“Coloré, sincère et confiné”, rencontre avec Isaac Delusion à l’occasion de la sortie de “Make It”

Mis à jour : nov. 6

Le 23 octobre dernier a eu lieu la sortie de “Make It”, le dernier EP du groupe parisien Isaac Delusion. Confinés, Jules et Loïc ont profité de cette situation pour créer, composer, enregistrer et mixer. D’une situation compliquée est née une vraie bulle de douceur et de tendresse. Une musique somnambule, onirique et légère qui nous emporte loin des maux du monde. Chaque morceau nous plonge un peu plus dans une atmosphère céleste, idéale pour garder le sourire. Nous avons eu l’opportunité d’échanger avec eux sur les étapes de ce dernier EP et sur ce qui les animent. Une interview enrichissante, qui met du baume au coeur.

© Paul Rousteau

Si vous deviez trouver trois mots pour qualifier sensiblement ce dernier album, quels seraient-ils ?

Coloré, sincère et confiné. On a composé entièrement certains titres, et terminé d’autres pendant le confinement. Nous avons travaillé à distance de A à Z, même pour le mix, c’était une grande première pour nous ! Première et on espère dernière car on préfère de loin travailler ensemble !

Sur ce dernier album figure Make It, un featuring avec Silly Boy Blue. Comment vous-êtes-vous retrouvés sur ce morceau ? Et qu’est-ce que ce dernier vous a apporté musicalement ?

Déjà, il est important de rappeler que c’est la première fois dans l’histoire du groupe que l’on fait un featuring. Finalement, la scène parisienne est plus ou moins limitée et on commence à connaître un peu tout le monde. Dans notre style, il n’y a pas vraiment d’équivalent. On travaillait avec des gens qui avaient déjà bossé avec Silly Boy Blue, donc ils nous l’ont présentée et on s’est dit que sa musicalité pouvait coller avec la nôtre. Ça nous a apporté quelque chose que nous n’avions jamais développé avant : une voix féminine qui a une part très importante dans le morceau. On est très contents d’avoir vécu cette expérience.

Le 5e titre de l’EP, Touché, est en français. Ce qui est rare compte tenu que la plupart des morceaux de vos précédents albums sont en anglais. Pourquoi avoir choisi de composer principalement en anglais ? Et pourquoi avoir décidé de faire ce dernier morceau de l’EP en français ?

Le groupe a un ADN purement anglais donc a commencé avec des morceaux en anglais. Ensuite, on a voulu rester fidèles à notre projet et à ce qu’on sait vraiment faire. Ce qui est important c’est de savoir mélanger les langues et les genres. De plus, il y a une grosse mode du français ces derniers temps, on ne voulait pas non plus passer radicalement d’un 100% anglais à un 100% français pour suivre la tendance.

On aime bien chanter en français, ça permet de changer un peu la forme et de surprendre. On prend beaucoup de plaisir à emmener la langue française sur des terrains un peu inédits. Là pour le coup, ce morceau est très synthétique. On s’est dit que mettre des paroles en français sur un morceau comme ça, très électronique c’était assez original. Ça nous a plu de faire cette expérience, on ne veut pas tomber dans la monotonie. Ce qui est intéressant avec ce morceau c’est que c’est une face B d’un morceau qui était dans notre album précédent Upfliters, par erreur de manipulation Jules a baissé le tempo de moitié ce qui a donné ce morceau. Ensuite les paroles nous sont venues assez naturellement.

Nous voyons que vous avez une identité artistique très forte (mise en scène lors des concerts, communication, vidéo-clips). Il y a-t-il pour vous une importance notable d’illustrer vos chansons par des vidéo-clips avec une direction artistique très poussée, qui racontent une histoire ?

Complètement. C’est vrai que l’on aime bien surprendre par notre musique. Parallèlement à ça aussi on adore être surpris par ce que des réalisateurs vont nous proposer pour des clips. On adore travailler avec des réalisateurs qui nous proposent des interprétations que l’on n’aurait pas imaginé ou alors qui pousse encore plus loin le sens des paroles. C’est vraiment de la recherche. On demande toujours à plein de réalisateurs de nous présenter des pitchs sur les morceaux que l’on veut clipper et on choisit toujours celui qui nous surprend le plus ou celui qui embellit le morceau. On est assez minutieux là-dessus. Il y a un côté super excitant car on participe vraiment au clip mais en même temps c’est quelque chose qui nous échappe d’une certaine manière. Le réalisateur est complètement libre au début puis on y met un peu notre patte.

Quelle est la place que prend l’art visuel dans votre travail ?

Jules : On est très influencés par l‘art visuel. Déjà, on est tous les deux très fans de cinéma et ça se ressent dans notre musique. Il y a une ambiance, un climat qui déteint un peu. C’est d’ailleurs en partie grâce à ça que l’on a des clips « originaux ».

Loïc : Je fais également de la peinture en tant qu’amateur. Je considère vraiment la musique et l’art visuel comme une continuation, il n’y a pas de séparation c’est le même processus. Il y a des artistes qui sont carrément synesthètes, ils ne font aucune différence entre les deux. C’est pourquoi de nombreux peintres comme Dali considéraient la musique comme un art second.


Dans le morceau Friends, quel message souhaitez-vous transmettre ? Est-ce une sorte de voyage dans l’au-delà permettant une rencontre avec le 3e type ?

Friends est avant tout un message d’espoir, un morceau assez joyeux. On a imaginé des enfants qui regardaient le ciel en s’imaginant la vie ailleurs. C’est un texte assez léger. Et puis on est passionnés d’extra-terrestres depuis qu’on est ado, ça nous fait bien marrer tout ça. Donc on s‘est dit que ce serait bien d’écrire un morceau sur les petits hommes verts et on a réussi finalement par le faire. Ce message d’espoir c’est que le jour où ils arriveront, peut-être qu’on arrêtera de se faire la guerre et qu’on se tiendra tous par la main autour de la Terre. Si 2020 pouvait finir avec une petite attaque d’extra-terrestre, ce serait la cerise sur le gâteau !

© Paul Rousteau

Pour mieux vous connaitre :


Quels sont vos artistes préférés ? (liste non exhaustive évidemment !)

Loïc : David Hockney, Jules Verne et Thom Yorke.

Jules : Jeff Wall, Bob Marley, Stanley Kubrick et Kevin Parker.


Quel est votre morceau préféré de tous vos albums ?

Loïc : Midnight Sun sans hésiter.

Jules : Évidemment, c’est le premier et le plus pur.


Quel est votre film préféré ?

Loïc : C’est un film d’animation de Miyazaki, Princesse Mononoké.

Jules : J’ai déjà parlé de Kubrik donc je vais en choisir un autre, 12 hommes en colère.


Quelle est votre série préférée ?

Loïc : Twin Peaks, la première saison.

Jules : Je suis dans les Soprano en ce moment ! C’était des visionnaires, c’est dingue. J’hallucine à chaque épisode, c’est à la base de toutes les séries qui ont pu sortir après.


Enfin, pouvez-vous nous raconter une anecdote lors d’une tournée/sur scène ?

Loïc : On avait joué au festival Pete the Monkey à Saint-Aubin-sur-Mer et on avait enchainé direct sur une date dans le Sud dans un camping à Arles. J’ai dit au moins 3-4 fois pendant le concert « Merci Saint-Aubin !!! ». J’étais trop chaud, dans une sorte de trans. J’étais sûr de moi donc je n’ai pas arrêté de le répéter, toute la soirée. À la fin du concert, un type hyper sympa est venu me voir, il m’a dit bravo et a ajouté que l’on n’était pas à Saint-Aubin. C’était trop mignon, quand je disais « Saint-Aubin », c’est vrai que le public avait un regard assez compatissant, il n’avait pas l’air de trop se sentir visé.

© Paul Rousteau

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Clarisse Jaffro - 31.10.2020