Pop culture : le revival de la Sorcellerie

Nous venons justes de dépasser Ostara, l’équinoxe de printemps, et force est de constater en scrollant sur instagram, que l’occultisme, les spiritualités, et esthétiques apparentées au paganisme ainsi qu’à la figure (souvent fantasmée) de la sorcière, on fait un come back fulgurant ces dernières années. Même si les croyances et pratiques propres à chacun n'ont sans doute jamais cessé d'exister et ont leur cadre particulier, bien loin de l'imaginaire collectif.

Black Sabbath

Sur nos écrans les films et séries affluent : remake des Aventures de Sabrina l'Apprentie Sorcière; retour de Charmed et de The Craft; Luna Nera... Et on surf sur la même vague en littérature, de la BD fantastique au grimoire moderne en passant par l’ouvrage historique et sociologique, la sorcière comme figure féministe et écologiste a envahie les librairies.

Qu’en est il en musique ? Si toute bonne balade médiévale, ou opéra romantique en fait mention, il est assez intéressant de se pencher sur le cas des musiques actuelles.


En quête de transgression


Finalement rien de nouveau sous le soleil, le revival de la sorcière en musiques actuelles est flagrant dès les années 1960’s.


On pense notamment aux célèbres groupes Coven et Black Sabbath. Coven* - dont le nom signifie sororité de sorcière en anglais - est formé par Jix Dawson, Greg Oz Osborn et Steve Ross autour de 1968.


Le premier album du groupe, rapidement signé chez Mercury records, prend un virage plus sataniste que simplement witchy. De l’artwork aux paroles, les inspirations occultes de Witchcraft Destroys Minds and Reap Souls sont omniprésentes. Le groupe va même jusqu’à affirmer que le dernier morceau de l'album, Satanic Mass, est l’enregistrement d’une messe noire (c’est faux). Parmi les morceaux représentatifs, on compte White Witch of Rosehall basé sur la légende jamaïcaine d’Annie Palmer, sorcière Voodoo. L’album a été retiré des ventes peu après sa sortie. Quant à Coven, ils furent injustement affilié à Charles Manson dans les 70’s, suite à quoi ils perdirent leur label et se mirent au rock familial.


Un mois plus tard Black Sabbath signe chez Mercury. Un groupe british toujours un peu sataniste, mais moins controversé dont le nom en lui même est déjà hyper païen**. Le groupe est notamment connu pour son utilisation du Diabolus in musica, note considérée comme impie par l’Eglise chrétienne autrefois.


Émancipation féminine et imaginaire witchy



En 1974, Yoko Ono chantait Yes, I'm a Witch lors d’une brève rupture avec John Lennon : “Je suis une sorcière/ Je suis une garce / ma voix est réelle” assène-t-elle.

En politique, Women's International Terrorist Conspiracy from Hell (W.I.T.C.H.), un mouvement féministe dont les membres arborent la parfaite panoplie de la petite sorcière, fait alors parler d’elle depuis 1968.


W.I.T.C.H © Bev Grant

L'icône 80’s Stevie Nicks, parée de ses robes à voiles noirs, déclare en 1987 sur MTV : “ J’ai toujours voulu être une sorcière.” Elle enregistre avec Fleetwood Mac l’album Rhiannon, dans un titre éponyme elle invente le personnage d’une sorcière Wicca. C’est l’idée du féminin sacré, de la femme puissante et spirituelle qui est mise en avant. On peut aussi citer le groupe post-punk Siouxsie and the Banshees***, dont la voix lead, Siouxsie, est une personnalité artistique forte ainsi qu’une figure de rébellion.



Du pagan metal à la pop, une esthétique qui séduit

Références historiques au paganisme, spiritualité exacerbée, imaginaire fantaisiste : les formes de manifestation sont aussi vastes que les sources d’inspiration.

Généralement, quand on parle d’ambiance occulte, le premier genre musical qui vient à l’esprit de nos contemporains c’est le métal, quelque que soit le sous-genre : Witchcraft (Doom/ rock psyché) , Blackbriar (rock goth) ,Nightwish (metal symphonique), All of them Witches (stoner) ou encore Eluveitie (métal druidique)...




Mais la pop n’est pas en reste. Par exemple, Florence Welch de Florence and the Machine, qui - apparemment- avait pour habitude de tenir un carnet dans lequel elle écrivait des “sorts” à l’image d’un grimoire étant enfant, a confié à plusieurs média qu’elle projetait de sortir un concept album sur la scène occulte de Los Angeles avant d’enregistrer How big How blue, How beautiful. Ou encore la néo-zélandaise Lorde se définit volontier comme ayant une vibe “sorcière - goth”...


Du côté du hip-hop, les références aux cultures Yoruba et Hoodoo affluent, et avec elles une imagerie de la prêtresse et de la sorcière voodoo. On pense notamment à Brujas**** de Princess Nokia où l’artiste clame ses origines portoricaines ainsi que les pratiques spirituelles de sa communauté.


Princess Nokia © Daniela Spector

Voilà qui devrait constituer une playlist fournie et éclectique pour les plus curieux d’entre vous. Bien-entendu, il ne s'agit pas d'un article traitant d'ésotérisme ou de religion, mais de création et de pop culture.


* Bon en fait, ça vient du latin Covenio ou “rassemblement de personnes” avant d’être au Moyen-Âge utilisé pour désigner les groupes de “sorciers” et “sorcières”.

** Un sabbat est une fête païenne, au Moyen-Âge, on réduisait ces évènements à des rassemblements de sorcières et de satanistes.

*** La banshee est une créature féminine de la mythologie celtique irlandaise considérée comme une magicienne.

**** “Sorcières” en espagnol

Maeva Gourbeyre I 06.04.2020.