James The Prophet nous confie ses tempêtes intérieures

Dernière mise à jour : avr. 15

De ses tempêtes intérieures, il a écrit un album : James the Prophet a sorti le 12 mars dernier “Unimaginable storms” avec le label Rupture. Du haut de ses 20 ans, James Jackson O’Brien souffle un vent d’air frais dans le milieu du rap français. Au téléphone, il nous confie les secrets de son parcours.

© Mary Clerté

Découvert dans un Planète rap consacré à Georgio en 2018, le jeune James impressionne par son flow rapide en anglais qui détonne avec son look premier de la classe. Dans Unimaginable storms, il livre un rap authentique, témoin de son hypersensibilité. Loin de lui l’idée de façonner un personnage ou de restreindre son rap à un schéma trop défini, James est un explorateur. Des prods aux accents jazzy, des flows tour à tour chantants puis qui s’écoulent en torrent lorsqu’il évoque ses désillusions politiques dans G.O.P en feat avec Kalash Criminel… c’est un second opus qui ne laisse pas indifférent.

Hello James, merci de t’entretenir avec nous. Pour commencer, peux-tu nous présenter l’univers de “James The Prophet” ?

Bonjour ! J’ai commencé la musique il y a 5 ans, au collège/lycée avec des potes en soirée. À vrai dire, j’ai pas vraiment travaillé un personnage ou un univers, je suis de base super timide et donc le rap ça a été le moyen pour moi de m’exprimer. Pour le blaze, j’aime l’idée que “James The Prophet” soit ouvert à l’interprétation, et puis c’est le genre de nom qui met la barre haute, ça me donne envie d’assurer.

Comme je l’ai dit, j’étais un ado assez timide avec pas mal d’angoisses. La meilleure façon de vaincre ce truc là c’est d’extérioriser et d’en parler, dans un sens la musique c’est cathartique pour moi.

Un prophète c’est avant tout quelqu’un qui délivre un message, est-ce que c’est ton cas ?

Dans un sens oui, d’ailleurs mes textes sont souvent super denses. Le plus gros de mon travail c’est pas d’écrire mais d’enlever des mots. J’aime toucher à des trucs profonds, le genre de réflexions de crise d’ado.


Justement, ton album se nomme “Unimaginable storms” - tempêtes inimaginables - et tes paroles traduisent une certaine anxiété… Pourquoi ce choix de te livrer autant ?

C’est un truc où quand j’ai commencé à écrire mes textes… j’y pensais pas. C’était un automatisme de toucher ces problèmes. Comme je l’ai dit, j’étais un ado assez timide avec pas mal d’angoisses. La meilleure façon de vaincre ce truc là c’est d’extérioriser et d’en parler, dans un sens la musique c’est cathartique pour moi.


Il reprend l’idée des autres morceaux où je parle de mes angoisses mais avec une morale positive : je vais continuer ce que je fais et même faire ça deux fois plus fort.

À quoi ça ressemble ton processus de création ? Quelles sont tes inspirations ?

Souvent, j’écris sur la prod. Je puise l’inspiration dans la mélodie puis j’écris pendant que le producteur travaille la prod. La majorité de mes morceaux sont finalisés en 1 ou 2H. C’est assez rapide mais j’ai ce truc où je sais que si je commence un texte et que je le finis pas, je le finirais jamais.

Sinon niveau inspis j’écoute beaucoup de rap old school ou hip-hop genre Outkast… Tout ce qui tourne autour de l’école de Kendrick Lamar aussi (Smino, Saba…). Et je m’intéresse pas mal à la scène rap alternative qui se développe aux Etats-Unis.


Pourrais-tu me raconter l’histoire d’un morceau en particulier ?

Power On, c’est mon morceau préféré. J’avais envoyé beaucoup de réf à Augustin Charnet pour la prod et dès la première version j’ai adoré ce qu’il avait composé. Quand il me l’a envoyée, on n’était pas ensemble en studio et je n’étais pas prêt à écrire dessus. Je m’y suis mis un dimanche et ça a été hyper naturel. Pour moi c’est un morceau clé de l’album, il parle de l’idée de jamais lâcher, de trucs assez sentimentaux et psychologiques au final. Il reprend l’idée des autres morceaux où je parle de mes angoisses mais avec une morale positive : je vais continuer ce que je fais et même faire ça deux fois plus fort.


Et puis y’a aussi cette idée de rappeur blanc qui doit rapper vite… Sauf que ça veut pas forcement dire bien rapper. Je préfère bien poser mes textes et explorer diverses possibilités.

Ton album est assez éclectique et on y retrouve des morceaux engagés et puissants comme G.O.P (feat Kalash) mais aussi plus lents et chantés comme Up & Down. Pourquoi ce désir de ne pas miser uniquement sur le flow rapide qui t’a démarqué dans Planète rap ?

Dans Planète rap, il fallait impressionner et être rapide mais en vérité ce que je kiffe le plus c’est me balader sur une instru. Comme je le disais, ce que je préfère c’est le rap old school donc ça m’intéresse pas tellement de monter le bpm. Et puis y’a aussi cette idée de rappeur blanc qui doit rapper vite… Sauf que ça veut pas forcement dire bien rapper. Je préfère bien poser mes textes et explorer diverses possibilités.


J’ai vu ta cover de Otis Redding au Studio Pigalle… Une chose est sûre, tu es un rappeur qui sait chanter. Est-ce que tu penses intégrer plus de chant par la suite ?

Déjà, je pense que j’ai la chance de m’être mis dans un truc où je peux chanter sans “trahir” mon rap ce qui n’est pas forcément le cas de tous les rappeurs. Après pour moi la partie chant ça représente tout ce qu’il me reste à découvrir dans la musique et ça va level up avec le temps.

Pas mal d’articles te qualifient de “rappeur surdoué” ou de “jeune prodige”, comment reçois-tu ces éloges ?

C’est assez impressionnant mais j’arrive à prendre du recul. Disons que j’apprécie quand la personne cherche à comprendre et que la formule prend son sens mais il y aussi beaucoup de médias qui par jugement de faciès, parce que je suis blanc et que je peux avoir un flow rapide, vont me comparer à Eminem alors qu’en fait nos styles sont très différents. Je comprends qu’ils se reposent sur des images et des mots clés mais j’ai pas envie de devenir un “raccourci facile”.


Ça ressemble à quoi la suite de ton côté ?

Je pars en résidence dans 2 semaines pour travailler sur le prochain album. J’ai aussi pour projet de faire un EP avec Pab the Kid, mon meilleur ami. J’ai envie de développer un max les collabs en france et à l’international, d’ailleurs là je viens d’enregistrer avec Lord apex, un rappeur anglais. Et puis sinon il y a la tournée des disquaires indés qui va débuter. J’ai hâte car c’est un moyen d’aller rencontrer mon public et de mettre un visage sur des gens auxquels je parle et qui me suivent depuis genre 2 ans.

Merci à James pour cet entretien rempli d’authenticité. L’album Unimaginable storms est dispo sur toutes les plateformes de streaming ainsi qu’en vinyle. On vous invite également à découvrir ses projets précédents, comme les Bedroom Sessions enregistrées lors du confinement où James pose sa voix sur des prods emblématiques du rap game et dont les bénéfices sont reversés à l’AP-HP (assistance publique des hôpitaux de Paris).


SpotifyInstagramFacebook Label Rupture



Manon Cosson ⎮ 14/04/2021