Rencontre avec Marine, artiste polyvalente avec une palette d’idées

Mis à jour : janv. 26

Elle décrit ses dessins comme « une ode à la femme ». Marine Le Bourch est directrice artistique et illustratrice. Elle regorge d’idées et de projets, et on a hâte de la voir mettre son coup de crayon à Bordeaux !

© Marine Le Bourch

Bonjour Marine ! Peux-tu te présenter ?

Moi c’est Marine Le Bourch, j’ai 26 ans et je viens de d’emménager de nouveau à Bordeaux, après 6 ans passés à Paris. J’ai créé Studio Aime il y a 5 ans, je suis directrice artistique, et en parallèle, illustratrice depuis bientôt deux ans.


Quel a été ton parcours jusqu’à l’illustration ?

J’ai fait un bac STI arts appliqués, puis je suis entrée à E-artsup, où j’ai fait de l’identité visuelle. J’ai fait mes trois premières années à Bordeaux, puis je suis allée à Paris pour faire mes deux dernières années en Master. E-artsup Paris ne me convenait pas, donc je suis entrée à Intuit Lab. J’ai fait mes deux dernières années dans cette école, et en parallèle, j’avais des contrats professionnels.

J’ai toujours fait de l’illustration, plus ou moins régulièrement. Je m’y suis mise plus sérieusement quand j’ai eu des cours de nu dans mes études. Quand j’ai découvert un peu la sphère artistique sur Instagram, j’ai commencé à poster mes dessins. Puis vers 2018-2019, j’ai choisi d’investir dans un IPad Pro, parce que je me suis rendue compte que j’étais frustrée de ne pas retrouver à l’ordinateur la sensation que j’avais avec le papier. Ça a été un gros tournant. J’ai commencé à poster plus sur Instagram, et à me faire connaître.

© Marine Le Bourch

Comment as-tu commencé à dessiner ?

Dans ma famille, on a toujours dessiné. J’ai vu mon père dessiner, j’ai vu ma grand-mère dessiner... Et je pense que ça m’a poussée à le faire aussi. Je pense que ma toute première approche, c’était avec les contes fantastiques. Je me suis dit « Oh, j’ai trop envie de savoir dessiner des fées ! » En plus je suis bretonne, donc il y avait toute la mythologie celtique où il y a beaucoup de fées, de gnomes... Je me rappelle avoir eu ce genre de bouquins en cadeaux de Noël et je m’amusais à redessiner ces êtres mythologiques. Et avec les livres, j’avais envie de visualiser ce que je pouvais lire donc je recherchais des images sur Internet et j’essayais de les reproduire.


Comment décrirais-tu ton style artistique ?

Je dessine beaucoup de femmes, parce que c’est un sujet que je trouve vaste et qui m’inspire énormément. Mon style vient vraiment de mes cours de nu. J’adore dessiner le corps dans son entièreté est un peu comme un objet. J’ai deux styles différents que je travaille en parallèle, il y a un style plutôt crayon à papier où j’essaie de faire transparaître un peu plus d’émotions, et dans l’autre c’est des messages que j’essaye de faire passer. Les personnages que je dessine, en général des femmes fortes et fières, je leur donne des aspects caractéristiques mais rarement une personnalité. Je n’ai pas forcément envie que mes dessins ressemblent à quelqu’un en particulier, mais plutôt que tout le monde puisse s’identifier.


Tu dis que tu aimes dessiner le corps comme un objet. C’est-à-dire ?

Je trouve que dans notre société, on a un regard sur le corps qui est soit hypersexualisé, soit hyper prude, ou genré... Il y a vraiment plein de boîtes dans lesquelles on met les corps. Quand je fais un cours de nu, je ne dessine pas un homme nu ou une femme nue. Je dessine vraiment un objet qui a des formes, des rondeurs, des lignes et des ombres. En ce moment, ce qui est compliqué, c’est qu’Instagram bloque énormément les corps nus, donc je me fais régulièrement ban alors que j’adore dessiner ça. Dès que tu postes un corps nu c’est sexualisé, « oh mon dieu on voit un téton ça va exciter tout le monde ! » Alors que je le fais dans une optique de beauté du dessin et pas de sexualisation des corps.

Je suis passionnée de la Rome antique et de la Grèce antique, et j’adore les statues (beaucoup sont des corps nus). Quand j’étais à Paris, Le Louvre faisait des nocturnes. J’allais à toutes les nocturnes et je passais mes soirées à dessiner les statues grecques. Ce sont des corps nus mais ce sont des statues, ça n’a rien de sexuel, et je trouve ces représentations du corps humain absolument magnifiques. C’est ce que j’essaie de représenter aussi au travers de mes illustrations, cette beauté du corps.

Qu’est-ce que tu aimes représenter dans tes dessins ?

Je trouve qu’il y a un côté un peu cathartique à l’illustration. Tout ce que je ne peux pas forcément dire, je peux l’exprimer avec les dessins. J’aime faire passer des messages comme l’indépendance, le self-love, l’empowerment féminin, la liberté... J’aime beaucoup montrer la femme autour de son propre pouvoir. Montrer qu’on peut arriver à vraiment s’aimer soi-même et se dire qu’on n’a besoin de personne d’autre pour arriver à faire ce qu’on a envie de faire. Je dessine des femmes super fières, super fortes... pleines de leur propre pouvoir pour essayer d’en donner un peu aux gens qui les regardent. Globalement, c’est souvent une ode à la femme.


Sur ton compte Instagram, j’ai l’impression de ne voir que des représentations de femmes. Pourquoi ?

Je n’ai pas forcément de message à faire passer en dessinant des hommes, donc comme je n’ai rien à dire je préfère me taire. Ceci dit, récemment j’ai posté des portraits avec lesquels j’explore un nouveau style et peut-être que dans ce style-là, je vais me porter sur du masculin. J’ai peut-être plus de choses à raconter sur les hommes avec ce style.

© Marine Le Bourch

Tu es membre du collectif Medusae. En quoi ça consiste ?

Dans ce collectif nous sommes 20 illustratrices, toutes françaises mais un peu éparpillées dans le monde. Au début on s’est regroupées pour un seul projet, qui s’appelle Giant Women, il y a à peu près deux mois. On s’est toutes très bien entendues et on s’est dit que c’était dommage de s’arrêter là. Alors on a créé Medusae. On est foncièrement toutes un peu féministes et inclusives. Comme on est nombreuses, on peut se permettre d’avoir de plus gros budgets, donc faire des beaux projets. Par exemple, là, on a décidé de faire un jeu de tarot toutes ensembles dans une impression un peu spécifique. C’est stimulant d’être un collectif, ça donne une force que tu n’as pas forcément seule.

On a aussi créé un syndicat des illustrateurs, le Syndic Créatif. Quand on entre dans le monde de l’illustration, on est parfois un peu seul : On n’a pas de syndicat, c’est un peu flou pour les tarifs et tout ce qu’il y a de juridique. Donc on a décidé de créer un syndicat, où il y a beaucoup plus de monde que dans le collectif Medusae. Ça nous permet d’être solidaires entre nous que ce soit pour contrer des arnaques, des vols d’image ou des prix mal estimés.


Sur Instagram, il y a des photos de certaines de tes illustrations collées sur les murs de Paris. Peux-tu nous en parler ?

J’ai une très bonne amie qui fait du collage papier et on a voulu faire un projet commun en mélangeant ses collages avec mes illustrations. On voulait faire quelque chose de grand et on s’est dit : « Pour ça, il faut un mur ». On a commencé à se balader dans les rues de Paris et à se rendre compte qu’il y avait plein de spots très intéressants. On a fait notre projet toutes les deux et ensuite on s’est fait des excursions, 5 au total, dans Paris à différents endroits pour coller nos illustrations respectives. Nous voulions envahir un peu la rue en travaillant en collaboration avec les autres street artistes. Ça fait vraiment des fresques à certains endroits, il y a tellement de collages et de surcollages que ça fait des murs bien habillés. Ça permet de rencontrer du monde, parce que les gens s’arrêtent quand ils te voient coller et il y a des discussions, très souvent positives et forcément parfois négatives. J’aimerais faire ça à Bordeaux aussi.

Peux-tu expliquer ce que tu fais dans le cadre de Studio Aime ?

Je suis directrice artistique. J’aide les marques à créer leur identité. Ça passe par la création de moodboards d’univers, du logo, de la charte graphique, le déploiement de l’identité de marque sur tout le marketing… C’est aussi le développement du site internet, des réseaux sociaux, et la gestion des shootings. Si c’est des boutiques, ça peut aller jusqu’à l’aménagement intérieur. C’est très vaste, ça englobe vraiment toute la création de l’univers d’une marque. En parallèle je fais de l’édition, de la mise en page de magazines ou de livres. Je fais aussi de l’illustration à côté pour des émissions, et pour illustrer des articles de magazines.

© Marine Le Bourch

Tu peux nous citer quelques projets que tu as réalisés en tant qu’illustratrice ?

J’ai travaillé pendant deux ans avec France 2 sur les illustrations d’une émission télé, Un jour un livre. J’ai aussi travaillé avec Gloria, un collectif féministe qui avait fait une exposition et un fanzine sur la censure qu’on pouvait avoir en tant que femme. J’ai fait des illustrations pour elle, de femmes nues forcément sinon ce n’est pas drôle...J’ai aussi illustré une affiche pour un concert à Antipode, à Rennes.


Quels sont tes projets pour le futur ?

Je suis en train de voir avec des galeries parisiennes pour faire partie de leur base et que mes œuvres soient vendues en galerie. Je cherche également un agent d’illustrateur pour vraiment me professionnaliser à fond sur le côté illustration, et du coup trouver de nouveaux projets. J’ai aussi un projet avec un skatepark à Bordeaux pour réaliser une fresque intérieure et une exposition. Je projette aussi de faire une exposition en 2021 avec une autre amie artiste, avec qui on aimerait créer un événement concert-expo pour présenter nos travaux.


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Nolwenn Tournoux I 25.01.2021

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