In A Silent Way - un documentaire hommage à la musique du groupe Talk Talk

Dernière mise à jour : 1 févr. 2021

"In A Silent Way" de Gwenaël Breës - un documentaire à ne pas louper si vous connaissez le groupe Talk Talk. Vous ne le connaissez pas ? Et bien c'est une raison encore plus valable pour vous plonger dans l'univers d'un des groupes les plus mystérieux et les plus inattendus des 80' !


Découvrir l'atmosphère du documentaire c'est un peu comme devenir le réalisateur : on devient fan ; fan des albums, fan du groupe... On se pense presque détective et on souhaite percer le secret qui constitue leur histoire.

Sélectionné au Musical Ecran 2021, "In A Silent Way" est aussi contagieux que passionnant. On croise alors les doigts pour se retrouver enfin dans la mythique salle du cinéma l'Utopia et assister à la séance avec son réalisateur.


En attendant, on vous propose un échange avec Gwenaël qui nous parle du documentaire, de son tournage mais aussi de lui et de ses multiples émotions et rebondissements sur ce projet !

Je détestais l'usage abusif qui était fait des synthés, et d'ailleurs j'apparentais Talk Talk à un groupe de pop synthétique. Je ne connaissais que leurs tubes. Mais je vivais beaucoup la nuit et certaines musiques se prêtaient particulièrement bien à cette atmosphère.

Tu dis dans une interview avoir détesté les années 80 et leur univers durant ton adolescence, mais c’est justement à 14 ans que tu découvres « Spirit of Eden » des Talk Talk, que s’est-il passé suite à l’écoute de l’album ?

J'étais fort façonné par l'époque, avec tous ses genres et ses chapelles. Je n'étais pas très ouvert d'esprit musicalement. J'étais bien sûr rempli de paradoxes, mais je rejetais beaucoup de choses en bloc, parce qu'elles me paraissaient trop commerciales, ou trop bourgeoises ou trop classiques...

Je détestais l'usage abusif qui était fait des synthés, et d'ailleurs j'apparentais Talk Talk à un groupe de pop synthétique. Je ne connaissais que leurs tubes. Mais je vivais beaucoup la nuit et certaines musiques se prêtaient particulièrement bien à cette atmosphère.


J'ai découvert "Spirit of Eden" à la radio, la nuit. J'ai très vite acheté le CD et c'est devenu un compagnon nocturne, un album dans lequel je m'immergeais complètement. Je faisais abstraction de l'image que j'avais de ce groupe, mon esprit n'arrivait pas à relier le groupe qui chantait "Such a Shame" à celui qui avait enregistré un disque si obscur. Je n'arrivais pas à le classer dans un genre et ça me plaisait. C'était plus de l'ordre de l'expérience sensorielle. La seule image de ce disque, c'était la musique, les sensations qu'elle me procurait, et une peinture étrange avec un arbre et des oiseaux.



Est ce que cette / ces découverte(s) ont transformé ta vision de la musique et comment ?

Ça a mis du temps, mais c'est un disque qui m'a fait tomber des oeillères. Par exemple, je dédaignais bêtement la musique classique parce que ma mère en écoutait et le jazz parce que mon père en écoutait. Petit à petit, cet album m'a ramené à ça. Puis à d'autres choses, plus expérimentales. Et puis j'ai découvert "Laughing Stock" et le solo d'Hollis, qui m'ont aussi chamboulé musicalement.

Des années plus tard, quand Internet est apparu et que j'ai commencé à faire des recherches sur Talk Talk, je me suis intéressé à un nombre phénoménal de références musicales citées par Mark Hollis dans ses interviews. J'ai découvert beaucoup de musique que je ne connaissais pas, comme Can par exemple.

Pas du tout. J'ai eu une petite période punk, mais j'ai surtout écouté pas mal de hard-rock dans mon adolescence. Je n'ai découvert la connexion entre Mark Hollis et le punk que très tardivement

T’es tu intéressé ou dirigé vers l’univers punk au cours de ta vie / dans ta carrière grâce à Talk Talk ?

Pas du tout. J'ai eu une petite période punk, mais j'ai surtout écouté pas mal de hard-rock dans mon adolescence. Je n'ai découvert la connexion entre Mark Hollis et le punk que très tardivement, ce n'est pas une histoire très connue. Il n'a d'ailleurs jamais été punk, mais c'est l'esprit du mouvement en 1976 qui lui a donné la confiance de jouer de la musique. C'est l'aspect autodidacte et DIY que j'aime bien dans cette histoire.


Ton documentaire « In A Silent Way » est dédié au mystère entourant Talk Talk et ses

membres... Plus on avance et plus on se pose de questions. Comment as-tu réagi face

aux lettres envoyées par Mark Hollis et son avocat ? Peux-tu raconter l’histoire à nos lecteurs ?

J'avais bien compris que Mark Hollis avait tiré un trait sur cette période de sa vie et j'appréciais l'image de quelqu'un qui quitte la société du spectacle en silence, mais je n'en savais pas beaucoup plus.

Je comprenais aussi que la plupart des membres de Talk Talk ne parlaient plus de ce passé, mais je ne savais pas non plus très bien pourquoi. Je cherchais à voir un film qui leur soit dédié et je n'en trouvais aucun. Peut-être avaient-ils été oubliés ? Peut-être Mark Hollis jouait-il encore de la musique sous un pseudonyme, ou donnait-il des concerts dans une banale salle paroissiale au fin fond de la campagne anglaise ? Ce serait le fruit de mon enquête.

Je suis plus habitué au journalisme, où quand on cherche quelqu'un ou quelque chose on commence par vagabonder sur ses traces et on voit où ça nous mène. Mais quand j'ai trouvé un producteur intéressé au film, il m'a demandé d'établir des contacts avec de potentiels protagonistes du film pour prouver aux potentiels financeurs qu'il y avait quelque chose de solide. J'ai pris soin à ce moment-là de ne contacter que des personnes qui avaient travaillé avec Talk Talk. J'espérais qu'à travers eux, je finirais par entrer en contact assez naturellement avec les membres du groupe. Je ne voulais rien tenter de frontal, surtout qu'on n'en était qu'à des premières demandes de financements...



Mais j'ai tout de suite rencontré beaucoup de réticences, même parmi les membres du "second cercle". Dès que certains m'ont dit oui du bout des lèvres, j'ai réuni une petite équipe pour aller les filmer, sans budget. Si j'attendais un an d'avoir des financements, je sentais qu'ils pouvaient se rétracter. Et là, avant qu'on fasse le premier voyage en Angleterre, j'ai reçu une lettre de l'avocat de Mark Hollis. Il avait entendu parler de mon projet. C'était un courrier assez dur, qui m'interdisait d'utiliser ses musiques et me demandait d'abandonner le film.

Alors j'ai écrit une longue lettre à Mark Hollis, pour qu'il comprenne ce qui me portait, c'est-à-dire la musique mais pas l'argent ni la commande d'une télé. Il m'a répondu. Un mot très gentil, mais disant en gros qu'il voulait laisser ces albums exister par eux-mêmes et être découverts par le bouche à oreille... J'ai pas mal médité là-dessus et je me suis dit que comme beaucoup de gens, j'entretenais une relation avec ces disques, qu'ils vivent leur propre vie et font partie de la mienne, et qu'il devait bien exister un espace entre mon désir et son intégrité que je respecte et qui fait d'ailleurs partie de ce que j'avais envie de célébrer. A partir de là, l'enjeu du film est devenu de trouver cet espace.

Au départ, je m'étais imaginé que certains membres du groupe accepteraient au moins de parler de musique, de leur rapport actuel à la musique. J'ai été surpris par le