White Riot : comment le rock défia le racisme.

Mis à jour : mai 22

L'angleterre des 70's ne tourne pas rond. Le pays qui 20 ans auparavant avait combattu le IIIème Reich se retrouve en proie à la montée du néonazisme. Face à ce regain de haine raciale accompagnée de violences policières la jeunesse cosmopolite de Grand Bretagne se révolte. Cet été avec le film White Riot, Rubika Shah nous raconte l'histoire du mouvement Rock Against Racism.


Revenons en arrière...


Août 1976 à Birmingham, Eric Clapton (sans doute ivre) sur scène, s'adresse à la foule :

" Y a-t-il des étrangers dans la salle ?(...) Vous devriez partir. Tous ces foutu basanés sont dégoûtant (...) je ne veux pas de vous dans mon pays."

Il ajoute : " Nous devrions tous voter Enoch Powell. Empêchez la Grande Bretagne de devenir une colonie Noire !" appuyant ainsi la campagne du politiciens d'extrême droite qui en 1966 appelait à la haine raciale dans son tristement célèbre "Discours des fleuves de sang " .

Comment peut on composer d'aussi beaux morceaux que Tears in heaven ou encore Layla et prononcer des paroles aussi abjectes ?

Le mois suivant, l'hebdomadaire The Musical Express publie la lettre ouverte d'un petit groupe d'activistes mené par Red Saunders (photographe) :


« Ressaisis toi, la moitié de la musique est noire ! Où serais tu sans le blues et le R'n'B ? Qui a tué le sheriff Eric ? Certainement Pas toi ! »

En effet, c'est tout de même un comble d'en vouloir aux afro-descendants de la part d'un musicien connu (notamment) pour sa reprise d'un titre de Bob Marley.


C'est la naissance du mouvement Rock Against Racisme. La lettre sera suivie deux mois plus tard par la publication du fanzine Temporary Hoarding :


«On veut de la musique rebelle, de la musique de la rue, de la musique capable d’annihiler la méfiance et la peur mutuelle. Une musique de crise. Une musique de maintenant. Une musique qui sait contre qui elle se bat. Rock contre le Racisme ! Aimez la musique, haïssez le racisme ! »


Les concerts organisés par le mouvement RAR s'enchaînent à Londres d'abords puis dans le reste du pays.


Un documentaire inédit...


White riot c'est le titre du premier single de The Clash, composé à la suite d'une violente rixe opposants la police à des populations multiethniques au carnaval de Notting Hill en 1976. Les membres du groupe qui étaient alors présents lors de l'émeute qui fit 160 blessés en ont été profondément marqués.


Rubika Shah est d'origine asiatique, déjà remarquée pour des documentaires musicaux elle décide de réaliser White Riot en se renseignant sur sa propre histoire :


« J’ai commencé à travailler sur White Riot parce que j’étais curieuse de la montée de l’extrême-droite dans les années 70. J’en avais entendu parler, par bribes, par ma famille, confrontée au racisme parce qu’elle est d’origine asiatique. Ignorante de cette histoire récente, j’ai décidé de me lancer dans ce voyage. Je me suis toujours intéressée aux archives musicales et je suis tombée sur la performance des Clash au Carnaval Rock Against Racism. Je ne pouvais pas croire que ce mouvement avait existé à cette époque et que je n’en avais jamais entendu parler.» explique la réalisatrice dans un entretien.»


White Riot est un film à voir avant tout pour sa qualité esthétique et son aspect inédit :


« Nous avons trouvé des images qui n’ont jamais été vues, elles dormaient dans un grenier depuis plus de trente ans. Notre chance a été aussi que beaucoup des détenteurs de droits avaient soutenu la cause de RAR et certains étaient au Carnaval d’avril 78. » confie Rubika Shah.


C'est donc l'occasion de découvrir les coulisses de l'Histoire, les dessous de la scène punk et reggae londonienne, et des images exceptionnelles de groupes précurseurs. D'ailleurs la bande son ne laisse pas à désirer : The Clash, Steel Pulse, Sham 69, The Selecter ou encore Tom Robinson… Sur des morceaux qui ont marqué l'histoire de la musique la réalisatrice fait passer un message, la lutte est toujours d'actualité :


« La montée du racisme et du fascisme tout autour du globe, le Brexit et le succès des populismes rendent [ndlr : ce film] incroyablement actuel. Des mouvements comme Extinction Rébellion, nés de la base, montrent que le pouvoir du peuple peut être efficace, ils sont une force puissante et positive du changement. Dans mon travail, j’ai souvent traité des questions d’identité et de culture des jeunes : des gens ordinaires essayant de donner du sens à notre place dans le monde. White Riot est une histoire édifiante qui montre comment la culture des jeunes peut faire la différence. »


Sortie nationale prévue le 5 août sous réserve de la réouverture des cinémas !


Maeva Gourbeyre I 20.05.2020


33 vues