PointPointVirgulePointVirguleCrochetParenthèse …,;) ne cherche pas à vous traumatiser, promis !

On aura bien rigolé avec PointPointVirgulePointVirguleCrochetParenthèse …,;]). Hé ! Pas de panique ! Leur nom n’est pas si cruel, et d’ailleurs, Nina et Shay ne le sont pas non plus (à tous, mais surtout à ceux qui auraient pris peur en regardant le clip Jean-Victor, on vous explique plus bas). Duo d’électro-pop queer bordelais, nos deux artistes se lancent dans la sortie d’un album prévu pour mars. A l’occasion, iels* ouvrent une cagnotte en ligne. On vous propose aujourd’hui de rire tout en faisant travailler vos petites méninges, et peut-être aussi vous toucher…


Iels : pronom personnel incluant un ensemble de personnes genrées et variées, ou des personnes ne s’inscrivant pas dans un genre défini ou connu.


© Maxime Jouet

Salut Nina et Shay ! La forme ? Alors avant tout, une question nous tourmente chez Feather... pourquoi avoir choisi un nom aussi long ?


(Rires généraux)

Shay : C’était un malentendu !

Nina : Là c’est le moment où tu te démerdes tout seul Shay !

Shay : Bah c’est le hasard des choses, à la base on était censés envoyer un son pour un appel à projet de Bordeaux, une sorte de concours sur la scène électro bordelaise et on n’avait pas de nom. Il fallait qu’on l’envoie très très vite, on n’avait plus que 10 minutes pour l’envoyer. Et je sais pas, j’ai déliré, je me suis dis que les trucs qui marchaient devaient marquer, et devaient être un peu bizarres, du coup j’ai dit n’importe quoi, on a pris n’importe quoi et on a gardé n’importe quoi. Maintenant, ça donne qu’on loge même pas entièrement sur une page web format smartphone (rires généraux) Ça me fait rire ! Je regrette rien !


Comment vous êtes-vous lancé.e.s dans la musique ?


Nina : Bah au départ on faisait beaucoup de soirées ensemble. Au début, on a commencé à faire un espèce de duo chant, enfin poésie... Shay : CRIS ! Nina : ...batterie, ouais, cris - batterie. On s’amusait à faire ça en soirée après quelques verres et on avait écrit un petit projet qui s’appelait “Méta Corpus” dans lequel on déclamait comme ça des textes, on criait des textes sur uniquement de la batterie. Et puis ça nous plaisait de travailler ensemble, donc on s’est plutôt tournés vers l’électro parce que c’est quelque chose qu’on aime vraiment tous les deux. Mais non au départ c’était pas du tout de l’électro, mais de façon assez évidente ça nous tenait à cœur à tous les deux de faire plutôt de l’électro française.


Tu voudrais rajouter quelque chose Shay ?


Shay : C’est surtout qu’on nous disait que ça manquait de synthé, “Méta Corpus”. Tu te souviens ? S’adressant à Nina. On nous avait dit “Ouais c’est bien mais ça manque de...d’autres instruments”. Nina : Aaah oui ! Oui, c’était pas le principe mais toi de ton côté tu composais déjà des sons électros sur tes petits logiciels, depuis longtemps tu faisais ça, et on s’est dit que mettre des textes en français sur des sons un petit peu électro clash pouvait être sympa.


Ecoutez-vous d’autres styles de musique que l’électro ?


Shay : Moi j’écoute pleins d’autres choses qui n’ont rien à voir, genre du punk, parce que j’ai d’autres groupes plus rock, mais ça fait parti des styles que j’écoute le plus ouais, que j’aime le plus. Electro… Electro punk…. Rebeka Warrior...

Nina : Ouais moi c’est un peu pareil. Enfin j’écoute pas de punk ni de rock, c’est pas tellement mon délire tout ce qu’est rock pour le coup, mais électro, électro pop j’aime bien, et c’est à peu près tout, et le rap sinon.


© Maxime Jouet

Vous êtes engagé.e.s dans plusieurs combats : votre titre SUGARMAMA qui dénonce la grossophobie*. Vous êtes également investi.e.s dans le féminisme et à l’occasion nous parlerons de Jean-Victor. Pouvez-vous nous parler de tout ce que vous dénoncez à travers la musique ?


Nina : Bah je pense que de façon évidente…. (rires), je suis en train de parler hyper sérieusement, vous voyez mon filtre là ? (Rires) Je vais rester très sérieuse… Donc de façon assez évidente, évidemment, on est tous les deux hyper concernés par la cause féministe, LGBT, queer et en plus notre premier public c’était nos potes du milieu queer. Et même, on avait envie de parler de ça, de ces sujets-là qui nous tiennent vraiment à cœur.

Shay : On recherche pas forcément d’aborder ces thèmes là, c’est juste que c’est…

Nina : C’est que ça fait partie de notre quotidien. C’est vraiment parce que ce sont des choses qu’on vit, la LGBT phobie, le sexisme, la transphobie…


Grossophobie : l'ensemble des attitudes et des comportements hostiles qui stigmatisent et discriminent les personnes grosses, en surpoids ou obèses. Elle a pour origine des préjugés et des stéréotypes négatifs selon lesquels le fait d'être gros est une question de volonté personnelle et que les personnes grosses seraient ainsi les seules responsables de leur surpoids, en négligeant les autres facteurs à l'origine du surpoids. (D’après Wikipedia)


Vous vous exprimez également sur l’amour, avec une reprise de Beau comme toi, ou Sol sec dans votre premier album Est ce que les singes dansent ?. Vous avez également écrit Poly où vous chantez “Si je t’enferme dans le placard, tu ne m’aimeras plus” qui nous a fait penser au polyamour et à tout ce que l’on cherche à déconstruire sur l’amour. Est-ce ce que vous vouliez transmettre ?


Nina : Oui oui, bah oui, complètement.

Shay : Enfin quelqu’un qui a compris ! (rires)

Nina : Oui oui Poly c’est bien sur ça, sur le polyamour, et le fait de ne pas vouloir enfermer l’autre dans un placard (rires). Et non ce n’est pas sur la boulimie ! (rires)


Vous avez eu des réactions de ce genre ?

Nina : Oui… On a eu une personne qui pensait que c’était sur la boulimie et donc sur la nécessité de fermer les placards à clefs… et pensait que Poly était un prénom du coup… mais non !


Que pouvez-vous nous dire alors de l’amour ?


Shay : C’est un vague sujet… On a l’hétéronormativité qui pousse à aimer d’une seule façon et à suivre des chemins pré faits, après ça on l’aborde pas spécialement… Nina : Non pas spécialement, mais en effet, dans nos paroles on ne va pas parler de choses hétérosexuelles vu que ça nous concerne pas, même si pour le coup on a repris Beau comme toi mais c’est pas parce que c’est au masculin que c’est forcément un homme cis* dont il est question aussi. Je fais des textes qui me parlent à moi, dont Chloé par exemple… Mais sinon sur la vision de l’amour en général, je trouve que c’est cool quand même, l’amour… (rires généraux). Baaah ça nous occupe, moi je sais que ça me prend beaucoup de temps personnellement dans ma vie. Avoir une relation ça prend très rapidement toute la place, en fait, c’est ce qui va passer en premier chez moi en tous cas. Je ne sais pas si tu le vis pareil Shay… Shay : Non moi j’avais envie de dire que c’est cool l’amour, mais pas que l’amour qu’on considère comme le seul valable… Par exemple, l’amour, on va parler d’une relation avec quelqu’un, donc en couple. Mais l’amour c’est aussi envers tes amis, ta famille, envers le monde. Un peu démystifier ce côté saint graal du couple en dehors de tout, qui fait n’importe quoi “parce qu’on s’aime”… Voilà… C’était juste un point, je réfléchis en même temps et je me dis que ce serait un truc à déconstruire.

Nina : Ah mais oui, complètement, on a tellement de schémas… Et même dans les couples non hétéro, il y a quand même des choses qu’on reproduit sans s’en rendre compte, et c’est toujours à déconstruire. C’est intéressant de voir qu’on a aussi intégré, intériorisé des schémas hétéro normés… Quand on s’en rend compte on se dit “Ah mais merde non !”

Shay : “Zut ! Je suis tombé dedans!”

Nina : Personne n’y échappe en fait… Même nous… Et je pense que ça joue aussi sur la représentation qu’on peut avoir dans les médias, à la télé, des relations lesbiennes ou gays etc, qui restent hyper clichées et hyper calquées sur le modèle hétéro, et vu que c’est notre seule représentation, on va aussi l’intégrer, je pense que ça va dans le même sens. Même s' il y a du mieux en terme de visibilité et de représentation bien sûr…


Homme cis ou cisgenre : Homme dont l’identité de genre est en accord avec son sexe déclaré à l’état civil.



“Il y a un problème avec beaucoup d’hommes cis, du moins eux comme “structure sociale” et non eux individuellement. Il y a un problème avec la masculinité normée” - Nina



Et Jean-Victor alors ? Vous avez fait réagir à travers les réseaux. Certains commentaires vous accusent de misandrie, que voudriez-vous dire sur la misandrie aujourd’hui ?


Nina: Bah moi clairement je me considère comme misandre donc j’ai aucun problème avec cette “insulte”.

Shay : Oui, c’est avant tout une position politique.

Nina : Oui bien sûr, c’est politique, ça reste évident que non on ne déteste pas tous les hommes, mais c’est juste que politiquement c’est nécessaire de pointer le fait qu’il y a un problème avec beaucoup d’hommes cis, du moins eux comme “structure sociale” et non eux individuellement. Il y a un problème avec la masculinité normée. Il y a quelque chose où je me dis qu’ils ont quand même compris la vidéo, ils ont compris des choses… Shay : On ne pensait pas que ça pouvait énerver des gens parce que c’était pour rigoler…

Nina : On a été signalés pour violence, torture... alors que c’est des confettis et des paillettes…

Shay : Pour incitation à la haine envers les hommes cis.

Nina : Ouais, extrêmement violent le clip de Jean-Victor (rires)



Avant d’annoncer votre EP, vous avez sorti Novembre, un morceau triste et nostalgique, vous parlez d’un passé révolu, d’une absence, quelque chose de mort, de “fané”. Nina tu as écris les paroles, peux-tu nous raconter l’histoire de cette chanson ?


Nina : Bah en fait ça m’est venu en me baladant avec ma copine de l’époque, le soir, et à un moment donné j’ai croisé un manège, fermé et éteint puisqu’il faisait nuit, et tous les éléments du manège étaient bâchés. Ça m’a rendu hyper triste cette image, j’ai trouvé ça horrible, alors qu’un manège en plein jour, il y a des lumières de partout, des bruits, des couleurs… j’ai ressenti une sorte d’angoisse et je me suis dis qu’il fallait que je fasse une chanson là-dessus. Au final c’est Novembre, je parle pas que des manèges mais je parle de tous les petits trucs qui rendent profondément tristes, enfin qui moi personnellement me rendent profondément triste… (petit temps de silence) Se préparer pour une soirée et que la personne ne vient pas, les fins de soirées où on commence à dessoûler et on se rend compte qu’il va falloir recommencer le lendemain, la vie, et qu’on revoit les choses comme elles sont vraiment. Tous ces trucs qui foutent vraiment bien le seum dans la vie de tous les jours.


Et toi Shay, comment l’as-tu ressenti cette production ?


Shay : Bien ouais c’était ça ouais, c’était novembre quoi… Mélancolique mais aussi agréable. Un peu cocon

Nina : Ouais, il y a un truc doux aussi…

Shay : C’est de la tristesse douce et musicalement je l’ai construit comme ça, avec une progression lente, qui n’explose jamais au final, c’est un peu frustrant sur le morceau mais c’est pas plus mal. Il n’y a pas de délivrance où on en fait des caisses. Ça reste triste, doux…

Nina : Répétitif aussi. Sur le thème du manège qui tourne en boucle…


Vous avez lancé une cagnotte ULULE afin de financer la sortie de cet EP, attendu pour mars chez Atypeek Music que vous nommez “l’album de l’Immaturité”, que pouvez-vous nous dire du titre et de ce que vous nous proposerez en mars ?


Shay : Ce sont nos premiers sons donc on les avait déjà sortis de manière un peu maquette. Là, on les ressort en meilleure qualité, avec un vrai mastering et beaucoup plus travaillés. Nos premiers morceaux, l’immaturité totale et en même temps c’est brut. On a hâte de passer à la suite aussi, ça fait un petit moment qu’on les joue et donc tourner la page de l’album “immaturité” vers la maturité (rires).

Nina : Oui, il y a aussi pas mal de thématiques relatives à l’enfance. Il y a quelque chose de très simple et d’enfantin dans nos créations. Le clip de Poly par exemple ou le clip de Chloé qui est style pré-adolescent, qui parle de la fille dont j’étais amoureuse quand j’avais 13 ans, donc il y a quelque chose de très innocent aussi.


Voulez-vous rajouter un petit mot de fin ?


Shay : Oui ! Avant l’EP, sortira le clip de Sol Sec qu’on a réalisé avec l’Utopia Collectif Cinéma cet été, et ça va être DU LOURD ! Il reste également quelques jours pour participer et nous aider à la concrétisation de notre album via notre cagnotte ULULE ! Merci à tous et à toutes !


Merci à vous deux ! On attend la suite avec impatience, bonne continuation !


Photo inédite du clip Sol Sec, Utopia Collectif Cinéma

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Emma Pichard ⎮ 07.12.2020