À la rencontre de la Mistinguerie, le visage prometteur des “petits rigolos de la techno”

Le 8 avril dernier, des joyeuses ribambelles de fêtard.es venues des quatre coins de la ville et d'ailleurs ont revêtu leurs plus belles tenues fleuries et couvert leurs joues de paillettes pour aller danser. Leur destination ? Un lieu tenu secret, que des dj de talent ont fait vibrer jusqu'au petit matin. La Flower Raver, doux nom de cette fête endiablée, a été un franc succès. Aux commandes de l’événement, la Mistinguerie, un jeune collectif qui navigue entre le bassin d'arcachon et bordeaux pour organiser des soirées techno interdisciplinaires et bienveillantes, et qui prévoit de récidiver avec du très lourd ce 24 juin.

© La Mistinguerie

Intrigués, on a rencontré Noé, un des membres fondateurs du projet, pour en savoir plus.


Avant d'être un collectif organisateur de soirée, la Mistinguerie c'est avant tout un groupe de potes du bassin d'arcachon surnommé "les mistingos". Et si la fermeture des lieux festifs pendant la période covid a été synonyme d'ennui pour beaucoup, pour les mistingos elle a fait office d’élément déclencheur :


« L'année où tous les bars, toutes les boîtes ont fermé et qu'on s'est retrouvés sans autre option pour sortir que de se retrouver juste entre nous, pour faire la fête et danser c'était compliqué. On a commencé à essayer de se rassembler, dans les maisons des uns des autres sur le bassin, beaucoup dans des caves du Cap Ferret... Le truc c'est que la personne qui nous laissait organiser nos soirées avait convenu avec les voisins que la musique s’arrête à 4h du matin. Et nous à 4h on avait encore envie de danser, de faire la fête, c'était trop tôt ! Donc on a acheté un petit caisson, une petite platine nomade et un ordi, et un jour un ami nous a dit " je connais un bunker accessible à pied au cap ferret ". Toute la soirée on a migré vers là bas, et c'est là bas qu'on a fait la première mistinguerie. On était une quinzaine, échoué.es sur un bunker du cap ferret, à danser comme des animaux avec notre petite enceinte jusqu'au lever du soleil ».


Fier.es de ce premier succès, les mistingos ont petit à petit développé le concept, en acquérant du matériel et conviant toujours plus de personnes aux festivités :


« De soirée en soirée, on achetait une petite guirlande, un nouveau caisson, on prévenait plus de gens... et donc au final ce groupe de potes qui voulait se retrouver et se rassembler pour faire la fête et danser s'est transformé aujourd'hui en l'association, le collectif, qui ouvre les soirées au grand public et propose des thèmes, comme pour la Flower Raver. »

Après une spéciale Halloween organisée en octobre en collaboration avec le collectif FRÜOR, la Flower Raver est la première grosse soirée bordelaise organisée par la Mistinguerie. On y a retrouvé un lineup de qualité, qui a fait danser les foules et trembler les murs décorés de guirlandes fleuries pour l'occasion.


À l'affiche, Gostosa et DJ Ruines, de FRÜOR, mais aussi Emmanuelle, Louis the 4th, Vesca,et bien sûr SNDER, dj résident de la Mistinguerie (avec Low Impact, qui n'était cependant pas aux platines ce soir-là).

Mais la musique mixée n'était pas la seule forme artistique présente à la flower :


« À la flower raver il y avait des photographes en argentique et numérique, un stand de tatouages, du maquillage, du Vjing, on a exposé de la peinture et des dessins... Ce qu'on veut faire c'est vraiment avoir le plus grand panel de médiums artistiques possible. »

Cette diversité est revendiquée comme héritage de la culture underground, et les soirées organisées sur Bordeaux en lieux fermés ouvrent une multitude de possibilités techniques dans la recherche de l'éclectisme :


« Les conditions d'organisation de la soirée participent énormément à la possibilité de proposer un univers artistique vaste et hétéroclite ; par exemple l'été dans la forêt on peut difficilement imaginer mettre en place un salon de tatouage... Nous on s'inspire énormément de la culture underground et il y a tout un tas de choses qu'on aimerait installer. Parfois on est handicapés par le lieu mais dans l'idéal dans nos prochaines soirées on veut voir encore de cette hétéroclicité à travers toute forme d'expression artistique, et si possible de plus en plus, des formes différentes, et des choses auxquelles on aurait même pas pensé au départ ! C'est la communauté instagram qui nous a fait connaître le peintre et la dessinatrice qui ont exposé à la Flower Raver. On a un peu questionné les gens sur les artistes bordelais qu'ils appréciaient, et leurs réponses nous ont permis de constituer une sorte d'énorme book d'artistes. Plus on connaîtra de gens, plus on pourra proposer un truc divers, varié, et cool. »


Aux artistes qui nous lisent et cherchent à exposer, n'hésitez donc pas à contacter les mistingos, toujours ouverts à de nouvelles découvertes :


« Avec le compte insta de la Mistinguerie on suit plein d'artistes de plein de genres différents (art graphique, poterie,Vjing...) et on prend beaucoup de temps à regarder ce que font les gens pour essayer de voir ce qui pourrait coller avec nos prochaines soirées. Si il y a des artistes de bordeaux ou d'ailleurs qui ont envie de se produire avec nous, nous on est super ouverts à toute collaboration, au niveau des médiums qu'on propose il y a un panel monstrueux. Quel que soit le niveau, l'envie, le projet, il faut pas hésiter on est vraiment super ouverts. Et potentiellement ça collera pas mais qui sait, il faut toujours tenter, et puis ça peut faire naître de nouvelles idées ! »

La diversité, au delà des médiums artistiques présents aux Mistingueries, transparaît aussi dans les propositions de soirées du collectif, grâce à un fonctionnement «par petits groupes» :


« Organiser une soirée à 20 (puisqu'on est 20 dans le collectif) c'est super compliqué, tout le monde a des envies différentes, un avis différent, même logistiquement c'est difficile. Donc on fonctionne par petits groupes, pour chaque soirée tout le monde apporte son aide et ses idées mais c'est un petit groupe qui gère le gros de l'orga. La Flower Raver par exemple, a été portée par trois personnes. »


Cela permet donc aux différents goûts et projets des mistingos de voir le jour, suivant les envies de chacun.e :


« Prochainement on a un projet plus axé tekno, plus hardcore qui sera porté par quatre membres de la Mistinguerie qui aiment les musiques un peu plus vénères ; on a SNDER qui mixe à Paris et à Lyon qui a très envie de porter des projets de Mistingueries de plus grande ampleur, avec plus de monde... Et il y a d'autres gens du collectif très attachés aux mistingueries intimistes sur le bassin qui vont continuer à en organiser en petit comité, avec pas forcément beaucoup de caissons et de lumières, mais des gens que l'on connaît bien. C'est ça qui est beau aussi : comme on est nombreux, il y a plusieurs goûts, plusieurs envies, plusieurs facettes de la Mistinguerie. »

Le rapport au bassin d'arcachon est un aspect particulièrement intéressant de la philosophie du collectif. Loin d'être perçu comme un lieu des débuts uniquement, un tremplin à quitter dès l'implantation bordelaise réussie, il représente une part forte de l'identité des Mistingueries, visant au contraire à rester centrale.


« On est énormément à venir du bassin ou à y vivre et on est très attachés à cet endroit. Les Mistingueries d'été, c'est vraiment nos débuts, notre identité, donc on s'est tous mis d'accord pour ne pas perdre ça, même si on s'exporte sur Bordeaux à l'année. »


Faire vivre la techno sur le bassin, c'est insuffler de la vie nocturne dans un espace qui en manque parfois cruellement, et lier deux mondes :


« Ce que nous on a remarqué c'est qu'il y a une population à l'année, et encore plus l'été parce qu'il y a énormément de tourisme, qui apprécie la culture underground. Donc il y a des gens qui sont là mais rien pour les faire danser, alors que ça pourrait être mis en place. Il y a bien le collectif Bel Horizon qui fait des choses super, mais c'est plus de la house. Nous, comme on trouvait aucune soirée techno, on a créé les nôtres [...] Quand tu penses rave, tu penses à Berlin, la ville, les hangars sombres... Le bassin c'est plus la nature, les pins, la plage, les vacances, donc nous ce qu'on essaye de faire c'est de mêler ces deux univers qui sont super différents pour faire quelque chose qui nous ressemble.»

Créer ses propres soirées, c'était aussi pour le groupe d'ami.es le moyen de se détacher de la culture de la nuit classique, et des multiples problèmes qui peuvent l'accompagner :


« On a déjà eu à faire à beaucoup de comportements problématiques par le passé dans les soirées qu'on a fui, les fêtes classiques où les meufs sont vendues comme des produits, où les agressions sont de mise... Comme on a quitté ces soirées pour créer les nôtres, c'était super important pour nous d'avoir une tolérance zéro pour ces comportements-là. C'est vraiment une des premières choses qu'on s'est dites au départ, et qui restera jusqu'à la fin. »


Avec au fil de l'été des soirées qui accueillent de plus en plus de monde, et donc de plus en plus d'inconnu.es, des précautions ont dû être prises pour garantir l'application de ces valeurs de bienveillance et le maintien d'un espace safe :


« Aux toutes premières Mistingueries de l'été on avait un groupe qui pendant les arrivées était chargé d'accueillir les gens, pour leur souhaiter la bienvenue mais aussi les informer de nos valeurs, dire " ici c'est un endroit bienveillant, il faut respecter les gens " et on faisait une longue liste de tout ce dont on avait pu être témoin dans les soirées classiques et qu'on ne voulait surtout pas voir chez nous : les agressions sexistes et sexuelles, LGBTQ+phobes, racistes, les embrouilles et les bagarres... »

Et avec l'arrivée des soirées de plus grande ampleur sur Bordeaux fonctionnant par réservation de places, les mistingos ont pu développer encore plus de stratégies de prévention, dont la création d'une "brigade anti-relous", un groupe de bénévoles formé à la gestion de situations de harcèlement et repérable dans la foule.


« Aujourd'hui vu qu'on organise des soirées avec plus de gens et des places qu'on vend pour pouvoir proposer un truc un peu plus quali, ça nous permet de mettre en place une charte signée lors de la réservation, et toute personne qui commet ce genre d'acte peut être blacklistée de nos soirées. On fait aussi de la promo sur les réseaux sociaux, avec de la prévention en amont, on dit "il y aura une brigade anti-relous, voilà les comportements qu'on ne veut pas voir..." Même si elle.ux se revendiquent queer, et que nous on a pas cette légitimité, on s'est beaucoup inspirés du collectif parisien Possession dans leur manière de présenter les soirées : tous les genres et toutes les formes d'expression de genre sont acceptées et célébrées, mais s'il y a des comportements qui ne sont pas adaptés, dans tous les cas c'est dehors, et on croit les victimes. »


Des soirées underground safes et bienveillantes où l'on peut découvrir des dj talentueux.ses et du gros son varié, voir des expos, se faire maquiller... Tout ça donne franchement très envie d'aller voir de plus près ce que ça fait que d'aller danser en Mistinguerie. Ça tombe bien, le collectif vient d'annoncer son prochain event pour le 24 juin ! Après la Flower Raver, place au Hard in West, une soirée hard tekno pour les plus aventuriers des brigands. La billetterie est déjà ouverte, galopez-y donc en cliquant ici !

© La Mistinguerie

Si vous n'êtes pas fan de rodéo et préférez les routes un peu moins rocailleuses, il vous suffit d'attendre la prochaine diligence. Elle ne saurait tarder, car rappelez-vous, avec la Mistinguerie il y en a pour tous les goûts !


En attendant le 24, vous pouvez faire un tour sur soundcloud pour découvrir les sets des mistingos. Vous pourrez aussi y faire la connaissance des dj résidents de la Mistinguerie, Low Impact et SNDER. Ce dernier vient d’ailleurs de lancer son label Unfair Records avec un premier projet hard techno 100% lyonnais qui sortira le 24 juin en digital et sur vinyle en collaboration avec Radioactiv. Décidément, ce 24 juin, une date à noter dans les agendas.


Cet été sous le signe des mistingos s’annonce dansant et plein de surprises… Restez donc à l'affût pour être de la fête !


Infos pratiques

“Hard in West”, vendredi 24 juin de 23h à 8h, secret place

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Léa Kuratlé- Simon I 14.06.2022