Rencontre avec Giedré

Pour son huitième album, nous avons eu le plaisir de rencontrer Giedré lors de son concert à la Rock School Barbey où elle a délaissé sa belle guitare pour un piano. L’OCNI (Objet Chantant Non Identifié), comme elle aime se faire appeler, nous a interprété son nouvel opus. Pour l’occasion Feather est allé à sa rencontre avant son concert pour lui poser quelques questions.

© Guillaume Ferran

Bonjour Giedré et merci de nous recevoir. Pour les bordelais qui ne te connaîtraient pas encore, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Je fais des chansons rigolotes sur des trucs pas trop rigolos pour être un peu concise.

Tu as sorti 10 albums si je ne me trompe pas en 10 ans. Et tous tes albums sont autoproduits. J’imagine que c’était un choix dès le début pour être complètement libre. Tu ne te mets aucune censure, jamais ?

Non ce n’est pas forcément une question de censure parce qu’il y a plein de gens qui sont dans des labels et qui chantent ce qu’ils veulent, qui sont libres dans l’écriture en tout cas. Non c’était plus que je voulais faire les choses comme je le voulais et puis les discussions avec les patrons etc. je ne sais pas faire. Du genre « alors là on va sortir un single le 15 parce qu’il y a Chimène Badi qui en sort un le 17. »

En fait, toutes ces questions de marketing ça ne m’intéresse pas du tout. Bon après du marketing on est obligé d’en faire un peu parce que si on fait un disque et que personne le sait ça ne sert à rien. Mais je préfère faire toutes les choses autour un peu à ma manière et ne pas parler avec des gens qui vendent des disques comme des boîtes de raviolis.


Tu te considères un peu comme une auto-entrepreneuse ?

Ouais c’est un peu comme tu sais les paniers bio du producteur aux consommateurs (rires).


Tu as une formation de comédienne à la base. Comment es-tu venu à choisir la musique et l’humour plutôt que le théâtre ?

Ça s’est fait comme ça en fait, ça s’est presque imposé à moi. Quand je suis sortie de mon école, on avait appris plein de choses sauf l’essentiel qu’on devrait savoir quand on est comédien ; c’est qu’on passe son temps à attendre que des gens qui veuillent bien de nous. Donc on dépend du désir des autres pour travailler (d’un metteur en scène, d’un directeur de casting, d’un réalisateur...). Je trouvais ça super difficile cette dépendance aux autres et j’avais envie de vendre. Et puis je faisais des chansons pour moi, alors je me suis dit je vais aller les chanter dans un bistro. Et tout est allé assez vite, je n’avais plus le temps pour des spectacles de théâtre pour lesquels il faut immobiliser au moins un mois à chaque fois.

© Guillaume Ferran

Et comment s’est faite ta rencontre avec Raphaël Mezrahi ?

Je chantais dans un café et j’ai rencontré un garçon avec qui je me suis mise à faire de la musique, mais vraiment sans ambition. Et un jour ce garçon me dit « c’est incroyable ce soir je fais la première partie de Raphaël Mezrahi à la Cigale, c’est fou ».

Je lui dis « ouais carrément c’est dingue ! » Et à ce moment-là il reçoit un coup de fil de Raphaël Mezrahi qui semble embêté au téléphone. Il raccroche et me demande « est-ce que tu pourrais venir chanter dix minutes ce soir parce qu’il faut 30 minutes de première partie et moi j’ai que 20 minutes de chansons. » J’accepte alors de faire la première partie de la première partie. Et quand je sors de scène Raphaël me demande si j’ai d’autres chansons. Vu que le deal dans mon bistro c’était que je chante deux heures, je lui réponds que oui, j’en ai plein. Du coup il me propose direct de faire sa première partie seule. Donc ma première vraie scène avec des Jack, des retours… c’était la Cigale !

Sur France Inter tu traites régulièrement un sujet d’actualité, politique, sociétal, environnemental… avec une chansonnette aux paroles très crues, c’est ta marque de fabrique. Quand je t’écoute je me demande si tu reçois parfois des insultes ou des menaces de la part d’un public qui pourrait être…dénué d’humour, pour rester poli. Je pense par exemple à la chanson sur les chasseurs (qui m’a fait mourir de rire).

Ah oui les chasseurs ils sont fâchés… après l’avantage à la radio c’est que ce n’est pas toi qui reçois les insultes. Bon si je veux vraiment faire du mal, je peux aller à lire les commentaires sur internet. Mais les chasseurs comme vraiment je ne les aime pas, là j’allais lire les commentaires et je rigolais beaucoup.


Est-ce que tu crois que comme Blanche Gardin, tes propos choquent certains parce que tu es une femme ?

J’en sais rien, c’est peut-être plus surprenant. Les gens ne s’attendent peut-être pas à ça en voyant une fille comme ça, ils attendent peut-être à ce que je chante des chansons d’amour. Ça m’arrivait pas mal au début. Maintenant généralement les gens qui viennent me voir connaissent. Bon y a toujours Jeannine du 34 qui va écrire « Oh quand même pour une jolie jeune fille comme vous c’est dommage ! »

© Guillaume Ferran

Tu as déjà chanté avec Oldelaf et Frédéric Fromet. Avec quel autre artiste aimerais-tu faire un duo ?

J’aimerais bien faire un duo avec heu je sais pas moi Lara Fabian ou Kendji. Parce qu’en fait Oldelaf et Frédéric Fromet, c’est presque attendu, ça va de soi. Alors que par exemple quand j’avais fait un duo avec Grégoire (je l’avais invité à mon Olympia) et de voir Grégoire chanter une chanson à moi qui s’appelle « on fait tous caca », là pour moi c’est un peu plus rock n’roll tu vois.


Tu peux nous dire quelles sont tes influences musicales ?

Heu…moi avant j’avais une culture musicale vraiment proche de zéro car j’ai été élevée dans une famille lituanienne. Je pense qu’encore aujourd’hui ma mère ne doit pas savoir qui est Georges Brassens donc j’ai dû faire ma propre culture musicale beaucoup plus tard. Et moi quand j’ai découvert Brassens, Renaud, Jean Yann, cette famille de chanson là, ça m’a fait vraiment quelque chose. Je me suis dit « ah en fait les chansons c’est pas que Yellow Submarine » en fait tu peux vraiment raconter des trucs et en plus tu peux le faire de manière marrante donc c’était une grande découverte !

On te connaît accompagnée d’une guitare depuis des années et tu as décidé d’enregistrer ton dernier album au piano. Pourquoi ce changement d’instrument ? Est-ce que tu avais une formation de piano initialement ?

C’était mon tout premier instrument enfant. Après j’ai abandonné car je voulais être « cool », je voulais être Kurt Cobain. J’avais pas touché un piano depuis 20 ans et puis pendant le confinement je me suis remise à déchiffrer des partitions. Bon c’était marrant puis je me suis dit « est-ce que je suis capable d’écrire avec un autre instrument qu’une guitare ? » Parce que j’étais dans un système, j’avais mes petits trucs et là c’était tout nouveau, on appréhende les choses différemment. Et je me suis dit que ça changeait.

Tu affiches assez clairement tes idées politiques dans tes chansons. Est-ce que ce deuxième tour des présidentielles te déprime ? Ou est-ce qu’au contraire tu te dis « chouette je vais avoir encore plein d’idées de chansons ! »

Je suis déprimée mais surtout je suis très fâchée, j’en veux vachement aux gens. Je me dis en fait vous détestez les enfants. Vraiment vous vous en foutez qu’on vive dans une planète où il fera 50 °, vous allez tous crever dans 20 ans mais vous ne vous préoccupez pas des générations futures.

© Guillaume Ferran

Tu es d’origine lituanienne. Tu as d’ailleurs écrit une BD « la boîte de petits pois » qui raconte un peu l’ex URSS par le prisme de ton histoire familiale. J’imagine que la guerre en Ukraine t’affecte particulièrement. Tu arrives à rester optimiste dans ce monde qui part en vrille ?

Bah il faut rester optimiste sinon tu te dis que les méchants vont gagner et moi je ne veux pas vivre dans un monde où les méchants gagnent. J’aime bien les happy ends ! Je mets des œillères parfois sinon tu te suicides ! Je me dis que peut-être bientôt on mettra à la tête des Etats des scientifiques du GIEC par exemple. T’es obligé de croire que ce sera mieux après. Sinon soit t’es cynique soit bah c’est très difficile. Parfois c’est dur comme pour tout le monde mais j’essaie de rester optimiste.


Comment as-tu vécu ces deux dernières années sans la scène ? Que fait une artiste comme toi en confinement ? C’était une période de créativité ou plutôt de repos ?

Au début je me suis dit comme beaucoup d’artistes « je vais faire des concerts en live, je vais faire vachement de trucs... » et au bout d’un moment ça s’essouffle et tu ne peux pas créer pour rien.

En tout cas moi je ne peux pas parce que j’écris vraiment des chansons pour les chanter sur scène ; je m’en fous de faire un album conceptuel que j’enregistre au Népal et qui sortira dans un milieu confidentiel. Je veux chanter des chansons devant les gens. Je me suis dit si ça continue comme ça, vu que j’aime bien faire des trucs dans ma vie, je vais aller heu je sais pas… faire un métier essentiel : bosser à la Biocoop, en boulangerie, changer de vie. En tout cas la scène à une meilleure saveur quand tu reviens. Je ne m’étais jamais posé ces questions, ça fait 10 ans que je fais la scène et le fait de voir la porte tu te dis « c’est vraiment un choix cette vie, c’est ça que j’aime et que je veux continuer à faire ».

Est-ce que tu encourages les parents à venir te voir en spectacle avec leurs enfants ?

Il y en a qui viennent avec leurs enfants. Je ne suis pas responsable après s’ils se font retirer la garde (rires). Non je pense que les gens peuvent venir avec les enfants s’ils prennent le temps de parler après et de leur expliquer pourquoi la dame elle dit des gros mots.


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Guillaume Ferran I 12.05.2022