Rencontre avec Victor Solf : après Her, qui est-il ?

Victor Solf, ancien membre du binôme Her, a annoncé en février 2019 qu’il tournait la page du groupe et a annoncé par la même occasion le début d’un nouveau chapitre, celui de sa carrière en solo. C’est en 2021, après la sortie de son premier single Traffic Lights il y a deux ans et de deux EP entre temps, que l’album Still. There’s Hope de l’artiste est sorti. Un mélange de rythmique et de mélancolie qui correspond à l’image pétillante et touchante du chanteur. Nous l’avons rencontré lors de sa tournée en novembre dernier au Rocher de Palmer.

© Emma Seintouil

On te connaît en premier lieu parce qu’on a beaucoup aimé ton précédent projet Her. J’imagine que de composer un album solo représente une toute autre aventure que lorsque c’est à deux, tu pourrais nous en parler ?


C’était un choix forcé, c’était pas quelque chose que j'aurais prévu il y a quelques années mais dans ces moments-là, je préfère ne pas trop lutter contre les éléments. Je me suis retrouvé dans un premier temps seul avec mon piano. J’ai un peu laissé les ordis et les machines de côté. Ça s'est fait petit à petit. Il y a eu quelques semaines d’expérimentations durant lesquelles j’étais pas sûr d’enlever les guitares à ce point, parce que c’est vraiment la grande différence avec Her, il n’y a quasiment plus de guitare. Le piano a pris de plus en plus de place et c’est quand j’ai terminé le titre Traffic Lights que je me suis dit que j’avais la bonne formule. J’étais hyper content.


En 2019, Traffic Lights est sorti, est-ce que l’album était prêt à ce moment ? Ou bien tu as travaillé pendant 2 ans sur le reste de la composition ?


Je ne comptais pas sortir d’album tout de suite. J’avais prévu de faire des EP, des singles,... Mais avec le premier confinement, j’ai appelé mon label et mon tourneur, je leur ai dit que je m’enfermais en studio et que l’album serait prêt dans un mois. Je suis quelqu’un qui déteste être passif, attendre que les choses se règlent… J’ai plein de potes artistes qui ont fait ça, décaler des sorties etc… Mais il ne me restait que le studio, chanter et écrire des chansons donc j’ai fait que ça.

L’accueil sur Traffic Lights avait été super bon, l’idée, c’était de faire un clip sur un titre de l’EP, de continuer à voir, de tester la température, de commencer à caler la tournée. J’aurai dû faire des petits showcases qui ont été annulés, mais je me suis dit “c’est pas grave, je vais faire un album.”

C’est vrai que quand j’ai terminé l’album, je me suis rendu compte que le thème commun à tous les titres c’était l’amour, l’espoir, l’optimisme… Je me suis rendu compte que c’est quelque chose qui fait vraiment partie de moi. J’essaye toujours de voir le verre à moitié plein.

Le début de l’album raconte une histoire puisqu’il s’ouvre sur I Don’t Fit, qui évoque le fait de ne pas convenir, du rejet… et on enchaîne sur How Did We qui est l’étape d’après celle de la réalisation, de la prise de conscience et Fight for love confirme la séparation, l’acceptation et l’après. Ensuite, les notes de piano à l’ouverture de Happiness rappelle le printemps, l'insouciance et la légèreté.

Dans beaucoup de morceaux, tu parles d’amour, d’union, de la séparation, du fait de ne pas être seul ou au contraire de l’être. C’est un thème assez rassurant.

Est-ce que c’est quelque chose dont tu as besoin ? Qui t’inspire ?


Ah oui c’est sûr, comme j’ai expérimenté plus de solitude, j’ai vraiment un truc avec ce sentiment. C’est vrai que quand j’ai terminé l’album, je me suis rendu compte que le thème commun à tous les titres c’était l’amour, l’espoir, l’optimisme… Je me suis rendu compte que c’est quelque chose qui fait vraiment partie de moi. J’essaye toujours de voir le verre à moitié plein. Même dans des épreuves très compliquées comme le deuil et l’absence, on peut en sortir grandi et apprendre de ça. Et que surtout, tant qu’on est en vie, il y a de l’espoir et il faut continuer à profiter de la vie. En réalité, ça peut aussi être un déclencheur. Voir quelqu’un de très proche de toi être malade et partir, ça peut aussi réveiller un truc en toi et te dire “ok, y a une fragilité dans la vie, il faut profiter des moments qui sont là, tant qu’on est avec nos proches”. C’est un des trucs positifs que j’ai pu tirer, oui. Ça a transformé ma vision de la vie et mon rapport aux autres, dans le bon sens.

© Patrick Fouque

Après, dans l’album, il n’y a pas vraiment de déroulé, c’est très musical. I Don’t Fit, je me suis rapidement dit que ça allait être l’intro. Je trouve qu’avoir une bonne intro c’est hyper important. Il y a pleins d’albums que j’adore parce que l’intro est super et me fait vraiment rentrer dans l’univers de l’artiste. Avec Her, c’était aussi quelque chose d’important. Après, c’est très musical, l’idée c’est d’avoir, dans les deux titres qui suivaient l’intro, une palette assez large de l’album : How Did We est très acoustique, avec la basse-guitare et la batterie et Fight For Love c’est beaucoup plus professé, y a pleins de claviers. Au bout de 3 titres, tu peux te dire “ok, c’est ça l’album”.


J’ai pu lire que ton influence principale est la musique classique, et on la retrouve avec ton piano, mais il y a un côté très soul et chorale dans tes morceaux avec beaucoup d’harmonies ou des jeux de superpositions de voix, d’ailleurs j’adorerais entendre Traffic Lights chanté par un chœur, mais est-ce que c’est une volonté qu’il y ait un effet de communion et de rassemblement autour d’une seule voix… ?


Avec Her, on avait une partie avec un gospel. Là, j’ai beaucoup resserré sur ma voix que j’ai doublé, y a aussi celle de Guillaume Ferran régulièrement et celle de la claviériste. Pour en revenir à la musique classique, c’est vrai que c’est un élément important mais vraiment, c’est Traffic Lights qui a donné les 3 piliers de l’album. Le premier c’est le piano, avec la mélancolie néo-classique, inspirée de Yann Tiersen, Nils Frahm entre autres. Aller chercher l’émotion, entendre les marteaux dans les prises… C’était important pour moi. Après y a la soul et le gospel dans les voix, que je travaille depuis longtemps et que j’aime beaucoup et c’est inspiré de tous les grands soulmen que j’admire Marvin Gaye, Otis Reeding,... et l’électro avec la musique actuelle. Sur l’album, j’ai tourné autour de ces 3 piliers, il y a des moments où c’est électro, d’autres où c’est que du piano et d’autres où c’est plus soul-gospel. Et c’était ça qui était important, je voulais avoir une direction et pouvoir travailler autour.

Pendant longtemps, j’étais en mode “mono-sujet”, chanteur-producteur, mais avec l’âge je me rends compte qu’en fait il y a pleins d’avantages à se diversifier ...

Après avoir travaillé en solo sur ton album, mis à part How Did We avec Zefire, j’ai écouté Hula Hoop que vous avez fait en duo avec Limousine, est-ce que c’est le début de futures collaborations musicales ?


Oui, c’est quelque chose que j’aime de plus en plus. Pour Hula Hoop, l’instru était prête et ils avaient besoin d’une voix donc je me suis concentré sur la mélodie de voix. Hier, j’ai travaillé avec une artiste de Bordeaux, j’en parlerais pas trop parce que rien n’est fait pour le moment, mais oui, c’est quelque chose que j’ai envie de faire. J’ai aussi pour projet de m’ouvrir à la musique à l’image mais pareil, je ne peux pas trop en dire, on est en train de mettre ça en place avec une grosse plateforme de streaming. Ça fait 2 ans que j’essaye de faire mûrir ce projet mais c’est compliqué parce que c’est un autre réseau, les places sont chères, c’est compliqué d’y faire sa place.

Pendant longtemps, j’étais en mode “mono-sujet”, chanteur-producteur, mais avec l’âge je me rends compte qu’en fait il y a pleins d’avantages à se diversifier. J’adore tourner mais je suis quand même content que ça s’arrête mi-décembre pour avoir le temps d’écrire de nouveaux titres, d'écrire pour d’autres et avec d’autres…


Hula-Hoop est un peu surprenante, parce l’instru est principale, c’est du saxophone, et c’est quelque chose qu’on n’a pas l’habitude d’entendre associé à ta voix. Ça fait un peu du Ibrahim Malhouf en version chantée, j’ai trouvé ça hyper intéressant et ça donne une autre vision de ta voix.


Oui, c’était un gros challenge sur ce titre parce que c’est un groupe qui est habitué à faire des titres instrumentaux. Donc le titre avait sa vie sans ma voix, il était touchant. Finalement, j’ai réussi à trouver ma place. Et ce qui est très agréable dans ces moments-là, c’est que ça n’a pas été un casse-tête, ça leur a tout de suite plu. C’était cool ! J’adore ce titre, même les paroles me sont venues très rapidement, j’ai eu une liberté complète sur le chant et les paroles. Je leur ai dit que je trouvais le titre très mélancolique et j’avais comme image en tête une vieille personne, comme dans Hurt de Johnny Cash, qui a vécu pleins de choses, qui est à l’aube de quelque chose de différent et je trouvais ça très touchant d’en parler. Le vieil homme se remémore des souvenirs d’enfance, d’où le hula-hoop puisque c’était lui enfant, dans le jardin, qui faisait du hula-hoop, avec sa mère qui l’embrasse de loin (réf : did you get my kisses or is it lost in the wind ?).


Des fois, je vais galérer pendant des semaines sur des paroles et là, c’est vraiment venu rapidement, grâce à l’instrumental ...

Des fois, je vais galérer pendant des semaines sur des paroles et là, c’est vraiment venu rapidement, grâce à l’instrumental. Ecrire c’est ce qui me prend le plus de temps parce que j’ai envie que ce soit au niveau de ce qui se fait en Angleterre et aux Etats-Unis, j’essaye en tout cas. J’écoute au quotidien, je regarde des talk-shows, je lis régulièrement en anglais et c’est super dur, ce n'est pas ma langue natale mais j’arrive quand même à être fier de ce que je fais.

© Emma Seintouil
Mais bon, il faut passer par des moments où t’aimes pas forcément ce que tu fais, faut l’accepter, c’est un peu anarchique et faut voir ça comme un laboratoire expérimental.

L’anglais c’est un choix mais tu n’as jamais envie d'écrire en français ?


Pour l’instant, c’est lié aux chanteurs dont je parlais. Mais c’est aussi l’idée de pouvoir être compris partout, comme c’est la langue internationale. Et puis, c’est aussi la langue de l’aventure, tu peux voyager… Après, à chaque album, je me pose la question de savoir si je vais chanter en français ou non. Là, je me projette sur le deuxième album en ce moment, donc je me pose la question. Et puis j’ai pleins de potes avec qui j’ai envie de faire des sessions, avec Voyou, Raphaël que j’ai découvert en faisant de la promo qui est un super parolier, Arthur de Feu! Chatterton dont je suis très proche… Du coup, les entre-albums sont des bons moments pour tout remettre à plat et se poser de nouvelles questions. J’ai besoin d’un truc excitant, qui ne soit pas trop facile pour moi. Dans ce premier album, c’était le piano. Je n'avais jamais enregistré de piano, j’avais une énorme pression. Et tout de suite je pensais à pleins de pianistes de néo-classiques que j’adore et je me disais “ouah, si je pouvais rentrer un petit peu dans cette famille, ce serait génial”.

J’aimerais bien essayer de retrouver ça, et j’ai pas encore la réponse et ça prend du temps. Entre Her et Traffic Lights, ça m’avait pris 1 mois et demi, deux mois. C’est un temps où, quotidiennement, tu bosses sur des trucs, tu te dis que c’est de la merde, ça t’excite pas… Et c’est assez anxiogène, je ne suis pas hyper fan de cette période. Mais bon, il faut passer par des moments où t’aimes pas forcément ce que tu fais, faut l’accepter, c’est un peu anarchique et faut voir ça comme un laboratoire expérimental. Mais clairement, quand j’ai sorti Traffic Lights, c’était un soulagement. J’avais des frissons, je me voyais faire tout un album comme ça.

© Say Who

Quand t’es dans ce “laboratoire”, tu demandes des conseils à ton entourage ? Ou tu te retrouves seul juge de ce que tu fais ?


Je fais écouter à pleins de gens tout le temps. Je fais venir des musiciens mais c’est toujours moi qui ai le dernier mot. Le truc qui est intouchable et que je mets sur un pied d’Estale c’est si ça me donne des frissons ou non. Je suis hyper ouvert à la critique. J’avais fait écouter à Yoann Lemoine de Woodkid, à pleins de gens et c’était génial. Il ne faut pas avoir peur de l’avis des autres mais plutôt du fait que ton avis peut être malléable en fonction de ce qu’on te dit.


Comment te sens-tu avec la reprise d’une tournée 2 ans après l’absence de scènes tout en présentant un nouveau projet, une nouvelle “identité musicale” ?


J’étais en tournée depuis juin et c’est cool ! Après on est en mode soldat, on a été au plus proche du Covid. En juin, tout le monde était assis, avec les masques, le bar fermé, le public qui partait juste après le concert. Ca s’est un peu distendu, sur certains festivals il n’y avait personne et d'autres où il y avait du monde… Mais c’était agréable de retrouver la scène !

© Emma Seintouil

Découvrez l’album Still. There’s Hope de Victor Solf sur toutes les plateformes de streaming.


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Elisa Dupont et Emma Seintouil ⎮ 13.12.2021