Rencontre avec The Brian Jonestown Massacre

Samedi 1er octobre Allez les filles et Bordeaux Rock ont frappé fort. En effet, à Eysines, s'est produit un groupe mythique : The Brian Jonestown Massacre ! A cette occasion, Feather a eu la chance de pouvoir se glisser en coulisses pour discuter avec le leader de BJM, Anton Newcomb.

© Bradley Garner

The Brian Jonestown Massacre…

Rien qu'à ses quatre mots mes poils se hérissent, et je ne dois pas être la seule à avoir la chair de poule. Pour ceux d'entre vous qui auraient loupé un épisode, voici une rapide remise en contexte…


Un groupe phare de l'histoire du rock indépendant

En 1990 à San Francisco, Californie, né The Brian Jonestown Massacre, hommage à Brian Jones, membre illustre du club des 27 (et des Rolling Stones), et référence au suicide collectif de Jonestown, Guyana. La formation est dès lors menée par Anton Newcombe, compositeur à l'aura mystique doté d’une (très) forte personnalité…

La discographie de The Brian Jonestown Massacre est particulièrement prolifique. Ils n'ont pas moins de 19 albums à leur actif.


Le groupe arrive sur la scène du Vigean avec une discographie enrichie de 2 nouveaux albums : Fire Doesn’t Grow On Trees sorti le 24 juin dernier et The Future Is Your Past prévu en octobre. Un live qui promet une véritable expérience musicale.

Entretien avec une légende

Vendredi 30 septembre au soir, je reçois un message m’annonçant la validation de mon interview avec Anton Newcomb. J’ose à peine y croire. Me voilà à l'entrée du tour bus, le lendemain, 2h avant le concert. J'y suis attendue par le leader de BJM, clope à la main, regard perçant…


C’est votre première tournée depuis le début de la pandémie ?

On a eu notre tournée Américaine juste avant, c’est notre premier retour en Europe (ndlr : depuis le COVID)...


Qu’est ce que ça fait de remonter sur scène après 2 ans de “vide” ?

J’imagine que tout le monde a décidé qu’ils avaient besoin d’argent, de se remettre à tourner, de faire des disques… Mais pour moi ce qui est étrange c’est le temps passé entre le moment où j'ai écrit ces chansons… Des fois je me demande comment ça m’affecte. Je pense que parfois quand les choses sont bonnes et si nouvelles, il y a cette énergie parce que tu as envie d’entendre ces nouvelles chansons, toi-même, on a hâte de les jouer et de tu as envie de voir comment elles sont en live, t’as envie de voir les gens faire « Wow ». Alors maintenant que le temps a passé, j’ai pu les jouer aux USA… En fait c’est comme un de ces jours où je sors et je me dis « oh yeah, je porte un chapeau, je me sens bien » et au bout de cinq jours, tu te dis « bof, pourquoi porter un chapeau tous les jours ? » Tu vois ?


C'est très important pour moi de le faire du mieux que je peux. Pas pour moi, ou pour que les gens me disent “oh j’ai envie de te baiser”, “tiens voilà de la tune” ou “t’es mon dieu”.

C’est un peu comme le jazz, sur scène je me fiche de si le public me regarde ou pas. C’est pour ça que je mets Joel (ndlr : Gion) devant. On joue toujours en formation resserrée les uns vers les autres. Ils avaient ce truc-là à l’époque du vieux jazz. Il se fichait d’avoir l’air cool et c’est pour ça qu’ils l’étaient !

Et c’est ok d’être un entertainer aussi…

© Bordeaux Rock

Tu penses que l’industrie musicale, actuellement, c’est juste de l’entertainment ?

C’est si dur à dire, il y a beaucoup de bullshit… On a joué au Live nation à Madrid. Plus d’un millier de personnes ont acheté leur place, et il n’y a aucune indication sur le ticket. Ils ont acheté de l’espace. Tout le monde n’était pas rentré qu’on était censé jouer direct. Et à la fin, ils ont viré tout le monde à la minute où on a fini. Ça n’a rien à voir avec la musique.


Le milieu a beaucoup changé depuis le début de ta carrière tu crois ?

Oui c'est le cas ! Tout le monde veut de la thune, être célèbre. Mais tu vois, beaucoup de gens me donnent l'impression que s'ils pouvaient payer pour, je sais pas, les top models et les invitations aux soirées cocaïne, ils ne feraient même pas de musique tout court. C'est ce que je vois dans le monde, je ne vois pas les gens s'améliorer. Tu vois ? Moi j'aime jouer de la musique. Et j'aime m'améliorer devant un public. À Glastonbury, ils ont carrément programmé des gens qui n'arrivaient pas à jouer à travers les moniteurs…On vit dans un monde de fous.


Fire doesn't grow on trees est votre 19ème album ?

Je suis toujours confus là-dessus mais je crois que oui. Et on en a un autre en route.


Je ne suis même pas sûre de connaître d'autres groupes aussi prolifiques…

Certains commencent à nous rattraper mais je ne pense pas que le but soit d'être prolifique. C'est comme King Gizzard and the Lizard Wizard. Ils sont revenu après le covid en disant "hé on a 3 disques qui sortent !".. Putain je pourrais vous en faire 25 là tout de suite mais ce n'est pas la question. J'aime écrire des chansons, j'aime la musique.

En plus, l'époque actuelle n'est pas propice à ça, il n'y a juste pas d'espace. Les temps sont durs, les gens n'ont pas les tunes pour ça !

Tu veux dire, pour acheter des disques ?

Ouais y'a ça et le fait qu'il faille en plus faire compétition avec l'histoire de la musique.

Parce que les gens vont regarder ton nouveau truc qu'ils ne connaissent pas et se dire: "est ce que je veux ça ou est ce que je veux des putains de rumeurs sur Yellow vine au sujet de Fleetwood Mac?"


On voit ça souvent : "oh ça fait 5 ans depuis ce groupe, 20 ans, 50 ans depuis ce groupe", " rééditons les Beatles !"...

Il n'y a pas assez d'espace. A la fnac comme dans les usines…


Fire doesn't grow on trees est beaucoup plus proche de tes premières compositions que des derniers albums (plus expérimentaux) qui l'ont précédé. Pourquoi ?

J'écris de la musique de la même façon que les musulmans prient tous les jours. Je suis fasciné par la façon dont la musique fonctionne, qu'elle soit disco, indienne, arabe ou autre. Mais je ne me dis jamais "laissez-moi frimer et vous montrer tout mon panel". Je pousse les choses dans différentes directions. Je sors en me disant OK je n'utilise pas mes orgues, ou mon synthé ou aucune de ces merdes.


Des fois c'est important d'être juste fou et de juste crier et tout péter chez toi pour reprendre à zéro. Peu importe ce que tu fais en tant qu'artiste ou que personne je pense que c'est important.


La musique est un genre de méditation pour toi ?

Oui ça l'est. Mais il y en a plus que ça. C'est un truc qu'on fait pour rassembler les gens. C'est là que tout réside, pas dans mes enregistrements. Ce sont juste des idées que j'exprime en appuyant sur "record". Je n'écris pas, je n'ai pas de papier, je chante. Je sais ce que je veux dire. Des fois c’est important de libérer cette putain d'énergie sonore.

Mais en ce moment je n’ai envie de hurler ou de tout casser.

© Amnplify

La création serait devenue un processus plus apaisé pour toi ?

Je pense que l’on voit défiler les crises existentielles et que j’ai besoin de chanter pour moi même pour me rappeler de ne jamais abandonner et de tuer cette putain de bête à laquelle nous faisons face. Mais au lieu de le faire devant un miroir, je le fais devant tout le monde.


Tu crois toujours en la révolution ?

Ouais mais tu vois… C’est marrant parce que ça fait longtemps qu’une révolution est vraiment venue de la rue. Je ne vois plus les gens se révolter. Il n’y aura jamais cette situation où tout le monde vote pour cet avenir vert, ou ne pas avoir de job ou autre… Trop de gens se disent “mon travail, ceci, cela… Comment je ne pas avoir une vieille voiture ?”... Mais on vit une époque intéressante.


Est-ce-que vivre à Berlin a une influence sur ton travail ?

Seulement dans le sens où je n’ai aucune distraction. Je me sens juste invisible là bas. Je ne regarde pas la télé, je ne parle pas la langue. Je ne traîne pas dans les cafés… C’est bon pour moi et mon esprit, parce que l'Amérique est trop tarée. Ces gens sont juste putain de barrés.

Si tu avais la vingtaine aujourd’hui et que tu étais en début de carrière, tu serais quand même musicien ?

Je ne me concentrais pas sur le fait d’en vivre au départ mais j’ai toujours cru que si j’arrivais juste à faire venir assez de gens à mes concerts, ça irait bien pour moi.

Ça n’a jamais été comme ces putains de Nirvana, 10 millions de disques, “mettez moi sur MTV”... Je déteste ces gens, je n’aime pas ça du tout. Alors, je ne pense pas que quoique ce soit m'aurait arrêté mais je pense que les gens ont, de plusieurs façons, des points de vues différents sur la musique et la vie actuellement.(...) Mais en tout cas, je sais que j'aurais fait de la musique quoi qu'il arrive. J'ai toujours su que je ne voulais pas être comme mes parents, ni aucune de mes connaissances.

Je me sentais seul parce que je n'étais aucun d'entre eux pas spécial mais complètement différent. Comme beaucoup d'artistes.


C'est pas facile parce que notre société te dira que la représentation et l'égalité sont importantes mais en fait elle parle de normalisation par le groupe.

Et c'est génial de pouvoir dire que t'es (par exemple) queer ou autre c'est une bonne chose. Mais ça ne t'aide qu'à t'assimiler dans une catégorie. Ça ne te définit pas en tant que personne. T'es plus que ça. Tu as besoin de plus pour te définir, et te sentir bien, faire ce dont tu as besoin. Parce que tout le reste est juste putain de déprimant. On veut te donner un job et des horaires, on te dicte ta vie… Ce genre de merdes te tuent.

Quand j’étais jeune on m’a déjà dit « achète un camion et devient plombier, tu gagneras de l’argent » mais c'était hors de question. Je ne me vois pas faire autre chose que de la musique.


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Maeva Gourbeyre I 10.10.2022