La moustache de la dame met #tonculsursonmur

Mis à jour : févr. 14

Un fond noir, des lignes blanches, des poses lascives et des positions audacieuses : bienvenue dans l’univers de @La_moustache_de_la_dame. Cette semaine, l’artiste derrière ce compte Instagram aussi poétique que torride, nous parle dessin, acceptation du corps, et sexualité contemporaine.

Parles-nous un peu de ton parcours, comment t’es tu mis au dessin ?

J’ai toujours aimé dessiner, mes parents étant assez ouverts, on a très vite cherché un métier en rapport avec le dessin, du coup je me suis orienté vers le graphisme. J’ai bossé dans l’édition, puis dans une imprimerie où je faisais de tout mais finalement il y avait très peu d'illustrations, peu de dessins. J’avais déjà un peu abandonné le dessin pendant mes études quand j’ai découvert les joies de la photographie. C'était le début du numérique, des appareils abordables, et il n’y avait pas encore de téléphones avec des objectifs…


L'illustration est revenue avec l’Ipad pro, j’ai vu qu’on pouvait faire énormément de choses avec, c’est comme ça que je me suis remis à dessiner.

Mes dessins actuels, au départ, c’était un truc purement intime, un échange d’images entre adultes consentants.

Ton travail est principalement axé sur la chair, l’érotisme, d’où te vient cette orientation artistique ?

Cela a toujours été au centre de mon travail, c’était déjà le cas aux Beaux-Arts. J’ai repris le dessin il y a deux ans et ce sujet est revenu tout seul : le corps, la sensualité, le fait de regarder son corps différemment… Pas forcément dans de l’ultra réalisme mais dans un réalisme certain qui permet de prendre une distanciation avec son corps tout en sachant que c’est le sien.

C’est un sujet qui a toujours été important pour moi parce que l'adolescence n'a pas été évidente, j’étais grand, maigre.. A l’internat on m’a pas mal charrié sur mon physique. J’en ai pas eu un traumatisme concret mais j’ai sûrement extériorisé par le dessin.

Mes dessins actuels, au départ, c’était un truc purement intime, un échange d’images entre adultes consentants. Au final c’était un peu répétitif quand tu fais ça avec la même personne tu tournes un peu en rond. Du coup, je me suis dit : « je vais proposer une autre version des nudes » et la personne a fini par me dire qu’elle se préférait sur mes dessins plutôt qu’en vrai. Pourtant, mon dessin était basé sur ses photos, je n’embellissais pas son corps, n’harmonisais pas les courbes.

Cela m’a fait réaliser plein de choses, je me suis posé des questions : en quoi le dessin surpasse-t-il la réalité ?

Et c’est encore une remarque que l’on me fait souvent mais je leur répète que s’ils se trouvent beaux sur mon dessin c’est qu’ils se trouvent beaux tout court.


Et certaines personnes ont besoin de se dire que leur sexualité n’est pas divagante, que ce n'est pas parce qu'ils ont des envies particulières que ça fait d’eux des monstres…

Est ce que cette distorsion ne serait pas liée à l’époque dans laquelle nous vivons, notre usage des réseaux sociaux, la culture de l’image ? On est constamment abreuvés d’images altérées, embellies, en comparaison un selfie mal éclairé pris dans sa salle de bain peut créer des complexes !

Ah mais c’est certain ! Internet, les millions de gens qui se photographient, les filtres… Les gens vivent dans la comparaison permanente. Ils comparent leurs intérieurs, leurs beautés, leurs vacances et ils en perdent une certaine confiance, en eux, en leur image, en leur quotidien. Surtout en ce moment quand ton quotidien c’est d’être enfermé chez toi…

Et puis le phénomène de l’échange de nude qui était déjà très présent il y a deux ans s’est amplifié avec le confinement vu qu’on ne peut pas se voir. Mais en faisant ça quelque part tu déformes la réalité du corps, tu fais des petit morceaux d’image avec tes selfies, ton bras n'est pas assez long, et peut ajouter à la perte de confiance en soi.

Maintenant ça devient le moyen de rencontrer, de draguer, de séduire, des gens vont avoir vu ton corps en entier avant de voir ton visage, tu peux connaître l’intimité d’une personne sans avoir entendu le son de sa voix.

Et pour en revenir au dessin, je pense que de plus en plus de personnes ont besoin de se voir à travers les yeux d’autrui, que ce soit moi ou un autre artiste. Et certaines personnes ont besoin de se dire que leur sexualité n’est pas divagante, que ce n'est pas parce qu'ils ont des envies particulières que ça fait d’eux des monstres… Mon but c’est pas de juger mais de montrer des images esthétiques avec du cul


Tu as été confronté, plusieurs fois, à la censure (sur instagram), à ton avis pourquoi ?

Alors, avec mon premier compte j’étais parti sur l’acceptation du corps et j’avais pris pour parti artistique de dessiner absolument tout ce que je recevais (en gardant une éthique : pas de mineurs, ou d’images répréhensibles légalement). J’ai reçu une très grosse collection de pénis. Ma technique de dessin étant extrêmement efficace je publiais près d’une dizaine de dessins par jour. Sur ma collection de bites je dessinais facilement 50 bites à l’heure ! (rire). Il n’empêche que j'ai beaucoup appris durant cette période. Par exemple : les hommes ont tendance à mettre leur pénis en avant, alors que chez les femme il y a plus de mise en scène, du décors, de la lingerie...

Ce premier compte a donc été censuré parce qu’il montrait trop de pénis… Mon deuxième compte (lancé sur le même principe) a tenu un mois. C’était déprimant parce que je me suis beaucoup investi. Du coup j’ai fais un peu plus attention avec mon troisième compte : je choisis, j’évite les sexes apparents… J’utilise les stories pour les images un peu plus osées.

Tu n’as pas l’impression qu’il y a comme un paradoxe avec ce genre de réseaux sociaux où l’on peut voir beaucoup de nudité hypersexualisée sans qu’il ait de gêne mais sur lesquels on s’offusque pour un tétons quitte à avoir recours à la censure ?

Si, c’est affreux. Et en plus de cela, faire du militantisme pour les tétons libres c’est le truc le plus censuré au monde. Le compte @jaienvie, par exemple, est assez engagé sur le sujet de la représentation des seins et a été censuré alors que son contenu n’est que du texte. Pas une image ! Elle (ndlr : la personne qui anime @jaienvie_officiel) en est déjà à son quatrième compte.

Il y a aussi le principe de dénonciation, sous couvert d’un certain nombre de signalements le compte sautait sans vérification du bien fondé de de la dénonciation.

Le collectif Meuf Meuf Meuf, elles collaient des affiches en ville, des témoignages de femmes ayant vécues des violences partout dans le monde. Et leur compte a été supprimé alors qu’il n’y avait qu’une publication annonçant qu’elle proposeraient des affiches en téléchargement libre pour inciter leur communauté à en coller eux-mêmes. Elles ont sauté presque immédiatement, il n’y avait rien dans leur contenu allant à l’encontre des standards d'Instagram ou de Facebook. Moi, je reconnais que je joue avec les limites, mais ces personnes n’avaient rien fait. Maintenant il y a eu quelques changements avec cette politique, on peut faire appel sur la décision de censure suite aux dénonciations.

Mais je vis un peu avec la peur de la censure, de perdre tout mon travail.

Par Instagram, j’ai pleins de projets qui se sont créés, j’ai appris énormément sur la sexualité, sur le privilège d’être un homme blanc à notre époque….

On vient d’évoquer les signalements mais on peut aussi parler de harcèlement sur les réseaux. Nombre d’artistes dont le travail peut être perçu comme subversif en font les frais. Je pense, par exemple, à Mélodie Perrault dont les illustrations comportent beaucoup de nudité, d’allusions à la sexualité et qui de ce fait reçoit énormément d’avances, de menaces, d’insultes gratuites… Est-ce un phénomène auquel tu as pu être confronté ?

Non, j’ai beaucoup de chance avec ma communauté. C’est une communauté en grande partie féminine, ce qui élimine une partie du problème. Pas de menaces, très peu de choses déplacées. Face aux propos déplacés je privilégie le dialogue, la voie de l’éducation.


Je suis vraiment en contact avec les gens. Je discute beaucoup avec plein de gens. Par Instagram, j’ai pleins de projets qui se sont créés, j’ai appris énormément sur la sexualité, sur le privilège d’être un homme blanc à notre époque…. C’est une chose assez folle ces réseaux, tu peux trouver d’un coté de l’abominable, de la pédophilie et des armes et puis en même temps tu retrouves de beaux projets que ce soit artistique ou humain. Tu trouves des personnes qui s’investissent pour les autres gratuitement, et si tu arrives à intégrer les bons circuits, tu enchaines les rencontres et les découvertes."

L’année à venir laisse présager de beaux projets pour La Moustache De la Dame, tout en bienveillance et sensualité.


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Maeva Gourbeyre ⎮ 10.02.2020


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