Zed Yun Pavarotti, voyage dans un univers abstrait

Mis à jour : nov. 6

Son style est unique en son genre. Dans son nouvel album Beauseigne, Zed Yun Pavarotti emmène ses auditeurs sur ses traces et revient sur son parcours de vie. Un sentier semé de réflexions, de tableaux et de fragments de miroir. Le rappeur ouvre encore une fois les portes de son univers métaphorique et abstrait. Sa manière d’exprimer ses ressentis personnels les rend universels. C’est ainsi que Zed écrit pour lui, mais fait des chansons pour les autres. Interview!

Beauseigne est disponible sur toutes les plateformes depuis le 9 octobre.

Tes sons sont souvent mélancoliques. La mélancolie, c’est ton ADN musical ?

C’est mon courant artistique, j’ai plus de facilité à faire des musiques en mode mineur. Mais je suis quand même un grand fan d’énergie et sur l’album c’est, je pense, très clair que c’est cathartique. Je fais des musiques qui font bouger sur des sujets tristes. C’est le truc un peu anglais, dans le rock, parler de rupture sur des musiques qui font danser tout le monde dans un bar. C’est vrai que je fais des musiques mélancoliques, mais je ne veux pas qu’on me colle l’étiquette du « rappeur triste ». Je suis quelqu’un d’absolument pas triste.


En quoi c’est cathartique ?

Cela permet de délier un peu les langues, de revendiquer le concept du malaise, du problème, et puis ça le rend ridicule en fait.

©manuelobadiawills

Est-ce que le fait que tes paroles soient très abstraites a un rapport avec une certaine pudeur, ou c’est juste ta manière de penser à toi ?

C’est les deux, je pense. D’une part, je suis toujours mal-à-l’aise avec les morceaux très premier degré. C’est le discours qui me stresse quand c’est intelligible immédiatement, j’ai l’impression d’entendre quelqu’un parler sans le principe de chanson. Et puis, souvent, c’est pour aborder des thématiques très intimistes. Avouer comme ça, dévoiler son intimité à ce point, je n’ai pas envie de le faire. D’autre part, c’est aussi parce que j’écris pour moi, mais je fais des chansons pour les autres. Il faut que les gens puissent se les approprier aussi, je m’inspire de ma vie mais j’écris pour celle des autres. Il y a une prise de recul par rapport à mes histoires, elles se transforment un peu pour être plus adaptables. Pour que chacun puisse se reconnaître et faire son interprétation. Je n’aime pas que les informations soient claires et qu’on n’ait pas à réfléchir, c’est bien aussi de trouver sa vérité.


Dans ton nouvel album, quelle(s) nouvelle(s) facette(s) de toi va-t-on découvrir ?

C’est plus énergique, et j’ai voulu raconter mon histoire. Ce qui compose ma vie, ce qui a fait que j’en suis arrivé là, que je suis devenu cet adulte aujourd’hui. Ça passe par raconter Saint-Etienne, mes amis, le principe de solitude, la recherche amoureuse... À peu près ce que j’ai toujours dit, mais là j’ai essayé d’être plus proche de mon histoire. La cohérence et le choix des morceaux avec ce principe de thématiques, je pense, apporte plus de réponses sur qui je suis et pourquoi je suis comme ça.

©manuelobadiawills

Pourrais-tu nous raconter une anecdote sur ton album ?

Le morceau Mon Dieu partait d’une blague. On était en résidence, on faisait une série de morceaux et on en avait un peu marre. A la base, ça partait de faire une prod avec une sonorité vraiment années 90. Puis la blague a perdu un peu de son élan, j’ai trouvé ça bien, tout le monde a trouvé ça bien. J’ai commencé à écrire. Même le fait d’écrire un couplet et de rapper un peu était une blague pour faire rire les gens autour, pour décompresser, et au final on en a fait un bon morceau. De toute façon, tout vient d’une blague. Faire de la musique est un concept absurde, être musicien est absurde, c’est faire quelque chose pour rien. Créer quelque chose sans aucun but utilitaire. Après, ça peut apporter un morceau qui aide les gens, mais à la base ça n’a pas de fonction vitale.


Un des morceaux de Beauseigne s’appelle Lalaland. C’est quoi pour toi, ton Lalaland ?

Déjà, la chanson est une espèce de contradiction. Ce que je dis dedans, c’est qu’il n’y a pas de Lalaland et que le but, c’est de le chercher. Que la vie c’est juste cette recherche d’un idéal, et que ce qui importe, c’est le chemin. On est déjà dans un non-sens. Le but de l’existence, c'est un concept un peu flou. On n’arrive pas à quelque chose de précis mais on cherche, on est dans l’entreprise d’un truc et il n’y a jamais de vrai résultat permanent. Après, on se fait une idée de ce qu’est notre idéal. Pour moi, c’est de faire en sorte que ma mère ait une vie paisible dans une maison agréable.

©manuelobadiawills

Dans plusieurs morceaux, tu parles d’un vautour. Le vautour apparaît aussi dans le clip de Mon frère. Qu’est-ce que cet animal représente pour toi ?

C’est un animal qui m’inspire. J’aime bien le fait qu’il ne soit pas chasseur, qu’il récupère, il nettoie un peu ce monde et se nourrit de ce qui ne vit plus. Je suis un grand fanatique d’oiseaux. Pendant très longtemps j’étais persuadé que j’avais eu une autre vie où j’étais une espèce d’oiseau, un rapace. Donc je me sens proche des oiseaux.


Y a-t-il quelque chose que tu souhaiterais ajouter à propos de ton album ?

Je pense que c’est le meilleur album de musique française qui a été fait ces dix dernières années.

Merci Zed !


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Nolwenn Tournoux I 30.10.2020