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Rencontre avec Enter Shikari, le phénomène Pop / Hardcore / Electro d'Angleterre

Mis à jour : 10 juil. 2019

Nous sommes lundi 24 Juin à Bordeaux, le temps est radieux et la chaleur au rendez-vous. C’est le lendemain du Hellfest et avec ma compère Lucile, nous allons à la rencontre de Enter Shikari, groupe proéminent de la scène Alternative Anglaise. Ces derniers se sont réveillés paraît-il il y’a peu, plus que certainement fatigués de la date tardive de la veille au Hellfest, à Clisson. En pleine tournée des festivals, et juste avant leur tournée européenne en Septembre, nous avons le plaisir d’être reçus par Rob Rolfe (Batterie) et Rou Reynolds (Voix et FX) dans leur loge au Rocher de Palmer, qu’ils s’apprêtaient à enflammer ce soir là.



Max & Lucile (Feather) : Comment s’est passé le début de cette tournée des festivals de l’été, avec le Download, Hurricane et le Hellfest ?

Rob : On est sur un bon début ! On a du adapter notre setlist étant donné que l’on joue dans des festivals ‘mainstream’ comme dans des festivals plus ‘heavy’. On a beaucoup travaillé sur cette préparation et jusqu’à présent ça a l’air de bien marcher !


Votre statut de groupe indépendant (ie : sans label) vous donne beaucoup de liberté quant à la musique que vous sortez, et vous arrivez donc à surprendre votre public avec chaque nouvel album. Comment le public a-t-il réagi à The Spark ?

Rou : On a été très surpris en réalité, on pensait que les gens allaient avoir des avis plus tranchés ! Avec nos derniers albums, je pense qu’on a surement perdu le public qui voulaient un nouveau Take to the Skies (ndlr : leur premier album). Maintenant il semble qu’on ait un public composé soit de nouveaux auditeurs, ou d’anciens qui apprécient la majorité de notre musique. Ils ont très certainement des albums qu’ils préfèrent à d’autres, mais disons qu’ils sont certainement plus ouverts d’esprit. Pour en revenir à la réception, ça s’est très bien passé, les critiques étaient bonnes et il semblerait que ça nous ait ouvert des portes dans des milieux dans lesquels nous n’étions pas présents jusqu’à présent.


Est-ce qu’on peut s’attendre à de nouveaux morceaux dans un futur proche ?

Rou : On en est vraiment qu’au début mais disons qu’on espère sortir un nouvel album d’ici l’an prochain.



Pour en revenir à votre statut d’indépendant, l’un des avantages de ce statut c’est la liberté de pouvoir sortir des albums sans impératifs de dates non ?

Rob : On travaille quand même avec des labels pour la sortie des albums, on a pas été entièrement indépendants pendant toutes ces années. On a un bon réseau de personnes qui nous ont et continuent aujourd’hui à nous aider périodiquement mais c’est vrai qu’on a toujours pu prendre les décisions les plus importantes. On a beaucoup de chance d’être dans la position de pouvoir être autonomes quant au côté de la création musicale.


Super ! Je voulais aborder le sujet de vos clips : ils sont clairement toujours très réfléchis et travaillés. Est-ce que vous travaillez toujours avec la même équipe de vidéastes ?

Rou : Non quasiment jamais, c’est généralement toujours des équipes différentes. Il n’y a que pour Live Outside et Rabble Rouser qu’on a eu la même équipe, on a tellement aimé le rendu de Live Outside qu’on a fait appel à eux à nouveau pour Rabble Rouser. Mais on a une vidéo qui devrait sortir cet été pour laquelle on a travaillé avec un français, Polygon !


Quand je pense à Enter Shikari, les premières images qui me viennent en tête sont celles de vos performances live complètement hallucinantes. Qu’est ce que vous placez en priorité, l’expérience du studio et de la création ou la performance live ?

Rob : C’est un peu une question du genre qu’est ce qui est arrivé en premier, l’œuf ou la poule ? On adore être en tournée mais on ne pourrait pas faire ça sans la partie d’écriture et d’enregistrement. Personnellement, je trouve que c’est bien d’avoir une sorte d’équilibre. On est sur la route depuis la sortie de The Spark – donc deux ans – et maintenant ça commence à me démanger de retourner en studio !


Comment est-ce que vous fonctionnez dans l’écriture de la musique ? Est-ce que l’un d’entre vous à une idée de base sur laquelle tout le monde ajoute son élément, que ce soit un instrument ou des chants, ou est-ce un processus collectif ?

Rou : J’ai généralement une idée de base ou une démo pour une chanson que j’apporte au reste du groupe et on travaille ensemble dessus. Une fois qu’on terminé une démo complète tous ensemble, on fait venir les producteurs pour leur présenter et apporter les dernières retouches.



Et quelle serait pour vous la chose à faire, ou bien à ne pas faire, pour un groupe qui débute ?

Rob : Travaillez dur ! Honnêtement, on n’a jamais trop été dans l’optique de réaliser notre rêve en étant dans un groupe. On a toujours fait ce qu’on aimait faire. Beaucoup de groupes qu’on rencontre dans des festivals actuellement, on le sent assez clairement qu’ils ont choisi cette voie parce qu’ils aimaient l’idée d’être des rock-stars. Ne faites pas comme eux, faites de la musique parce que vous aimez ça, pas pour le succès !

Rou : Pour moi, ça serait de se souvenir qu’on a qu’une seule chance de laisser une bonne première impression de soi et de son groupe. Le second conseil, c’est d’essayer de subvertir la façon dont les médias et la société en général essaient de vous mettre sur un piédestal par rapport à votre public.


Vos paroles contiennent plusieurs références à de nombreux philosophes, dont Rousseau par exemple. Comment est-ce que des concepts philosophiques s’insèrent dans votre musique ?

Rou : C’est un peu comme tout, ça commence par une situation qui t’interpelle que tu vois sur le net, et puis tu commences à chercher un peu plus en détails. C’est un peu comme tout, tu peux puiser dans l’histoire, il y a des choses qui t’intéresseront plus que d’autres, des choses avec lesquelles tu seras en accord ou en désaccord… Mais pour la philosophie, Rousseau, Schopenhauer, Montaigne ont une grande influence sur les paroles que j’écris. Ils parlent d’eux très ouvertement, ce qui résume un peu mon état d’esprit pendant l’écriture de The Spark. Parler ouvertement de choses stigmatisées (ndlr : ce commentaire fait référence à la santé psychologique, sujet que Rou a décidé d’aborder publiquement pour le rendre moins tabou). Mais quant au processus d’écriture, c’est vrai que j’aime me plonger dans l’histoire, d’anciens poètes, écrivains ou philosophes. Dans notre époque, il y a pas mal de paroles… bancales ou homogénéisées, sans sens profond en elles. C’est vrai que la philosophie permet de contrer ça dans l’écriture des paroles.


Dans Rabble Rouser, vous parlez d’une « hystérie complète » comme d’un « medium » de transmission. Est-ce que cela veut dire que l’écriture est un procédé cathartique pour vous ?

Rou : Mmh c’est ce que tout le monde dit, mais je ne le ressens pas comme tel. Pour moi, l’écriture c’est quelque chose que je me sens obligé de faire. La performance sur scène est beaucoup plus cathartique, se libérer physiquement de toutes ces émotions qui bouillonnent en nous.


Et justement, comment vous sentez-vous généralement à la fin d’un concert ?

Rou : Affamé ! Quand je sors de scène je vais directement m’empiffrer !

Rob : C’est une vraie descente en fait ! Pendant tout le concert tu as une montée d’endorphines et d’énergie, et une demi-heure après être sorti de scène tu te retrouves assis sur un canapé en silence à comater.


Dans Torn Apart, sortie en 2015 et aux paroles très politiques, vous disiez que nous arriverions à « remonter à la surface, malgré les vagues ». Aujourd’hui, dans un monde où les nationalismes gagnent de plus en plus de terrain, pensez-vous qu’on puisse toujours remonter à la surface ?

Rou : C’est bien la question… En ce moment je lis pas mal le philosophe croate Srećko Horvat qui parle « d’espoir sans optimisme ». Pour moi, c’est le meilleur moyen de ne pas perdre la raison dans le contexte actuel. En bref, garder espoir mais ne pas attendre que quelque chose s’améliore dans un futur proche. Toujours faire des efforts pour améliorer les choses à son échelle, sans être pessimiste mais plutôt réaliste et conscient de ce qu’il se trame autour de nous. Mais c’est vrai qu’on est tombé bien bas, avec la résurgence d’idéologies qu’on pensait non seulement éradiquées mais également diabolisées… Il semble que les mouvements, et je ne parle pas seulement de la gauche en disant cela, qui cherchent à unifier la race humaine semble vivre défaite après défaite ; mais la marche de l’Histoire n’a pas de point final, l’Histoire va continuer, et il y aura toujours des opportunités pour que la situation s’améliore. Au moins jusqu’à ce que notre espèce s’éteigne !


Dans une logique de faire un pas en arrière et deux en avant ?

Rou : Ouais… Il ne reste plus qu’à espérer qu’on soit prêts à faire deux longues enjambées !

Retrouvez Enter Shikari en tournée dans toute l’europe : https://www.entershikari.com/shows


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Max Desgarnier et Lucile Lafon I 09.07.19

© Léa Lambert

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