Rencontre avec Youcef Ouali : sa création “hONdi’cap”, quand l’union fait la danse

Mis à jour : nov. 19

Rencontre avec Youcef Ouali, danseur et chorégraphe de 29 ans qui nous parle de son parcours, de sa compagnie et de sa première création “hONdi’cap” : un spectacle explosif mélangeant hip-hop, contemporain, acrobaties, break dance, et qui met en scène des danseurs en situation de handicap pour encourager les chorégraphes à travailler avec eux.

© cieY.Ouali

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Youcef Ouali, j’ai 29 ans. Je suis né en Algérie et je vis en France depuis 2012. Je suis danseur professionnel et chorégraphe de ma propre compagnie.


Comment avez-vous commencé la danse ?

J’ai commencé la danse assez jeune, dans les 14-15 ans, en regardant des clips et des vidéos sur Youtube, quelques films comme Le Défi (film français) ou You Got Served (film américain). J’ai adoré l’art du mouvement et les acrobaties. A ce moment-là en Algérie, il n’y avait pas de cours de hip-hop. Donc j’ai vraiment appris dans la rue, avec des amis du quartier, du collège. On s’entraînait et on faisait des compétitions entre nous. Il n’y avait pas autant de compétitions que maintenant.


© cieY.Ouali

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? Comment et pourquoi avez-vous créé votre compagnie de danse ?

Au départ, je ne faisais que du hip-hop et du break dance. Et puis, j’ai commencé à faire des battles nationales en Algérie. En parallèle, des chorégraphes français ou européens venaient recruter en Algérie car il y avait vraiment du talent et peu de compagnies sur place, j’en ai fait partie.

En 2010 j’ai été recruté par l’ONCI (Office National de la Culture et de l’Information) en Algérie et j’ai travaillé avec le ballet national algérien. On a ensuite été invité en Suède et en Allemagne. Je suis resté en Suède car j’avais trouvé un contrat là-bas, mais c’était difficile avec la langue et le climat. Donc, j’ai choisi de venir en France en 2012.

Une fois arrivé à Paris, j’ai fait des battles, des compétitions, des spectacles de rue, des concours, et j’ai participé à La France a un incroyable talent en 2014. J’ai d’ailleurs fait l’une des plus grandes scènes : l’Arena de Montpellier, où je représentais l’Algérie.

Puis en 2015, la compagnie Koubi, qui mélange contemporain et hip-hop, du chorégraphe Hervé Koubi m’a contacté pour l’intégrer. J’ai pu découvrir un autre style. Le contemporain est un travail plus dans la recherche, plus poétique. Ça m'a vraiment plu et j’ai fait le tour du monde avec eux, jusqu’en 2016.

J’ai ensuite été recruté par la compagnie et production Echos-Liés, et aussi la compagnie Ruée des Arts (Lyon), avec qui j’interprétais le spectacle Costard, jusqu’à ce que la situation sanitaire ne nous empêche de continuer.

J’ai donc enchaîné plein d’expériences avec des voyages, différentes scènes, plusieurs styles de danse et de belles rencontres.

Et puis, j’ai eu envie de partager mon savoir-faire. A ce moment-là, mon ami Youcef (ndlr en ce moment dans l’émission La France a un incroyable talent) qui était dans mon équipe en Algérie, est venu en France. Je m’étais toujours posé la question de créer une compagnie, et quand j’ai décidé de le faire, je savais que je devais monter quelque chose avec Youcef. J’ai toujours pensé à faire des spectacles en groupe mais cette personne handicapée, je devais la faire travailler avec moi, on devait créer quelque chose ensemble, on devait montrer aux chorégraphes qui hésitent à travailler avec ce type de personnes, qu’on pouvait faire mieux que ce qu’ils imaginaient. On s’est donc dit qu’on allait créer un spectacle mettant en scène des personnes dans cette situation. Mon but n’était pas de travailler uniquement avec Youcef mais de recruter d’autres personnes en situation d’handicap moteur.

On a créé la compagnie Y. OUALI en février 2019. On avait créé ensemble un spectacle de 20 minutes, et on a commencé le travail en juillet 2019. Ça a cartonné et il y’a eu un effet boule de neige. On a d’ailleurs pu faire le festival 20 Minutes de Bonheur en plus en Bretagne, en janvier 2020 (ndlr c’est un festival de spectacle de rue en salle, à Trégueux).



Comment avez-vous recruté votre équipe ?

J’ai seulement 29 ans alors que tous les chorégraphes des compagnies venant en Algérie, avaient tous environ 35 - 40 ans lorsqu’ils recrutaient, ils avaient tous de l’expérience et une connaissance dans ce domaine avec un agenda bien rempli. Moi, je commençais de zéro. Donc, j’ai pris mes potes qui dansaient avec moi dans la rue et dans des battles. Je leur ai dit que j’avais l’idée et la structure, tout ce qui me manquait c’était l’équipe qui allait me soutenir et la motivation.

© cieY.Ouali

Pouvez-vous présenter rapidement votre équipe ?


Aujourd’hui on est 7. La grande nouveauté, c’est qu’on a recruté une fille.

J’ai remplacé Youcef, qui se concentrait alors sur sa participation à Incroyable Talent, par Nathan, pour le spectacle d’une heure. Youcef a des béquilles et Nathan est en fauteuil roulant, mais tous deux ont un handicap au niveau des jambes.

Dans mon équipe, il y a Mohammed, aka Bboy Medmax, danseur contemporain et hip-hop, spécialisé dans le powermove. Il y a Kheirou, l'acrobate de l’équipe, mais aussi Zoubir, danseur contemporain et acrobate, Nathan qui est spécialisé dans le breakdance, Rachel, danseuse et circassienne, avec une spécialité dans la Roue Cyr et enfin Amin, danseur contemporain de powermove.

Tous ont un parcours professionnel très chargé comme Amine, Zoubir et Mohammed qui ont fait le tour du monde avec plusieurs compagnies et qui ont dansé dans de grands théâtres nationaux comme le Bolchoï en Russie, il y a aussi Rachel, qui a été circassienne du Cirque du Soleil, et enfin d’anciens candidats d’Incroyable Talent, notamment Kheirou qui a fini finaliste en 2012 et Nathan qui a fini demi-finaliste en 2018. C’est un spectacle explosif, ce sont tous de bons techniciens et danseurs !


Aimeriez-vous agrandir votre équipe ?

Oui ! Mon but c’est d’avoir 7 personnes en situation d’handicap et 7 personnes valides, pour avoir une équipe de 14 personnes. Mais on verra à partir de 2021-2022 en fonction de la situation, car cela implique de chercher les personnes en situation de handicap dans toute la France et donc des déplacements et des coûts.


Vous avez parlé de la Ruée des Arts, des Echos-Liés, vous travaillez donc avec d’autres compagnies, en plus de la vôtre ?

Oui. En fait, tous les danseurs sont dans d’autres compagnies en parallèle de la nôtre. Parce que notre compagnie est nouvelle, il faut donc encore trouver des dates. Moi-même chorégraphe, je travaille avec 3 autres compagnies.


Vous avez créé « hONdi’cap », c’est votre première création ?

Oui, au départ c’était le spectacle de 20 minutes, créé avec Youcef, mais grâce à son succès, on l’a rallongé à 1 heure.


Vous êtes le chorégraphe, mais dansez-vous aussi avec eux ?

Oui, quand j’ai écrit la pièce, je me disais qu’il fallait que je la vive. Je l’interprète en dansant.

Quelle était votre relation avec le handicap avant cette création ?

Depuis mon jeune âge, les personnes en situation d’handicap me font frissonner par leur courage, leur combat. Le fait de les voir faire des activités sportives professionnelles, comme le football ou la danse, je me demande toujours, est-ce qu’à leur place, j’aurai eu ce courage ? Je les admire. Ils sont une sorte de motivation.


Vous êtes-vous heurtés à des difficultés pour cette création ?

Oui, j’ai eu des difficultés car je viens de nulle part. Lorsque je parlais à des personnes de mon projet et que je leur montrais mes expériences, avec quelles compagnies j’avais travaillé, elles me répondaient “oui mais vous êtes 12”.

J’ai eu beaucoup de difficultés à trouver une salle. Il faut beaucoup de connaissances et faire du bouche à oreille.

J’ai envoyé beaucoup de demandes de subventions, qui sont toujours sans réponse. Donc, quand j’ai commencé, je ne pouvais pas les rémunérer, mais j’ai pu le faire plus tard, grâce à mes ventes. Ma compagnie s’autofinance complètement.

Il y a eu d’autres petites difficultés, comme réussir à caler des dates communes malgré les emplois du temps de chacun.


En 3 mots, comment définiriez-vous « hONdi’cap » ?

Un show explosif, émouvant et spectaculaire ! Enfin non, attachant ! Car dans ma compagnie, on est tous des jeunes entre 22 et 30 ans, et les gens du public nous on dit à la fin des spectacles qu’on était attachants. Et ça, j’adore !

© cieY.Ouali Alain Baccelli

Quels sont vos projets futurs ?

L’objectif c’est de faire notre spectacle 2-3 ans en France pour bien le rôder et ensuite, partir ailleurs. Il faut une certaine visibilité et un certain parcours avant d’aller à l’étranger.

J’ai d’autres idées à part ce spectacle mais je me concentre sur “hONdi’cap” pour le perfectionner et on verra ensuite.


Comment rebondissez-vous face à cette crise sanitaire?

Je fonctionne au jour le jour. Des dates de représentations et d’ateliers ont été reportées ou annulées. Donc, pour le moment on est en stand-by. Le projet est fini, il ne reste qu’à faire les répétitions, qu’on fait dans une maison à Créteil, et ceux qui nous la prêtent nous font vraiment confiance et je les en remercie. Mais je profite aussi du confinement pour réfléchir à des idées, revoir mon spectacle, je pense à de nouvelles tenues et je découvre de nouvelles musiques.


Quels conseils donneriez-vous à des personnes qui veulent se lancer dans la danse pour une carrière professionnelle ?

Gardez votre motivation. Vous allez avoir des bâtons dans les roues car vous n’êtes pas les seuls à vouloir créer et danser. C’est un métier de loup, de requin. Il faut vraiment gagner sa place. Et surtout, il faut passer au-dessus des préjugés. Car il y’en aura tout le temps, on nous critique quoi qu'on fasse.

© Philippe BOULENGER

Avant de finir cet interview, voulez-vous ajouter quelque chose ?

Nous les artistes, nous devons rester unis. Je vois qu’il y’a des personnes qui n’ont pas eu leurs statuts ou leurs dates. Donc on doit tous être unis. J'espère que le gouvernement va nous soutenir pour sortir de cette crise.


Pour retrouver les projets de la Compagnie Y.Ouali :


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Marie Houssay | 10/11/2020