé...

Fabrice :  Ah mais clairement, ça me fait plaisir de répondre, sinon je t'aurais dit que ce n'était pas possible pour nous.


Pourquoi Frustration ?

Fabrice : En été 2003, je me retrouve à écouter Frustration du groupe anglais Crisis. Et d'un seul coup, la sonorité de ce mot m'a beaucoup plu.

Je suis allé voir sur internet, dans un dictionnaire, j'ai vraiment trouvé que ce mot allait avec le groupe. J'aimais bien aussi The Outcasts et ce groupe avait sorti une chanson avec ce nom. J'ai proposé le nom aux membres et ils ont trouvé ça chouette.


Quelles sont vos influences ?

Fabrice : Plus post punk anglais, new wave. Un peu de Black Flag, Sonic Youth, Joy Division...


En parlant de Joy Division, je trouve que sur scéne, tu as des airs à la Ian Curtis...

Fabrice : Absolument pas ! Déjà, je suis petit, je n'ai pas les yeux verts, stop ! ( Il se léve).  Ian Curtis il danse comme ça, moi c'est différent 


C'est la première fois qu'un journaliste te dit ça ? 

Fabrice : Non pas du tout, ça m'a beaucoup amusé au début, je préfère que l'on me compare à lui qu'a ces groupes de tapettes qui ont des voix de fiottes tu sais. C'est vrai que mon timbre de voix est proche. L'influence Joy Division est évidente, surtout pour l'album Closer .


Je me suis beaucoup intéressé à votre dernier album et je voudrais savoir qui a fait la pochette ?

Fabrice : Alors, le mec c'est Baldo. Il a fait pas mal de nos pochettes d'albums. Il a 60 ans presque. Il fait pas mal de peintures, de dessins. Pour la pochette de l'album Full of Sorrow, nous étions allé dans son atelier et nous avions flashé sur cette peinture qui fait 2 mètres de large je crois. Ce sont des dessins qui nous parlent : le milieu prolétaire, les ouvriers. Pour les deux autres illustrations,ce sont des commandes personnelles du groupe. On le dirige juste sur une idée, j'ai eu l'idée d'un tribunal, on voulait qu'il y ait autant une observation de celui qui juge que celui qui est jugé.


Est ce que vous vous sentez comme un groupe engagé ?

Fabrice : Alors oui et non. Je trouve cela très très prétentieux un groupe qui se dit engagé. Oui, je prône la liberté. Cela ne m'intéresse pas de brandir ou de brûler des drapeaux, de mettre des coups de fusils. Alors oui d'une certaine manière nos textes sont engagés mais on parle d'autres choses aussi. On parle de souffrance humaine, d'amour ... On parle pas de religion. On se revendique comme des humains, on prône la liberté.


J'ai vu que vous êtiez dans la même maison de disques que le groupe La femme, vous en pensez quoi de ce groupe ?

Fabrice : Déjà, JB, le patron de Born Bad Records, ne fait que sortir les albums de La Femme en vinyle. La Femme ont eu l'élégance de reconduire leur deuxième album vinyle avec Born Bad Records. Donc, ils ne font pas vraiment partis de l'écurie Born Bad. D'autre part, ce serait tellement rigolo de me faire dire du mal de ce groupe, mais ce n'est pas mon but. Je vais avoir un avis très simple, quand on se croise, on se dit bonjour, moi je trouve ça bien fait, ça passe bien. La plupart des autres groupes de rock français sont jaloux de ce groupe, il y a beaucoup de critiques sur eux. Ce sont des mecs doués, clairement. Ils sont sympas, ils se la pètent pas. C'est très français de critiquer dans le milieu de la musique. Clairement, Fauve, je trouve que c'est de la merde Skip The use, la même . La Femme, c'est de la pop française, ça parle aux gens, les paroles sont simples. On est quand même dans une espèce d'élégance française. Je suis content que ça marche pour eux.


Quel est votre meilleur souvenir de tournée ?

Fabrice : J'ai un souvenir un peu pathétique d'un concert lors d'une date en Suisse. Le gars qui organisait le concert arrive à l'arrache. Il faisait super froid dans la salle et on devait jouer dans un skate park, devant des gamins qui s'en foutaient. On a dormi dans un appartement nul que l'on avait payé 50 balles. C'était pathétique vraiment. Notre meilleur, la Villette devant 1500 personnes ou à New York devant 5000 personnes. C'était dingue. Le fait d'avoir joué au Japon, en Russie. Après, c'est un tout. Je crois que notre meilleur souvenir c'est de se dire que le groupe marche, que les autres groupes que l'on aime nous disent que notre musique est cool.


Quels sont vos futurs projets ?

Fabrice : Déjà, on a les 10 ans de Born Bad Records, on va faire une grosse tournée pour fêter ça. On va continuer à répéter et faire ce que l'on aime. On s'en fout, on prends le temps. On a pas de contrat signé, on fait ça pour le plaisir.

Justement, si par exemple Universal vient vous voir avec un contrat, vous faites quoi ?

Fabrice : Je vais te laisser, je vais partir je crois, clairement, je dirais non. Puis, ça n'arrivera pas ! Ils s'en foutent de nous, nous sommes trop vieux déjà. Puis, on s'en fout. Ce n'est pas de la révolte, c'est juste que l'on fait ça pour le plaisir. Je suis très fier du groupe, du résultat sans une grosse maison de disque derrière. Nous sommes respectés dans le milieu, on fait pas chier, on parle pas beaucoup, on est bien comme ça. Frustration, c'est le groupe que tu peux mettre au fond d'une loge avec un bout de fromage à grignoter et ils seront contents.


Nicolas Jolfre I 05/2017

© Laura Meytadier


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