Miss Nessie, de la spontanéité et du punk

C’est toujours plaisant de constater la richesse de la musique ainsi que des acteurs qui l’animent ; on a eu l’occasion d’interviewer les Miss Nessie, un groupe de Strasbourg au nom à consonance plutôt Scottish mais sans lien direct avec nos voisins British !

© Pierre Della Signora

Hello les Miss Nessie, on aimerait en savoir un peu plus sur vous !

Pour commencer, comment vous sentez-vous après cette longue période "d'abstinence" culturelle ?


Plutôt bien, on a pris le temps de renforcer les liens entre nous et de savoir ce qu’on voulait faire. On a fait notre premier concert deux mois après notre rencontre et on a enchaîné avec une quinzaine de concerts et un album la même année. L’abstinence nous a permis de sortir « Laquedem », une production qui nous ressemble. Il est bien plus personnel et nous correspond vraiment plus. Le temps qu’on a eu était plutôt bénéfique au final.

Comment et quand est né Miss Nessie, et que signifie le nom ?


C’est nos amis de Jivre, un groupe de garage rock de Strasbourg qui ont poussé Jacques, notre chanteur, à refaire de la musique. Il les a pas vraiment écouté jusqu’à ce qu’il rencontre par hasard Jules, notre batteur. On a fait connaissance en même temps que l’on répétait en octobre 2018. On est monté sur scène en janvier pour la première fois ensemble et on a pas arrêté jusqu’au COVID. Le nom ne signifie pas grand-chose, c’est à la base une blague. On cherchait un nom et on galérait jusqu’à ce que l’actuel colocataire de Jacques, Pierre, finisse par nous dire sur un ton mi-amusé mi- agacé « Putain c’est bon les gars, on cherche un nom de groupe pas le monstre du Loch Ness ! ». Ça nous a tous fait rire et du coup on s’appelle Miss Nessie.


Qui en sont les membres ?


Il y a Jacques au chant et à la guitare, Jules à la batterie et aux chœurs et Thomas à la basse et aussi aux chœurs.

© Pierre Della Signora

Vos grosses influences musicales ou artistiquement autres d'ailleurs ?


On a tous les trois été marqués ado par la fameuse vague en « The » (The Hives, The Vines, The Libertines, The Strokes, The Subways, The White Stripes) en plus des classiques comme les Stooges ou les Kinks.

On a une grosse influence commune même si on a une culture musicale un peu différente. Jacques écoute principalement de la No waves, du riot grrrl ou de la chanson en générale. Il est pas rare de le voir écouter des groupes comme Iceage, White Lung, Teenage Jesus and the Jerk ou Nirvana et de le voir passer aussi vite à Jean Luc le Ténia, Brigitte Fontaine ou autre Stone & Charden.

Jules est un gros fan de garage rock anglais et californien comme les Black Lips, Thee Oh Sees, Fontaines D.C. même s' il reste un fan inconditionnel de yéyé comme Jacqueline Taïeb, Dick Rivers et surtout Johnny Hallyday.

Thomas est plutôt blues et rock’n roll, c’est un grand fan de Jimi Hendrix. Il est le membre le plus technique et éclectique du groupe et un grand amateur de Techno.


Y-a-t-il un processus systématique dans vos compo ou est-ce que c'est plutôt à "l'envie et à l'inspi " ?


Généralement Jacques arrive avec les chansons, il a les différents riffs et le texte. On fait tourner ça entre nous, on réarrange, on modifie et on en parle beaucoup au niveau des thèmes. Une fois ce travail fait, on la joue en live.

© Pierre Della Signora

Avez-vous des thèmes qui vous tiennent le plus à cœur ?


Il n’y a pas vraiment de thèmes particulier même si on peut clairement distinguer trois types de chansons. Il y a des chansons sarcastiques comme Pauline qui se moque des adhérents de la République en marche, la chanson Boris se moque de certains étudiants toxiques dans les milieux culturels ou du spectacle où la magouille morale, Boris Vian et la clarinette a encore de beaux jours ou comme Mégot qui célèbre sans ironie la magnifique colère d’une femme qui engueulait son copain après qu’il ait jeté son mégot par terre ( une scène dont on est des témoins véritables). On a des chansons beaucoup plus sombres et un peu plus « politisées », quoique ça reste à vérifier. Parmi elles, on trouve l’Homme Gris et Physalis qui parlent de violences conjugales, familiales et de féminicides, l'Épouvantail parle des violences et de la haine arrangées autour de certaines marges ou Saturne qui parle de dépression. On a quelques chansons plus générales sur le temps, le fait de vieillir comme Laquedem ou les Enfants du paradis.

Ça n’a pas trop de sens de faire de la musique spontanée et punk si on ne chante pas dans la langue avec laquelle on réfléchit et on communique habituellement.

Le choix de chanter en français est-il une évidence puisque vous êtes de France ?


On a beaucoup de mal à approcher la musique hors de son environnement et de son message premier : du public auquel elle s’adresse à l’origine, de son époque, de ses auteurs.. On écrit ce que l’on voit, ce que l’on comprend, des discussions qu’on a eu et on joue notre musique dans notre ville et ses environs. Ça n’a pas trop de sens de faire de la musique spontanée et punk si on ne chante pas dans la langue avec laquelle on réfléchit et on communique habituellement. On cherche pas à être un groupe de genre ou pastiche ni à être un groupe “original”. C’est les sons et la langue avec lesquels on communique et sur lesquels on peut prendre du recul dans notre vie quotidienne. On écrit comme on pense et on s’adresse aux gens en face de nous, ce serait impossible de le faire avec autre chose que le français. Après c’est pas qu’une question de langue, l’anglais nous paraît tout aussi étranger que le français du rock et du punk français traditionnel. Et puis, on ne parle pas très bien d’autres langues.

© Pierre Della Signora

Vous sentez vous un peu comme messagers d'une jeunesse désoeuvrée, révoltée et provocatrice ?


Non pas tellement, même pas du tout. On chante ce qu’on voit, ce qu’on comprend et ce qu’on ressent. On ne cherche pas à faire passer de messages et la provocation dans le monde du spectacle est tellement gratuite, malsaine et stupide actuellement que l’on préfère s’en éloigner. Si les gens se retrouvent dans nos chansons et dans leurs messages nous ne sommes pas contre, mais ce sera leur action pas la nôtre.


Maintenant que la vie reprend, allez-vous vite remonter sur scène ?


Oui, on va essayer. On a déjà commencé et on a quelques dates de prévues. Ça va être marrant, enfin, on l’espère !




Merci Miss Nessie pour le moment que vous nous avez accordé, on vous souhaite une belle reprise musicale tant sur scène que dans les studios !


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Margaux Dory I 26.06.2021