Retour sur la projection d’Haxän, un film de Benjamin Christensen

Le 29 octobre dernier, l’Utopia projetait le film « Haxän » (La Sorcellerie à travers les âges) du réalisateur danois Benjamin Christensen. Sorti en 1922 et réédité depuis, ce film traitant des répressions exercées sur les sorcières à travers l’Histoire trouve encore une résonance aujourd’hui.

© theyearofhalloween.com

A mi-chemin entre documentaire, fiction et film d’horreur, Haxän est un film muet utilisant divers procédés (gravures, peintures, séquences de reconstitution avec acteurs etc) afin de restituer ce qu’était la « chasse aux sorcières » au Moyen-Âge. Le long métrage met ensuite en relation cette époque avec les années 1920 et l’internement de femmes dans des asiles au Danemark.


A l’époque, l’œuvre de Christensen fit scandale et fut interdite aux Etats-Unis, notamment à cause des scènes de fantasmes représentés : un diable menant une anti-messe, des nonnes qui dansent et tirent la langue…

Plusieurs scènes du film montrent et dénoncent les membres de l’Inquisition pour qui l’aveu était l’ultime critère de justice, quel que soit les moyens pouvaient y mener (sur le même sujet, retrouvez l’ouvrage d’Arthur Miller (Les sorcières de Salem).

Haxän se veut un panorama des nombreuses oppressions ayant eu lieu au cours de l’Histoire, l’enfermement de certaines catégories de personnes par d’autres. On assiste en quelque sorte à la dénonciation d’un système qui détermine arbitrairement ce qu’est la déviance pour continuer à prospérer. Le film ne se contente pas de montrer ces différentes répressions mais crée des parallèles entre elles.

Le réalisateur s’impose comme un précurseur en ce qui concerne le récit des opprimés. Dans une interview donnée par Christensen en 1941 au sujet de son film, il dira qu’il a réalisé Haxän pour « déconstruire les mécanismes qui ont mené à la mort de milliers de femmes en Europe ».


Une chose est sûre : Haxän pousse à se questionner. On ressort de cette séance en s’interrogeant : qui sont les sorcières d’aujourd’hui ? Et moi, de qui suis-je la sorcière ?

Esther Bara I 07.11.2020