TNBA : une saison 2020/2021 complètement déraisonnable

Le théâtre est en guerre contre l’isolement, les restrictions et peut-être contre sa propre extinction. La crise sanitaire, on le sait, a mis la culture à mal. Spectacles annulés parfois sans espoir de report, intermittents guettés par la précarité, les théâtres et salles de spectacles qui ont été les premiers à fermer feront partie des derniers à rouvrir et ce, avec une jauge limitée.

© TNBA

Pour Catherine Marnas, directrice du TNBA depuis 6 ans, il est hors de question de présenter des spectacles “corona-compatibles” c’est pourquoi la prochaine saison du théâtre national de Bordeaux se dote d’une programmation “complètement” déraisonnable : 31 spectacles, un festival (carte blanche aux artistes compagnes et compagnon de l’institution) et une nuit de la lecture. Des productions importantes, une pléiade d’artistes reconnus, en outre un investissement périlleux se profile, mais la direction ne doute pas de la fidélité des spectateurs. En effet, le public du TNBA a déjà fait preuve d’un soutien indéfectible à la structure pendant le confinement, refusant en partie de se faire rembourser leurs billets pour les spectacles annulés.

© Lucas del Pia la goia

Cette programmation représente deux penchants du théâtre, le théâtre miroir, reflet de notre société, et le théâtre fenêtre, une ouverture sur d’autres dimensions.


Ainsi X (texte d’Alistair Macdowall / traduction et mise en scène du Collectif OS’O, artistes compagnons), thriller spatial en huis-clos sur Pluton, partage l’affiche avec Un ennemi du peuple (texte de Henrik Ibsen mis en scène par Jean François Sivadier) qui relate le dilemme d’un médecin et de son frère journaliste quant au choix de révéler l’existence d’un virus qui pourrait ruiner l’économie locale ou encore Harlem Quartet d’après James Baldwin adapté par Elise Vigier et Kevin Keiss, illustration en musique d’un New-York en pleine lutte pour les droits civiques.

© Pierre Grosnois

On salue l’intention de parité et de diversité qui émane de cette programmation avec une forte occurrence d'auteur - metteur en scène femme, des sujets féministes avec Womanhouse les femmes de la maison de Pauline Sales mettant en scène l’histoire d’artiste femme à trois époque différente ou encore Féminine de Pauline Bureau sur la première équipe de France féminine de football, par exemple, une pièce dont la distribution est entièrement féminine : Les femmes de Barbe Bleue, une écriture collective dirigée par Lisa Guez.


La danse sera aussi au rendez vous avec Isadora Duncan une pièce de Jérôme Bel ou encore Kind (Peeping Tom) en partenariat avec l’ONBA. Esthétiquement, on navigue entre diverses époques, de Marivaux à Koltes en passant par Shakespeare. La richesse du programme s’étend jusqu’à la proposition dédiée au jeune public avec Gros de Sylvain Levey et Matthieu Roy sur le rapport au corps et Peter Pan de Julie Teuf, artiste résidente au TNBA.

© Christophe Raynaud de Lage

Parmi les temps forts de la saison, on attend avec impatience la représentation de Saint-François, le divin jongleur texte de Dario Fo qui sera interprété par Guillaume Gallienne et As Comadres une comédie musicale de Michel Tremblay et René Richard Cyr, mise en scène par Ariane Mnouchkine. Cette nouvelle version de la pièce québécoise Les belles-soeurs se fait l’écho de l'inquiétude des artistes brésiliens suite à l'élection de Jair Bolsonaro.


Autant dire que la direction artistique du TNBA n’a pas froid au yeux. Véritable creuset de cultures et d’idées, il nous semble important de rappeler l’importance de cette scène nationale pour notre territoire. Car le TNBA ce n’est pas simplement un théâtre, c’est une école (l’Estba) et le programme “égalité des chances” qui a pour ambition de faire découvrir les écoles d’enseignement supérieur de théâtre aux jeunes qui n’ont pas les moyens financiers et un environnement incitatif pour préparer les concours d’entrée. Ce sont des tarifs qui tentent de s’adapter aux étudiants, demandeur d’emploi, bénéficiaires du RSA ainsi qu’une myriade de métiers, qu’ils soient techniques, administratifs ou artistiques.


Ambitieux, grandiose et peut-être même un peu dangereux le théâtre se battra pour continuer à nous faire réfléchir, rêver, ressentir.

© Lina Sumizono

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Maeva Gourbeyre | 19/06/2020