Sabrina Bellaouel : La voix qui clame l’amour et transmet la good vibe

Un hymne à la femme, la quête de soi, un cœur chaud et réconfortant, l'amour des autres et l'amour du “moi”. Sabrina Bellaouel a sorti son nouvel EP intitulé “Libra” qui nous a bouleversé, et donné de la force. À l’occasion, nous avons échangé sur ce nouveau bijou, et vous verrez que vous serez soudainement épris.e d’une confiance en vous, d’une dose de love ressourçante et de sensualité….

© Louis Muller-Diettert

Tu as donc sorti un deuxième EP, intitulé Libra, quelles ont été tes inspirations pour cette nouvelle création ?

Mes inspirations... Le processus de Libra s’est fait sur plusieurs mois. Mon inspiration principale je pense que ça a été la description de Fernando Prudhomme, l’astrologue que je sample au début de The Build Up. Je pense qu’il a été le point déclencheur de toute la narration autour de Libra. Parce que je suis Balance, et je me suis intéressée à ces signes particuliers, j’ai regardé ce que voulais dire ce signe là… ma propre charte natale en fait. Et je crois que c’est ça qui a beaucoup inspiré ce projet, c’est une sorte de recherche sur mon thème astral, ouais.


Oui ! Pour parler de Fernando Prudhomme dans The Build Up, la phrase que nous avons retenu chez Feather est “Miss Libra knows that she can get what she wants and be just as efficient with or without the penis.” Peux-tu nous parler un peu plus de Miss Libra ?

Et bien Miss Libra c’est en fait, le seul objet parmi tous les signes et c’est le premier signe du “nous”. C’est un signe assez inclusif qui ne se voit pas évoluer seul. Ce que veut dire par là Fernando Prudhomme c’est que l’égo est bisexuel et l’égo de Libra c’est un égo qui intègre de manière égale en fonction de nos négatifs et positifs et masculins et féminins. Donc finalement on n’est pas vraiment... enfin moi je ne mets pas en avant ma féminité, c’est vraiment pour montrer que Libra c’est un tout, un tout qui va vers les autres et qui inclut les autres.

Dans Float tu chantes “But I love me way more than us”, une phrase qui fait écho à la place de la femme au sein de la société voire même au sein du couple hétérosexuel si l’on suit une lecture sociale et féministe. Mais qui remet en question la place de chacun.e au sein du couple aussi, tout simplement. De quelle intention part réellement l’écriture de cette phrase?

Ouais ! J’aime bien avoir des retours sur les paroles parce que ça évoque pas mal de choses différentes selon les personnes qui y voient une explication ou un lien avec leurs propres expériences. Pour moi ce qui est important, une chose que j’ai réalisé récemment, c’est la valeur du corps féminin et de là, c’est important pour moi de représenter ce que les anglais appellent le “body confident* ”. J’ai envie de reprendre ça pour la communauté des femmes et spécialement nord-africaines. Et oui, l’amour, pour moi, l’amour qu’on donne aux autres, est lié aussi à l’amour que l’on se donne à soi-même et c’est important de s’aimer soi-même. C’est ce que j’affirme avec ce morceau. “I love me way more than us”, je passe en premier ! (rires).


*Body confident : acceptation de son corps, considération pour son corps, être confiant.e et à l’aise avec son corps.

Tu as sorti le clip récemment dans lequel tu montres ta culture algérienne . Peux-tu nous parler de ton attachement à l’Algérie ?

Oui c’est vrai. J’ai tourné deux premiers clips en Algérie dans lesquels je mets en avant mon pays, parce que l’Algérie pour moi c’est une muse, et avec Float c’est vrai que j’affirme mon héritage culturel, et plus précisément avec cette esthétique berbère. Ma mère elle est “chaoui”, c’est une communauté qui vient du Sud de l’Algérie, et c’est vrai que c’est des rituels de beauté, des tatouages symboliques qui me marquent en fait, que j’essaie de mettre en avant le plus possible parce que j’ai peur de la voir disparaître.

Tu as entièrement écrit ton EP “illusions” en Algérie, est ce qu’il y a pour toi des conditions idéales, pour écrire et produire ? Es-tu à la recherche d’une émotion ou d'une sensation particulière ?

Hmm… Je dirais l’isolement. En fait, il y a vraiment deux phases. J’ai besoin d’être très sociable, de voyager, voir de nouvelles choses, être en interaction avec les autres pour me permettre d’avoir de la matière, pour être inspirée. Et la deuxième phase c’est l’isolement total, dans mon home studio puisque j’ai un peu de mal à travailler dans des studios disons “classiques”. J’ai la chance de pouvoir enregistrer tout à la maison, entre le salon, la salle de bain parce que j’adore la réserve naturelle de la salle de bain, ou dans les escaliers de mon bâtiment. J’ai besoin de ce confort là, de me sentir à la maison, de pouvoir enregistrer à n’importe quelle heure de la journée et d’être à l’aise… De pouvoir enregistrer en peignoir ou n’importe quel habit. Ouais... ça c’est vrai que c’est une condition particulière qui est principale lorsque je produis, sinon j’ai l’impression de m’éparpiller alors que là je suis vraiment seule avec moi-même et je suis beaucoup plus concentrée. Et quand t’es seule t’as vraiment pas la même notion du temps ni la même notion de l’espace. Tu peux être à l’intérieur de toi-même sans te sentir observée.

Chez OKLM Radio tu disais être assez timide et prendre tes précautions au niveau de ton image notamment dans les médias. Comment arrives-tu aujourd’hui à t’affirmer notamment dans le domaine de la musique ?

Comment j’y arrive… Je pense que ça vient d’un long travail d’acceptation de soi, j’ai pris confiance en moi, en ce que je fais. J'essaie d’être mon premier motivateur, mon allié. C’est important un projet qui jaillit de son intimité et de pouvoir le présenter aux autres. Il faut savoir lui donner du love. C’est vrai que je me fais beaucoup plus confiance et j’ai surtout envie de... “expend” ? Comment dit-on en français ? De m’étendre ? De faire écouter mon projet aux plus de gens possibles. De créer une communauté aussi, c’est important pour moi de créer une communauté.


Tu as une culture très diverse et large de la musique, tu es passée par le gospel et même le punk, t’es-tu inscrite aujourd’hui dans le style rnb où tu proposes une musique immersive, douce et sensuelle, parce qu’il est celui qui te ressemble le mieux selon toi ?

Hmm… non parce que j’ai un peu de mal avec les genres moi, j’ai un peu de mal avec les catégories. Enfin, pour me catégoriser en tous cas. Je ne me suis jamais mis de barrière, je suis une personne assez curieuse musicalement. J’ai été aussi entourée de musiciens qui écoutaient beaucoup de choses très différentes et je me retrouve dans plusieurs styles. Je pense que c’est ce qui transparaît dans ma musique, c’est pour ça qu’on a autant de mal à me catégoriser. Mais j’aime le punk autant que j’aime le Rnb, la soul… Ma culture elle est punk, elle est gospel, rock, musiques d’églises, chants religieux. En plus à la fac j’ai fais des études en Angleterre, à Londres, et j’ai un master d'ethnomusicologie, donc pour moi ça fait parti de mon histoire d’aller à la rencontre d’autres histoires. Moi ce que je recherche dans la musique c’est le bouleversement. Donc il n’y a pas de frontières à ça. Pour moi la soul ce n’est pas un genre, on le retrouve dans pleins de styles différents… C’est le cœur.

Aujourd’hui tu es chanteuse mais tu produis aussi tes propres instrus, comment t’es-tu lancée dans la production ?

Oui. Mon instrument principal c’est la voix, c’est le chant, j’ai toujours chanté depuis toute petite. Dans mes débuts j’ai intégré un groupe qui s’appelle “The Hope” avec lequel on a fait beaucoup de scènes, ce qui m’a permis de travailler ma voix sur scène et l’improvisation. J’ai un côté assez perfectionniste, je travaille tous les jours ma voix avec mon piano.

Ce qui m’a donné envie de composer moi-même c’est que j’ai reçu beaucoup de productions et j’en avais marre de demander les pistes séparées à chaque fois, du coup je me suis dis “autant faire le travail moi-même”. Donc j’ai beaucoup traîné avec des musiciens, j’étais derrière eux à regarder comment ils produisaient la musique et je l’ai étudié comme ça, beaucoup de tutos sur YouTube et voilà pour au final être aujourd’hui productrice. Je débute, mais ça me permet d’être beaucoup plus libre dans mon expression artistique.


Quels sont tes coups de cœur musicaux du moment ?

Mes coups de cœur… Alors en ce moment, et bien écoutes c’est Bonnie Banane déjà, la base (rire), elle a sorti son album qui s’appelle SEXY PLANET que je trouve absolument magnifique. J’ai un pote qui s’appelle Jwles, qui est rappeur, incroyable, j’écoute vraiment à fond. J’écoute beaucoup aussi une chanteuse algérienne qui s’appelle Cheba Sabah, je l’adore, c’est une chanteuse de raï. Et en dernier je dirais... Shenseea, une chanteuse jamaïcaine, qui fait de la dancehall, et je l’écoute parce que ça me donne une sorte de confiance en moi, elle est dans l’ “empowerment” bad ass, j’adore, ça me donne la force le matin quand je me maquille, ça fait trop plaiz’ de l’écouter, c’est super positif et c’est une bonne manière d’affirmer sa féminité. J’aime beaucoup.


Et pour finir, comment définirais-tu ton EP Libra ?

Il est… Hm… Je vais te donner trois mots...je dirais qu’il est : Confortable, intuitif et… orgasmique (rires). Il est destiné au monde entier et c’est une vraie célébration pour les femmes. Je suis contente que des femmes l’écoutent et qu’elles se sentent bien avec… Libra, c’est notre alliée.


Merci Sabrina, pleins de belles choses pour la suite.

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Emma Pichard I 06.12.2020

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