Les tatouages délicats de Léa alias Tsukisuki Tattoo


Des traits fins, des dessins minutieux, de Totoro à Naruto en passant par Hunter x Hunter : voici ce que propose Léa. Cette jeune tatoueuse crée aussi ses propres personnages, colorés ou épurés, fleuris ou plus sombres. Inspirée par l’univers japonais, elle laisse une part de son univers sur la peau de chaque personne qu’elle tatoue. Nous avons discuté avec Léa, alias Tsuki.


Bonjour Tsuki ! Peux-tu te présenter ?

Bonjour ! Je m’appelle Léa, j’ai 24 ans et je suis tatoueuse à Bordeaux depuis deux ans.

Pourquoi ce pseudonyme (Tsukisuki) ?

À la base, je voulais juste Tsuki parce que ça veut dire la Lune en Japonais. C’était déjà pris sur Instagram, et suki est un verbe qui veut dire aimer, donc j’ai mis les deux à la suite. Au final les gens m’appellent Tsuki, pas Tsukisuki parce que c’est un peu long.

Quel a été ton parcours vers le métier de tatoueuse ?

J’ai fait un bac L spécialité arts plastiques, après je voulais partir en médiation culturelle mais je n’ai pas été prise. J’ai fait trois mois de fac d’Art, ça ne m’a pas du tout plu. Alors je me suis réorientée en BTS maroquinerie et quand j’étais en première année, une de mes amies s’est mise à tatouer. Elle a fait quelque chose qui est mal vu par les tatoueurs aujourd’hui : une école de tatouage - c’est un peu une arnaque ces trucs-là, il ne faut pas le faire, ça coûte très cher et c’est pas ouf. Donc, elle a fait une école de tatouage et m’a tatouée pour la première fois. J’ai trouvé ça cool. J’ai commencé à me renseigner et je me suis fait tatouer d’autres pièces. Quand j’ai vu que le tatouage ne se résumait pas seulement aux clichés et qu’on pouvait faire des choses mignonnes et délicates, je me suis dit que j’allais essayer. J’ai fini mon BTS puis j’ai travaillé un petit peu, et en parallèle de mon travail je faisais mon book.

Peux-tu nous parler de ton rapport au dessin ?

Mon père est peintre décorateur pour les carrousels, les manèges et tout ça, donc j’ai toujours grandi dans un univers où je dessinais. Depuis toute petite je dessine, alors que je voulais faire un métier manuel ou créatif. D’ailleurs, c’est aussi pour ça que j’ai fait mon BTS maroquinerie et que l’idée de tatouer m’a plu.

Comment définirais-tu ton style ? Qu’est-ce qui t’inspire ?

J’aime beaucoup faire des reproductions de personnages de mangas, c’est hyper satisfaisant. Sinon en terme de créativité, quand je fais des flashs ou juste des dessins comme ça, ça reste très inspiré du Japon. Pour m’inspirer, je regarde des estampes par exemple, ou des objets, qui viennent du Japon. Donc mon style je dirais que c’est illustratif japonais. Japonais occidentalisé, parce que ce n’est pas non plus traditionnel japonais, je ne reprends pas les codes à 100%. Mais quand je veux utiliser des choses symboliques du Japon, j’aime bien que ça ait un sens quand même. Je ne vais pas mettre n’importe quelle fleur par exemple. Je fais attention à ne pas « dire n’importe quoi » en dessinant. Pour les représentations de mangas et d’animés, au début j’ai commencé avec les Ghibli et puis j’ai proposé d’autres choses comme Naruto. Je suis contente parce que les gens sont satisfaits, je crois qu’il y a une autre tatoueuse à Bordeaux qui fait du manga, mais on n’a pas du tout le même style.


Selon toi, en quoi le tatouage est un art ?

Pour commencer, il faut déjà avoir un bon niveau, des bonnes bases en dessin.

Après, quand tu fais un projet pour quelqu’un c’est plutôt bridé, parce que la personne a des attentes, il y a des éléments qu’elle veut retrouver dans le dessin. Alors quand je fais un projet perso, c’est peut-être plus de l’artisanat pour moi, dans le sens où c’est une commande du client. Par contre, quand tu fais beaucoup de flashs ou des peintures ou autre chose, quand tu fais quelque chose qui vient de toi, ça ne peut être qu’un art. Rien que le fait que pas mal de tatoueurs fassent des prints, ça prouve que ça passe au-delà du support de la peau, que ça touche d’autres personnes. À partir du moment où ça touche des gens, qu’ils veulent nos dessins sur leur peau ou sur leur mur, je considère que c’est de l’art.

Qu’est-ce que ça fait de dessiner sur quelqu’un ?

Il y a toujours cette pression constante où tu te dis « je ne peux pas me rater ». C’est la grosse différence avec le papier : tu ne peux pas gommer. Mais il y a aussi de la satisfaction et de l’émotion. Les personnes que je tatoue ont une partie de moi sur leur peau... C’est pour ça que j’accorde beaucoup d’importance au lien, au rapport à l’autre. Même si je n’échange que par e-mail, ou avec Instagram, ça m’est rarement arrivé de tatouer quelqu’un avec qui je ne m’entendais pas du tout. J’essaie de faire en sorte que ça se passe toujours très bien. Et si par exemple, je ne me sens pas bien ou je suis très fatiguée (après une journée de rendez-vous, ça arrive), je vais toujours être honnête et le dire. Je sais que techniquement il peut y avoir des failles si je suis trop fatiguée donc je préfère reporter. Pour que ce soit au mieux pour la personne, et que je sois fière de ce que j’ai fait sur elle à vie.

Tu crées tes propres dessins pour les flashs, tu vas te mettre au print pour ceux qui ne souhaitent pas se faire tatouer ?

Oui, pour les prints il me reste à aller voir l’imprimeur. Franchement, c’est cool pour les gens qui habitent loin. Ou pour ceux qui sont en convention et qui n’ont pas forcément le budget, parce qu’un tattoo c’est cher. Donc pour ceux qui ne peuvent pas se faire tatouer et qui veulent quand même une partie de ce que je fais, il y aura des prints. Après je vais aussi sûrement proposer des stickers, et il faut que je voie pour faire aussi des petits pin’s. J’ai aussi fait des broderies pendant le confinement et je fabrique des pochettes que je vais vendre bientôt. Mais ça, c’est vraiment en bonus.

Est-ce que tu tatoues dans plusieurs villes ?

Je devais avoir mon premier guest en avril mais il a été annulé. Pour le moment, je n’ai tatoué qu’à Bordeaux, et à Pessac au début. Je vais sûrement être amenée à bouger un peu, mon premier guest à Lille a été reporté en août, et après j’ai la convention de Nantes en octobre. Il y a des tatoueurs qui bougent tout le temps, mais moi je sais que je ne pourrais pas le faire. J’ai mes petites habitudes, je suis casanière. Deux ou trois guests par an, je pense que c’est déjà pas mal pour moi. Je considère qu’on est dans une grande ville, quand même bien desservie. J’ai déjà eu des clients de Suisse, de Belgique, de Paris, Angers, Nantes...

Dans quel salon peut-on te croiser à Bordeaux ?

Dans mon salon ! Je l’ai fait avec une collègue et ça s’appelle L’Ornithorynque. C’est un salon privé, c’est à dire que tu ne peux pas avoir l’adresse sauf si tu prends rendez-vous. C’est pratique, parce qu’étant donné que nous sommes juste deux, ça nous évite de commencer une session et de devoir s’arrêter parce qu’un client rentre pour des renseignements. Quand on tatoue, on est vraiment très concentrées et disponibles pour nos clients. J’ai travaillé dans un shop qui n’était pas privé, et quand ton tatoueur ou ta tatoueuse s’arrête en plein milieu pour discuter avec un client, c’est embêtant. Ton corps se met en pause et quand tu reprends, c’est plus douloureux. Et si tu fais ça plusieurs fois, ça peut vite être compliqué. Voilà pourquoi on a notre shop privé, et pour nous contacter, soit on peut avoir une première discussion sur Instagram, soit par e-mail (je préfère par e-mail : tsukisukitattoo@gmail.com )



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Nolwenn Tournoux I 29.05.2020

© crédits photos : tsukisuki tattoo