Interview avec Uèle Lamore : focus sur cette artiste au talent incommensurable

Mis à jour : avr. 6

En mars dernier, Feather a eu l’occasion d'interviewer Uèle Lamore, artiste au talent incommensurable ! Née à Paris d’un père artiste peintre-sculpteur américain et d’une mère styliste centrafricaine, Uèle a très vite côtoyé le monde artistique. A 27 ans, Uèle est depuis compositrice, arrangeuse, cheffe d’orchestre et directrice musicale de son propre orchestre de Musiques Actuelles nommé Orage. En 2020, elle faisait d’ailleurs partie des 21 femmes cheffes d'orchestre en France ! Spécialisée dans le mélange des textures orchestrales et sons acoustiques, Uèle nous a livré un premier EP Tracks en septembre 2020, et un deuxième intitulé Heqet’s Shadow : Return of Glycon ce mois-ci (en collaboration avec Sony Computer Science Laboratories, le laboratoire de recherche fondamentale du groupe SONY qui travaille sur l’impact de l’Intelligence Artificielle sur la production musicale de demain). Entre ses collaborations et la réalisation de son prochain premier album LOOM, Uèle est venue discuter musique avec nous.

© Zoe Coulon
Je viens du rock, de l’électro et de l’indé, car c’est ce que j’écoute principalement à la base. A côté, j’ai eu la chance d’étudier d’autres techniques issues du classique que je peux appliquer dans ces musiques-là, comme des techniques d’écriture !

Si tu devais décrire ta musique en 3 mots ?


Détaillée, sensible et hybride !

Toi qui as une formation plutôt jazz et classique, d’où vient cet amour pour les sons électroniques ?


A l’origine je n’ai pas de formation classique mais une formation jazz et rock à 100%. Je viens du rock, de l’électro et de l’indé, car c’est ce que j’écoute principalement à la base. A côté, j’ai eu la chance d’étudier d’autres techniques issues du classique que je peux appliquer dans ces musiques-là, comme des techniques d’écriture !

Qu’est-ce que tu préfères, créer seule librement ou collaborer sur des projets ?


Euh… (rire) question piège ! Je dois avouer que j’aime bien travailler toute seule. J’ai mon studio, c’est tranquille, c’est loin, c’est en banlieue, il n’y a personne que je connais dans mon quartier, c’est cool (rire) ! Cool dans le sens où il n’y a pas de distraction. Je peux travailler tranquillement et ne rien faire d'autre. Alors que si j’avais eu mes potes qui m’avaient dit « hey on va boire une bière ? », je ne serais jamais rentrée à la maison (rire) !

© Zoé Coulon
J’ai un processus assez visuel où je m’imagine déjà visuellement soit un clip ou une histoire, et après j’essaye d’écrire la bande-son de cette histoire ou de cette idée. Je suis hyper influencée par l’image à la base.

Quel est ton processus de composition ?


J’ai un processus assez visuel où je m’imagine déjà visuellement soit un clip ou une histoire, et après j’essaye d’écrire la bande-son de cette histoire ou de cette idée. Je suis hyper influencée par l’image à la base. Ce qui m’a vraiment fait aimer la musique c’était les clips trop stylés des années 2000 avec des budgets incroyables. Il y avait des voitures qui explosent, Beyoncé, des feux d’artifices et 53 danseurs (rire) ! Et aussi la musique de films, c’est ça qui m’a fait aimer la musique au départ. En fait, j’essaye toujours d’écrire la bande-son de quelque chose.

Quelles sont tes influences et tes références en termes de création ?

Déjà toutes les musiques de film. Certains films m’ont beaucoup marqués. Je suis aussi beaucoup influencée par la culture japonaise, les jeux vidéo. A part ça, je viens d’une famille artistique donc je m’intéresse beaucoup à tout ce qui est milieu de l’art. En fait, je suis influencée par un peu tout. Je n’ai pas de genre musical que je privilégie par rapport à d’autres. Je trouve qu’il y a des choses intéressantes dans pleins de domaines. Je pense que ce qui m’inspire c’est juste mon quotidien, de voir mes potes qui font du son et des choses trop cools ça m’inspire aussi. Je n’ai pas d’influences spécifiques, je pense que j’aime juste pleins de choses.


Après avoir publié un EP intitulé Tracks, tu es en train de finaliser un premier album, quelle est son histoire ?


C’est compliqué de répondre à cette question parce que c’était censé être quelque chose et depuis une semaine c’est en train de devenir quelque chose d'autre (rire). Ça faisait deux ans que je disais « ça va parler de ça, ça ne va pas bouger », sauf que là on est en train d’enregistrer l’album et j’ai repris tous les morceaux de A à Z. Je l’avais écrit il y a deux ans donc il a fallu un peu le réactualiser, et en le réécrivant ça a commencé à prendre une autre direction. Je pense qu’il faudra voir quand je l’aurais fini pour savoir vraiment de quoi ça parle, mais je sais juste que ça va être bien !

Quand tu es cheffe d'orchestre, tu t’insères dans une grosse machine qui existe déjà autour de toi. Alors que quand tu es compositeur ou que tu fais de la prod, il faut composer le morceau en entier.

Est-ce que créer tes propres titres te permet une plus grande liberté artistique, par rapport à ton métier de cheffe d’orchestre ?


Quand tu es engagée pour faire de la direction orchestrale, t’es embauché pour faire un travail. Tu es engagée pour enregistrer telle BO, tel morceau ou tel disque. Je vais avoir X nombres d’heures pour le faire avec X nombres de musiciens. Quand tu es cheffe d'orchestre, tu t’insères dans une grosse machine qui existe déjà autour de toi. Alors que quand tu es compositeur ou que tu fais de la prod, il faut composer le morceau en entier. Être cheffe d’orchestre et composer seule sont tellement à deux opposés. Mais les deux sont cools ! Même quand je fais de la direction ou de l’arrangement, j’apprends des choses que je peux ensuite intégrer dans la composition. Quand je travaille sur des morceaux d’autres artistes ou quand je fais des arrangements, ça me donne des idées pour moi. Ça enrichit vraiment ton vocabulaire musical parce que t’es tout le temps face à différentes façons de faire de la musique.

Tu as déjà collaboré avec de nombreux artistes tels qu’Agar Agar, Etienne Daho, Grand Blanc ou encore Samba de la Muerte, peut-on s’attendre à de futures collaborations ?


Oui grave ! Là j’ai enregistré des choses pour l’album d’une chanteuse qui s’appelle Silly Boy Blue. Aussi au Printemps de Bourges avec Lou Doillon, Victor Solf, Malik Djoudi, et Sandra Nkaké, on va faire des choses, ça va être cool ! Ensuite, je fais un concert avec un artiste qui s’appelle Max Cooper. Après, des collaborations j’en fais tout le temps, c’est mon travail d’arrangeuse, c’est ça qui est cool, maintenant j’arrive à travailler avec des gens dont j’aime énormément la musique, c’est sympa quoi !

© Zoe Coulon

Aurais-tu une anecdote à nous partager sur ton futur album ?


Je ne sais pas, j’ai l’impression qu’on est tellement en mode kamikaze depuis deux semaines à cause de ce disque que les anecdotes j’en ai un peu à la pelle (rire) ! Une anecdote que j’ai c’est qu’on a une chanteuse qui doit venir d’Angleterre pour enregistrer des voix sur un morceau et je n’ai aucune idée de comment on va faire. C’est un peu le sujet du moment. J’étais persuadée, dans mon monde parfait, que si elle venait pour 24h on pouvait lui faire un papier spécial, mais apparemment non (rire) ! On m’a dit « ce n’est pas essentiel, ce n’est pas un docteur, Uèle tu t’es inventé dans ta tête une règle qui n’existe pas » ! J’étais là « mais je suis persuadée d’avoir vu ça quelque part, que si tu venais pour 24h ça passait ! », ils m’ont fait « euh…non » (rire) ! Ils m’ont dit « elle ne peut pas rec toute seule dans un studio à Londres ? » mais je leur ai dit que non. Tu ne peux pas faire ça avec les chanteurs. Si c’était quelqu’un que je connaissais depuis des années et des années et qu’on avait déjà fait des projets ensemble : oui, mais là c’est notre première collaboration ensemble et je pense que c’est important que je sois là et que ça se fasse aussi avec l’ingénieur du son qui s’occupe du disque. Donc il faudra voir ce qu’il se passe avec la situation et ensuite on avisera !

Là j’ai déjà pleins de choses à faire, si j’ai d’autres projets qui tombent tant mieux mais je ne sais même pas si je serais en mesure de les faire, surtout avec l’album qui me prend beaucoup de temps !

A quoi ressemble 2021 pour toi ? On sait que tu travailles sur des projets comme la composition du premier long métrage d’Aïssa Maïga « Marcher sur l’eau », l’album « Plunderphonia » à paraître chez !K7, et ton propre album « LOOM », quoi d’autres ?


Oui il y a déjà ça ! Ensuite, l’album « Plunderphonia » je pense qu'il ne sortira finalement qu'en 2022. Le gros truc de l’année c’est l’album « LOOM » ! Il y a aussi du coup le Printemps de Bourges et le concert avec Max Cooper en septembre. Et après, on verra ! Peut-être que j’aurais à faire une BO entre-temps. Je pense que petit à petit tout va commencer à se débloquer, et les projets vont recommencer à arriver comme d’habitude. Là j’ai déjà pleins de choses à faire, si j’ai d’autres projets qui tombent tant mieux mais je ne sais même pas si je serais en mesure de les faire, surtout avec l’album qui me prend beaucoup de temps !

© Julien Thomas Hamon
C’est important pour moi d’être dans une démarche de pousser toujours plus loin ce que je peux faire avec les gens, le type de collaboration qu’on peut envisager, et les moyens que l’on peut mettre en place

Est-ce que c’est important pour toi de multiplier la diversité de tes projets ?


Moi je ne vois pas ça comme une diversité des projets, tout s’inscrit dans une continuité. Pour moi, tout est cohérent. Tout s’intègre dans ma vision de ce que je veux faire de la musique, avec qui je veux travailler, de ce que je veux continuer à étudier et apprendre des autres. C’est important pour moi d’être dans une démarche de pousser toujours plus loin ce que je peux faire avec les gens, le type de collaboration qu’on peut envisager, et les moyens que l’on peut mettre en place. Il faut toujours essayer d’avancer un peu plus loin !

Un mot pour la fin ?


Wow je ne sais pas… Désolée d’avoir raté le zoom à 14h (rire), je pense que c’est ça le mot de la fin !

Encore merci à Uèle Lamore et sa bonne humeur pour cette interview !



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27 janvier 2022

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Mélina Grégoire ⎮ 04/04/2021

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