Robzer, le jeune pharaon

Plume aiguisée et flow maîtrisé, Robzer a fait fort avec son premier EP, Imhotep, sorti le 6 mai dernier. Du rap technique aux refrains “catchy”, le jeune rappeur de 23 ans a déployé toute sa palette dans ce premier projet haut en couleur.

Entre Bayonne et Bordeaux, cet enfant du Sud-Ouest s’est tourné vers l’Égypte antique pour trouver un nom au projet. Le 10 titres explore les relations, les émotions et raconte avec poésie un quotidien parfois banal et routinier.

Quelle est ta relation avec le rap ? Comment en es-tu venu à faire ta propre musique ?


Je suis un vrai passionné de musique avant tout, mais depuis 2012-2013, je n'écoute que du rap. À force d’écouter des mecs que je trouve trop forts, j’ai eu envie de faire mon propre truc.


Avant d’être dans le rap, j’étais déjà dans la musique. Je viens d’une famille où on est plongé dedans, on est beaucoup à jouer d’un instrument, à avoir fait une école de musique ou même à être dans des chorales. Je pense que les premiers artistes qui m’ont marqué, c’est Michael Jackson et Freddy Mercury.


Côté rap, je suis plus rap français mais j’écoute quand même du rap américain. Je crois que j’ai découvert le rap avec les Rap Contenders (RC) et les premiers groupes qui m’ont donné envie, c’est 1995, l’Entourage, ce genre de groupes qui ont fait des grosses prestations lors des RC. Je pense qu’ils ont remis au goût du jour une certaine façon de faire du rap et ont ouvert pas mal de portes.

Tu sais que nous “c’est pas la street”, on cherche pas à faire ça. C’est une autre vision de la vie, mais on s’amuse bien ici aussi. Le défaut, c’est qu’on manque cruellement de visibilité.

C’est quoi un rappeur basque ?


Il y a la fierté d’abord, mais par rapport aux rappeurs des grandes villes, c'est peut-être une autre vision des choses. Tu sais que nous “c’est pas la street”, on cherche pas à faire ça. C’est une autre vision de la vie, mais on s’amuse bien ici aussi. Le défaut, c’est qu’on manque cruellement de visibilité. Il y a plein de gens ici qui stagnent et qui mériteraient plus. On manque de tremplins, parce que ce n’est pas comme Marseille ou Paris. À Bordeaux, ça prend petit à petit.

Tu évolues en solo ?


Cet EP, je l’ai sorti seul, mais je fais partie de deux collectifs, le Datagang et l’Embuscade. Avec le Datagang on a comme projet de promouvoir des artistes qu’on aime bien sur Instagram et on prévoit peut-être de faire un tour de France des studios.

En ce qui concerne ces collectifs, ce sont principalement des potes qui m’aident,que ce soit dans la musique ou dans le visuel.

Pour les prods je collabore avec Hoodboy Beats, un producteur de Tarnos, à côté de Bayonne. On s’est rencontré au studio Rap Sud-ouest, et on a bien accroché, depuis on fait de la musique ensemble pour le kiff et c’est un mec hyper talentueux.

Je pense que mon rap est assez abordable, bien qu’il soit personnel. Beaucoup de choses que j’aborde sont au final assez universelles. Il y a des prises de conscience dans mes textes, mais je ne fais pas de rap “conscient”. Mon rap se rapproche aussi un peu de la poésie.

Comment décrirais-tu ton rap ?


C’est dur comme question. Je pense que mon rap est assez abordable, bien qu’il soit personnel. Beaucoup de choses que j’aborde sont au final assez universelles. Il y a des prises de conscience dans mes textes, mais je ne fais pas de rap “conscient”. Mon rap se rapproche aussi un peu de la poésie. Il y a toujours le challenge de l’écriture. J’essaye d’être exigeant pour aiguiser ma plume petit à petit. J’aime bien écrire des vérités et les tourner de manière improbable. J’écris un truc que tu sais déjà, mais avec une autre formulation pour pas qu’on s’y attende.

Je ne suis pas trop dans l’égotrip ou m’inventer une vie, les personnages ça marche bien, mais ce n’est pas trop mon truc. J’essaie de raconter, avec poésie, la vie d’un mec lambda, une vie normale, les potes, les hauts et les bas.

Quelles ont été tes sources d’inspiration pour écrire ce projet ? Quels sont les thèmes abordés dans cet EP ?


Ce qui m’inspire pour écrire, ce sont les épreuves de la vie, les joies, les peines, les déceptions, le développement en tant qu’humain. Les relations humaines en général aussi, l’amour, la haine, ce que tu vis avec ou vis-à-vis des gens. Ce que je vois, j’essaie de le retranscrire du mieux que je peux. Je mets beaucoup de moi dans mes textes donc c’est assez personnel, presque intime. Après, j’écris aussi parfois de manière plus universelle pour que tout le monde puisse se reconnaître, il y a des émotions qu’on partage tous à un moment, c’est un lien que l’on a tous.

L’Égypte m’a toujours attiré donc je me suis dit pourquoi pas faire un parallèle avec ce personnage et son côté mystérieux, il était très important et pourtant on a toujours pas retrouvé son tombeau.

Pourquoi Imhotep ? L’Égypte est-elle une source d’inspiration pour toi ?


J’aime bien les mots qui ont plusieurs significations. Celui-là a beaucoup de sens cachés. D’abord, il y a le personnage d’Égypte antique, un univers qui m’a toujours fasciné. Imhotep était un visionnaire, il était architecte, médecin, c’est lui, qui a construit les premières pyramides, il a inventé la momification, il était vraiment en avance sur son temps. L’Égypte m’a toujours attiré donc je me suis dit pourquoi pas faire un parallèle avec ce personnage et son côté mystérieux, il était très important et pourtant on a toujours pas retrouvé son tombeau.

Il y a aussi les autres définitions du mot Imhotep. En grec ancien, ça veut aussi dire “celui qui vient en paix” et pour un premier projet, ça colle bien avec qui je suis, c’est une bonne accroche.

Et Imhotep dans un langage plus familier récent, on peut aussi l'interpréter comme “jusque-là tout va bien” et comme tu peux l’entendre dans l’EP je raconte pas mal de galères mais jusque-là tout va bien.

Avec ce projet j’ai essayé de balayer tout mon spectre et j’ai dû montrer des choses qui ressemblent plus à ce que je faisais avant mais c’est pour que les gens qui ne me connaissent pas puissent avoir une idée.

Imhotep est un projet aux sonorités très hétéroclites ? C’était calculé ?


Oui, c’était important pour moi de montrer la diversité de mon rap. Quand j’ai commencé le rap, j’étais beaucoup dans la performance, en soirée ou avec un petit public, toujours en mode freestyle. Après, quand j’ai continué, je me suis plus plongé dans l’introspection, c’est aussi certaines périodes de ma vie qui m’ont fait changer. Ça fait plus de 5 ans que je rappe maintenant et je sors des sons seulement depuis 2020. Il y a eu beaucoup de morceaux avant que personne n’a entendu, ou seulement mon cercle d’amis proches. Avec ce projet j’ai essayé de balayer tout mon spectre et j’ai dû montrer des choses qui ressemblent plus à ce que je faisais avant mais c’est pour que les gens qui ne me connaissent pas puissent avoir une idée. J’avais à cœur de commencer l’EP avec du rap pur très découpé qui rappelle mes freestyles d’à l’époque. J’ai essayé d’y mettre de tout, il y a des bangers et des trucs plus “smooth”, plus tranquilles.


C’était vraiment un choix d’avoir un projet hétéroclite, j’y ai mis toutes les parties de moi, du rap plus dur aux petits refrains plus chantés. J’ai toujours un peu chanté, d’ailleurs mes premiers textes étaient un peu chantés et on me disait que c’était bizarre donc j’avais arrêté, mais au final avec les années, j’y suis revenu. Je ne suis pas un chanteur non plus, c’est pas de la variété, mais ça contribue à la mélodie.


J’ai la chance de savoir un peu utiliser ma voix. Parfois, en studio, je veux placer un couplet meurtrier, très technique, puis à d’autre moment, sur une autre prod j’aurai plus envie de chantonner et de faire un truc qui reste en tête.

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