Rencontre avec Wax Tailor

À l’occasion de la sortie de son 6e album, « The Shadow of Their Suns », Wax Tailor fait la tournée des disquaires indépendants. Il était de passage à Bordeaux le 13 janvier pour une rencontre public chez Total Heaven.

© Nolwenn Le deuc

Wax Tailor est de retour. Le 8 janvier dernier, l’artiste indépendant présente « The Shadow of Their Suns ». L’album évoque la vision de Wax Tailor sur notre société actuelle. Et il faut dire, que depuis ses débuts, le monde a connu bien des évolutions. L’industrie musicale n’y a pas échappé, et avec plus de 20 ans de carrière, le musicien se trouvait en première ligne.

« C’est un cataclysme. Tout a changé, et en même temps rien. Les outils ont changé. La diffusion a changé. Après ce qui ne change absolument pas, c’est l’idée que l’artiste est toujours un peu la dernière roue du carrosse. On sait très bien que les maisons de disques continuent de ne pas considérer les artistes. Ça ce n’est pas nouveau. »

Après la sortie de « By Any Beats Necessary » il y a 5 ans, le musicien revient sur le devant de la scène. Ou presque. Avec les mesures sanitaires qui divisent le monde de la culture, Wax Tailor a imaginé une autre façon de promouvoir son nouvel album.


Une tournée solidaire


Quoi de mieux qu’un disquaire pour la promo d’un nouvel album ? Vous n’y auriez pas pensé, Wax Tailor l’a fait. L’industrie musicale a clairement conseillé à ses artistes de ne pas sortir de disques durant cette année difficile. Cette tournée est la réponse à cette idée: « Si, on va sortir des disques. Si, on va être présent. Si, on continue d’exister. Si, on continue de vivre en fait. »

« À partir du moment où tu ne peux plus acheter un livre, mais tu peux acheter une perceuse, c’est qu’il se passe quelque chose dans un pays. »

Et bien sûr tout cela se fait dans le respect des règles sanitaires. Mais il semblait essentiel à Wax Tailor de soutenir les indépendants comme lui et particulièrement les disquaires qui ont été déconsidérés durant cette année. « À partir du moment où tu ne peux plus acheter un livre, mais tu peux acheter une perceuse, c’est qu’il se passe quelque chose dans un pays. »


C’est donc chez le disquaire indépendant Total Heaven que Wax Tailor a décidé de rencontrer son public bordelais le 13 janvier.

© Nolwenn Le deuc

Un album engagé


Bien loin de l’ambiance road trip de « By Any Beats Necessary », ce nouvel album s’interroge sur notre société. La couverture reflète bien cette idée de combat, le point levé.

« Pour moi, c’est un peu une sensation de fin de parcours qui veut dire qu’il peut y avoir une vraie cassure dans 6 mois, 2 ans, 8 ans. Mais c’est sûr qu’on y va, parce que tant qu’on aura des gens en place, en qualité de responsables, qui, pour gagner 0,03 %, seront capable de pourrir une planète, on ne s’en sortira pas. Je fais de la musique parce que ça permet de dire avec des notes des choses qui paraissent être des banalités affligeantes. T’as beau te dire « Les riches sont de plus en plus riches. Et les pauvres sont de plus en pauvres. », oui, mais c’est vrai. Après tu peux te dire « Je l’ai déjà entendu 300 fois », oui encore, mais qu’est-ce qu’on a fait ? Pour moi, on arrive à un moment ultime. »

Seulement quelques jours après la sortie de l’album, Wax Tailor reçoit un tas de retour. Si les chiffres sont dans la norme, les retours humains sont bien plus enthousiastes. « Moi ce qui me touche toujours ce n’est pas un retour « Oh cool le nouvel album », mais « Ce morceau m’a touché parce que... » Et ce truc-là, c’est des moments tellement compliqués à mettre en place. Il y a tellement de moments où t’as envie de poser les gants et de dire « J’arrête. Je fais de la musique, mais pas comme ça. » que c’est moment là, ça te rebooste. »


C’est donc un artiste au top de son énergie qui entame cette nouvelle année. Cette source de motivation vient également de ses collaborations, qui ont parfois surpris.


Des feat légendaires


L’une des particularités de cet album, c’est la forte présence des featuring. Sur 13 titres, 9 morceaux sont partagés avec une légende du monde musical. Rosemary Standley, D Smoke, ou encore Mark Lanegan... Les différents univers et les styles musicaux propres à chacun vont ravir un large public.


Et pour organiser ces collaborations, Wax Tailor procède à sa manière. D’abord, il compose, après, il contacte et propose. « Et puis si en face il y a un environnement sain, c’est-à-dire un artiste en face qui a envie et pas trois connards de manager qui font filtres, et tout ce qu’on sait dans la musique, on arrive au bout du truc. Et on fait des belles choses, quand on y arrive. *rires* »


Parmi les 13 titres, le morceau en featuring avec Gil Scott-Heron, « Paint it black », surprend. Si les musiques durent en moyenne près de 3 minutes, celle-ci retentit seulement 29 secondes. « C’est une anecdote. C’est le point départ de l’album. Vu la nature, la teneur, la direction de cet album, pour moi, Gil Scott-Heron s’est quelqu’un qui incarne tout ça. J’ai voulu l’inviter sur un album il y a plus de 10 ans, malheureusement, on n’a pas pu le faire. Entre temps, il est parti trop tôt. C’était une sorte de parrain fantomatique. » Cette rencontre, le temps de 29 secondes, est chargée de sens.


« Ce texte dépeint la réalité de la précarité d’un couple afro-américain en 70. Si tu te projettes 50 ans plus tard, et que tu prends un couple de prolos à 40 bornes de Lille, tu peux retrouver les mêmes choses. Parce que le dénominateur commun c’est vraiment cette idée de te renvoyer toujours à « Ça va, il y a pire ailleurs. Ta gueule. » On peut tout désamorcer avec ça, ce côté « Ouais, mais ça va il y a des gens qui sont plus malheureux. Puis en Afrique, il y a des gamins qui meurent de faim. » Ou dire « En France, le système devient totalitaire. » et de répondre « Bah ça va, tu préfères vivre en Russie ? » Non en fait, je ne préfère pas la Russie, mais j’aimerais quand même me battre pour la France. »

Il est difficile de choisir entre ses propres créations, mais Wax Tailor confie avoir un rapport particulier avec le titre « Just a candle », en featuring avec Mark Lanegan.

© Carolyn.C Photography

« Il y a des moments comme ça où tu as des vraies rencontres avec quelqu’un. Par exemple, je bosse avec Del The Funky Homosapien. Je pense que les gens qui me connaissent vont se dire « Ah c’est cool, chanmé » mais ils ne vont pas être en mode « what the fuck ». Alors que là, j’ai plein de retours de gens étonnés. Il y a même des gens qui me disent « Ça fait 20 ans que j’écoute Mark Lanegan et que je t’écoute toi. Les deux ensemble, je ne m’y attendais pas. » Ça, c’est assez agréable comme sensation. C’est bien de surprendre avec ce genre de chose. »

Pendant 10 jours, Wax Tailor a montré qu’il était toujours présent, prêt à reprendre la route pour rencontrer son public. Ce n’était qu’un avant-goût de sa tournée qui devrait débuter en France en novembre 2021. Vous pouvez déjà prendre vos places en ligne. Le musicien vous réserve encore bien des surprises...


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Nolwenn Le Deuc I 22.01.2021