Le projet de Delphine Delas : une invitation à penser la ville autrement…

Dernière mise à jour : 22 sept.

Sélectionné dans le cadre de l’appel à projets CréA21 organisé par Les Fonds Cré’Atlantique, Les Boutons d’Or est un projet artistique d’aménagement du territoire du quartier de Belcier de Bordeaux proposé par la street-artiste bordelaise Delphine Delas. C’est en maniant l’art urbain que l’artiste bordelaise propose une réflexion sur son propre support artistique : la ville. Elle s’interroge de près aux notions de territoire et de sociologie en invitant les habitants du quartier à participer au projet autour d’une possible osmose entre la ville et la nature.

© David Thierry

Nous le savons, nous sommes de plus en plus nombreux sur cette Terre et surtout de plus en plus urbains. En 2050, on prévoit une population urbaine mondiale de 70% car celle-ci ne fait qu’augmenter considérablement. Certains géographes prétendent même à une urbanité complète. On entend partout, à tort ou à travers, de façon exagérée ou incertaine que l’extinction de notre planète et de toutes ses ressources est proche.


Les engagements écologiques se font de plus en plus entendre, les scientifiques s’alarment et tentent d’ouvrir les yeux de chacun de nous. Les rayons bio s’agrandissent dans nos supermarchés, les livres sur l’agriculture connaissent un nouvel attrait, les citadins trient et re-trient leurs déchets (qui n’a pas entendu ces bruits de verre qui s’explosent au fond de la poubelle sur la place de l’église Saint-Michel pendant que vous sirotiez un thé à la menthe ? Absolument personne.), on ne laisse plus l’eau couler inutilement et on éteint la lumière quand on sort de la pièce : l’éco-responsabilité remplit notre quotidien car on nous dit que l’heure est grave.


L’art aussi s’engage et prend part au combat. Avec ses Boutons d’or, l’artiste bordelaise Delphine Delas pose une réflexion intéressante autour de l’accessibilité à la nature en zone urbaine.


Comment investir un territoire en mutation ? Comment le construire ensemble pour qu’il plaise à tous ? Comment un projet artistique peut-il unir des occupants d’un même quartier ? Comment faire entrer une conscience de la nature dans nos vies ? La nature serait-elle accessible en zone urbaine ?


Quels espaces verts pour quels citadins ?

Le citadin, par définition, est l’antonyme du campagnard, du paysan, de l’agriculteur, de celui qui peut se dire comme proche de la nature. Cette nature n’est pour lui pas associée à un espace de vie, mais il est un lieu de voyage, un lieu lointain (on dit bien que tout ce qui n’est pas Paris est la province), que l’on voit très bien en carte postale. Avec son projet, Delphine Delas va apporter un changement à cette définition du « citadin » en la renouant avec ce paradis perdu.


Au fil du projet, elle discute avec les habitants du quartier que l’on veut réhabiliter, elle tisse des liens avec les occupants, elle voyage dans leur imaginaire en les questionnant sur leur vision de la nature. Le projet devient participatif et représentatif d’un quartier, du moins d’une partie de sa population à un moment donné qui a eu la chance de s’exprimer.


Dès 2016, elle prenait déjà en considération les lieux et l’interaction avec les populations dans son cheminement artistique. Elle développe depuis 2017 des projets d’arts urbains à l’international comme en Inde ou au Cameroun, toujours en relation étroite avec les populations locales. En 2021, le quartier Belcier devient un espace en mutation à reconstruire ensemble.



L’artiste va ensuite choisir de recueillir tous les témoignages des habitants du quartier Belcier sous une forme bien précise en s’inspirant de la littérature et précisément de l’oeuvre Les Fruits d’Or de Nathalie Sarraute.


En s’appuyant sur les 14 textes de l’oeuvre littéraire portant un regard critique sur l’oeuvre dans Les Fruits d’Or, Delphine Delas écrit 14 autres textes sur les citadin.e.s face à la nature. Dans Les Fruits d’Or, Sarraute conteste les arguments d’autorité des élites qui pensent et affirment détenir la vérité, qui s’imposerait à tous et ne pourrait pas être contestée. L’auteure valorise plutôt, à travers son livre, les personnes qui osent entrer dans ce qu’ils ne connaissent pas, qui osent avoir leur propre goût, qui renoncent à entrer dans la vérité commune si la leur est différente.

À l’instar de Sarraute, Delas invite les habitants du quartier, certes, mais aussi tout le monde, à imaginer ce qu’est et ce que peut vraiment être la nature. Il s’agit très certainement d’un projet à la fois artistique, social, poétique et symbolique qui nous invite à entrer dans un environnement de biodiversité fantasmé, rêvé, vague, étrange et mystérieux. Il ne s’agit pas de représenter la vérité unique de la nature mais ce qu’elle représente pour chacun de nous et d’en faire un « vrai jeu de puzzle » (pour reprendre les mots de Nathalie Sarraute). C’est grâce aux témoignages, à toutes ces imageries que l’artiste construit son oeuvre en associant à une végétation diverse des portraits d’abord photographiques puis qui deviennent graphiques et enfin numériques et projetés dans l’espace public du quartier Belcier.


Peut-être que le but recherché c’est de donner enfin un visage à la nature que l’on ne voyait pas ou plus, que la ville a tendance à engloutir, à effacer. Ces paroles de Sarraute pourraient tout aussi bien appartenir à Delphine Delas : « Qu’importent les bâtiments et les constructions aux dimensions du monde si elles ne contiennent pas le crocus encore fermé, la main d’enfant… ». Nature et ville ne devraient pas être opposées, elles devraient s’unir, se mélanger.



Infos Pratiques :

Pour en savoir plus sur le quartier Belcier en mutation : le projet d’urbanisation.


Les rendez-vous à ne pas louper :

  • le samedi 24 Septembre 2022 à 21h30 —Place d’Armagnac.

  • le jeudi 29 Septembre à 19h – Conférence avec Delphine Willis (paysagiste) au Jardin de Saïgon suivie d’une projection à 21h30.

  • le samedi 1er Octobre à 21h30 au Jardin de Saïgon.


Comment y aller ?

Tram : Ligne C ou D - arrêt Sainte-Croix ou arrêt gare Saint-Jean. Bus : Lianes 1, arrêt gare Saint-Jean, Liane 58, arrêt Paludate, gare routière, Liane 10, arrêt Saget. VCUB : Stations gare Saint-Jean, Eugène Delacroix, Sainte-Croix. À pied : À 10 minutes de la gare Saint-Jean. Parkings : parking Descas Burdeos, parking Parcub Paludate Saint Jean, parking ZenPark, parking Indigo.


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14.09.22 ⎮Elise Colle-Luec