Joris Delacroix / Louisahhh / Molecule : retour sur LA soirée électro du Rocher de Palmer

Mardi soir, veille de jour de férié, Feather était au Rocher de Palmer pour assister à l’immense fête électro de ce mois de mai… Molecule, Joris Delacroix et Louisahhh étaient annoncés sur l’incontournable scène bordelaise. Rien que ça.

L’occasion de mettre en lumière 3 artistes à la fois emblématiques et atypiques de la scène techno/électro/underground française qui ne cessent d’expérimenter et de faire évoluer l’univers très select des musiques électroniques. Ambiance survoltée garantie.



Les hostilités débutent avec SISTO Perez, un musicien local échappé du collectif A l’eau, très présent dans le paysage électro bordelais. Le tout jeune DJ avait la lourde tâche de s’emparer du dancefloor en pôle position et de faire monter la température avant l’arrivée des mastodontes. Sans se laisser démonter, Sisto Perez livre un set propre et carré d’1h30 avant de laisser la main au parisien Romain Delahaye a.k.a. Molecule.


Molecule est un sacré énergumène qui ne se contente pas de faire de la musique électronique au chaud dans son studio. Son processus de création passe par l’exploration du monde qui l’entoure. Il est en perpétuelle recherche de sons et d’ambiances très singuliers, voire quasi irréels. Assez commun au premier abord pour un artiste digne de ce nom, et pourtant rares sont les artistes qui poussent l’exploration aussi loin que Molecule : en atteste son séjour de 6 semaines au fin fond du Groenland d’où il a ramené suffisamment d’enregistrements pour composer un album, nommé très logiquement -22,7°C.



Il a d’ailleurs offert un live hallucinant à la Gaîté Lyrique à Paris début avril, au cours duquel le public était plongé au cœur du Pôle Nord grâce à des images projetées à 360° autour du dancefloor. Un live immersif qui propose une expérience auditive et visuelle forte, que demander de plus ?


Le public du Rocher n’a pas eu droit à cette mise en scène, mais il n’en reste pas moins que la musique délivrée par l’artiste intrigue autant qu’elle hypnotise. Les sons ne sont effectivement pas communs, le rythme est à la fois langoureux et énergique. Une musique cadencée qui fait monter la température d’un cran, une musique lunaire pour oiseaux de nuit aguerris.



C’est alors l’apothéose lorsque Joris Delacroix fait son apparition sur scène. Il est vrai que la tête d’affiche tant attendue de cette soirée, c’était bien lui. 1h du matin passé, le public est maintenant bouillant et s’apprête à vivre 2h de live à la hauteur de la réputation du jeune artiste. Alternant entre nouveaux morceaux tirés de son dernier album Night Visions et morceaux plus anciens avec aisance et décontraction, le DJ originaire du Sud de la France offre un live fou qui ne manque pas de mettre en sueur le public. La salle est bien remplie mais l’espace est suffisant pour se trémousser dans tous les sens au rythme de l’incontournable Air France, pépite taillée pour ambiancer le dancefloor. Joris Delacroix affirme lui-même dans une récente interview vouloir "réconcilier les univers du mainstream et de l’underground" : ce qui est sûr c’est que ce soir il aura réconcilié tous les noctambules exigeants avec la musique électronique des années 2010.



Bon ok, Louisahhh n’est pas tout à fait française comme supposé précédemment. Elle est américaine mais vit à Paris depuis quelques années et celui qui l’a révélée, c’est un frenchy : le prodige français Brodinski et son ancien label Bromance.

Total look black, elle prend le relais et s’empare des platines sous les ovations de la foule. Des ovations destinées à Joris Delacroix en remerciement d’un live exaltant, et destinées à l’arrivée de la papesse de la techno punk, comme elle aime à définir sa musique. C’est dark et enivrant à souhait. Let the beat control your body est bel et bien le mot d’ordre avant de conclure en beauté cette grande messe de l’électro. Les jambes commencent à être lourdes mais les esprits sont sur une autre planète.



Il est plus de 5h du matin quand les derniers fêtards quittent le Rocher de Palmer pour s’engouffrer dans la fraîcheur matinale. C’est parti la galère pour rentrer chez soi, faute de transport en commun ce 1er mai. Ce jour férié ne sera toutefois pas de trop pour se remettre de la très longue nuit que nous venons de vivre.

Lauren Georges | 07.05.2019