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A la rencontre de Wax Tailor

Lors de son passage à Bordeaux le 28 avril dernier, nous avons eu l’occasion de rencontrer le compositeur et producteur de musique Wax Tailor. Ce passage a été effectué au cours d’une nouvelle tournée suite à la sortie de son dernier album Fishing for accident, un album méta, mature et qui pose un regard introspectif sur le travail de l’artiste. Nous avons voulu en savoir un peu plus concernant cet énigmatique musicien dont les inspirations hip-hop nous font voyager.

Je sample des textures sonores, des morceaux, des notes, je les sculpte et avec ça, je vais commencer à jouer. Donc mon pseudo représente un peu l’origine de mon travail

Pourquoi avoir choisi le pseudonyme Wax Tailor ?

Wax Tailor signifie “tailleur de cire” (rien à voir avec l’épilation) c’est vraiment par rapport au vinyle. Le vinyle c’est mon matériau premier, je sample des textures sonores, des morceaux, des notes, je les sculpte et avec ça, je vais commencer à jouer. Donc mon pseudo représente un peu l’origine de mon travail

Comment vous est venue l’envie de faire de la musique ?

C’est vraiment venue par la culture hip-hop, je suis tombée dedans il y a longtemps et ensuite c’est devenu une passion. A la base, la culture hip-hop et le rap ont été mes inspirations premières grâce auxquelles je suis devenu ce qu’on appelle un beatmaker. Mon goût pour la musique s'est construit autour de ça et autour de l’envie d’élargir mes connaissances musicales. J’ai été influencé par des producteurs tels que DJ Premier, Pete Rock… Après il y a beaucoup de groupes, de cinéastes, etc…qui m’ont influencé, tu vois je suis un peu une éponge, je trouve qu’on s’inspire toujours des choses qui nous plaisent et qui nous entourent.

Quels sont vos artistes de prédilection ?

Je dirai en premier lieu Stanley Kubrick, pour moi c’est la vision ultime du control-freak qui place la barre artistique au-dessus de tout, sa filmographie parle carrément pour lui. Dans la musique je dirais Ennio Morricone, je trouve qu’il a une empreinte tellement énorme. Ces deux artistes sont vraiment des influences évidentes.


Cet album, c'est un peu ma petite catharsis à moi

Pouvez-vous nous parler de votre dernier album ? Quels ont été vos inspirations ?

Mon dernier album Fishing for accident part d’une citation d’Orson Welles dans laquelle il disait qu’une grande partie de son travail de réalisateur consiste à capturer des accidents. Quand j’ai vu le reportage dans lequel il a déclaré cette citation, ça a de suite fait écho à ma manière de faire de la musique. Quand on dit Fishing for accident, c'est-à dire “capture l’accident” les gens entendent accident alors que moi j’entends le mot CAPTURE. Selon moi, capturer l’accident ça veut dire être attentif à ton processus créatif. Cet album est une sorte de mise en abyme de mon processus créatif. Chacun de mes albums possède son angle d’approche, par exemple pour By any beats necessary c’était celui du road-trip, des grandes routes, de la liberté. Là ce qui nourrit l’album c’est le travail sur la musique elle-même. Tu vois par exemple il y a un titre qui s’appelle Searchin et qui revient sur tout le processus de recherche. Cet album, c'est un peu ma petite catharsis à moi.

Quand j’ai une idée, un projet qui me plait pour faire un album, j’y pense tout le temps et quand je commence à le réaliser, je pense à des personnes bien particulières qui pourrait venir se greffer au morceau

Del The Funky Homosapien (Gorillaz), Rosemary Standley (Moriarty) ou encore plus récemment Jennifer Charles d’Elysian Fields, vos albums regorgent d’invités divers et variés, pourriez-vous nous raconter comment se passe le choix de ces collaborations?

Le point de départ de chaque collaboration c’est la musique. Quand j’ai une idée, un projet qui me plait pour faire un album, j’y pense tout le temps et quand je commence à le réaliser, je pense à des personnes bien particulières qui pourrait venir se greffer au morceau. Je ne vais jamais aller voir un artiste en lui disant “viens j’ai pleins de titres à te proposer”. Lorsque je propose à un artiste de jouer avec moi, c’est pour un titre bien spécifique. Je contacte l’artiste en fonction de ce que le morceau m’évoque. Si je devais faire le parallèle avec le cinéma, je dirais que c’est exactement comme un réalisateur qui a un scénario et qui pense à un acteur en particulier pour interpréter le rôle. Si l’acteur accepte et que ça se passe bien, tant mieux ! Mais si au final ça ne fonctionne pas, il peut être amené à penser à une autre personne. Donc parfois il y a un plan B ou un plan C, et certaines fois c’est tellement bien avec le plan C que tu te dis “qu’est-ce que ça aurait été avec le plan initial, ça aurait peut-être été moins bien”


Avec quel artiste plus de ce monde auriez-vous aimé composer un morceau ?

Billie Holiday. Pour moi la plus grande voix de tous les temps c’est Ella Fitzgerald, mais Billie Holiday le tréfond de son âme me plait. Quand elle est sur scène, on sent qu’elle y met tout son cœur, toute sa détresse, toute sa vie.

© Crédit photos : Ronan Siri


Et au niveau des artistes actuels ?

Il y a des artistes dont j’admire profondément le travail, mais avec lesquels il serait impossible de travailler humainement parlant. Certains artistes ont un talent monstrueux mais peuvent être aussi de sombres connards. Je pense aussi qu’il faut démystifier : souvent les gens mettent les artistes sur un piédestal, alors qu’on oublie un peu trop que les artistes sont des humains. Par exemple Miles Davis, c’est un génie mais c’était un sombre connard aussi. A l’inverse, quand tu te renseignes, tu te rends compte qu’il y a des artistes qui sont très cool et avec qui ça donne plus envie de travailler. Donc quand je dois choisir des artistes avec qui j’aimerai travailler, il y a aussi deux paramètres, d’une part il y a la question du morceau que j’écris, voir quel artiste il m’évoque, et de l’autre côté il y a la question du complexe. Par exemple j’adore Thom Yorke de Radiohead, mais je trouve ça trop intimidant d’aller voir un mec qui a une aussi grosse carrière. En tant qu’artiste tu as peur de la comparaison. Tu te demandes aussi ce que tu vas pouvoir apporter à des artistes qui ont déjà une telle notoriété et un tel talent.


Si vous deviez définir votre musique en 5 mots, lesquels choisiriez-vous ?

Mélancolique, organique, cinématique, orchestrale, cérébrale dans le sens où il y a une recherche derrière.

© Crédit photo (en haut à gauche) : Hadrien Denoyelle

J’avais un peu cette inquiétude de me dire “c’est pas parce que les gens aiment bien ce que tu fais qu’ils vont forcément revenir” et donc là ce qu’il se passe entre faire revenir l’équipe et la communion avec les gens, je trouve ça assez génial !

Une anecdote à partager sur le moment

Je suis en train de vivre une semaine un peu particulière car en ce moment on est au Krakatoa mais on a pris la route avec toute mon équipe et on a tous, depuis 2020, traversé une période assez longue et compliqué et donc je suis assez touché de revivre cette prise de route car j’étais pas sûre d’être à nouveau spectateur de ce qu’on est en train de vivre là.

J’ai conscience que le temps passe, que même si tu as un public qui te suit, personne n’est irremplaçable et tu as peur de ne plus faire autant d’effet. D’autant plus que je suis assez peu réseaux sociaux donc mes interactions avec le monde public sont assez limitées. Donc je sais que c’est compliqué en 2023 quand tu n’es pas très com et réseau de faire suivre ton travail. J’avais un peu cette inquiétude de me dire “c’est pas parce que les gens aiment bien ce que tu fais qu’ils vont forcément revenir” et donc là ce qu’il se passe entre faire revenir l’équipe et la communion avec les gens, je trouve ça assez génial !


 

Marie-Manon Poret I 20.06.2023

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