Bolivard, un artiste qualifié de "bipolaire" par Trax Magazine

Bolivard est un personnage qui a plusieurs cordes à son arc. Musicien, parolier, réalisateur, monteur, graphiste et dessinateur, ce dernier s’est lancé dans un projet 360° parlant de son expérience de la vie. Le 5 juin 2020, il a sortie son EP “Docteur Bolivard” qui est un exutoire à sa névrose. Mixant le patient et le praticien, cet artiste blanc et noir se dévoile un peu plus lors d’une interview que Feather lui a consacré. 

Bonjour Bolivard, avant toute chose je voulais vous remercier pour votre EP "Docteur Bolivard" que vous nous avez offert sur les plateformes le 5 juin 2020.

Bien le bonjour ! Merci à vous. Ravi de répondre à vos questions.


Pour ceux et celles qui ne vous connaissent pas, pouvez vous nous dire qui vous êtes ?

Je suis un humain de genre masculin et de nationalité française, qui fait des musiques et des vidéos sous le pseudonyme Bolivard.


D'après Trax Magazine, vous êtes un artiste noir et blanc qualifié de "bipolaire". Pourquoi se donner ce genre d'image qu'on peut également apercevoir dans le clip "Focus" que vous avez réalisé ?

J'ai constaté que les musiques que je compose sont souvent radicalement joyeuses ou tristes. C'est noir ou blanc, il n'y a pas de demi-mesure. C'est vrai qu'il y a souvent des ascenseurs émotionnels dans les films et les musiques que j'aime et qui m'inspirent. Le clip de « Focus » est assez représentatif. J'ai voulu y mélanger des idées réjouissantes avec d'autres plutôt déprimantes.



Vous vous êtes lancé dans un projet 360° ayant pour thème l'expérience de la vie. Pourquoi s'être lancé dans ce projet avec ce thème ambitieux ?


L'ambition, ce n'est pas si mal. Quand on crée, ça oblige à devoir faire les choses à fond pour avoir le plus de chances possibles d'obtenir de la qualité. En ce qui concerne «l'expérience de la vie », je ne saurais pas de quoi parler d'autre. J'ai l'impression que c'est le sujet de toute création, c'est comme un témoignage de notre existence et de comment on l'a vécue. Concernant le côté 360°, c'est-à-dire faire la musique, les vidéos, le graphisme, écrire les chansons, les interpréter, faire l'acteur... Je ne me prends pas pour un mec génial qui sait tout faire. Je pourrais demander à des réalisateurs ou des graphistes qui feraient un meilleur travail que moi. Mais je n'ai aucune patience, c'est moins cher et moins stressant de faire les choses soi-même. En plus, c'est amusant d'apprendre de nouvelles manière de créer.


J'ai lu de votre EP "Docteur Bolivard" que c'était un exutoire à votre névrose et une auto-thérapie. Est-ce que la musique et l'art en général a toujours été une source d'évasion et un refuge pour vous et votre bien-être ?

Clairement, oui. Faire de la musique permet de s'immerger pendant des heures dans un monde idéal où on peut tout contrôler, contrairement à la vie où il faut composer avec 99 % d'imprévus. C'est apaisant. En psychanalyse on appelle ça la « sublimation » ou la « catharsis ». C'est un défouloir, comme faire un footing ou cuisiner un cake, ça vide la tête après une journée merdique.


Le nom de votre EP "Docteur Bolivard" vous met dans la peau du praticien mais pourquoi ne pas avoir mentionné le patient dont vous faites parfois allusion ?

Chacun peut s'imaginer un peu ce qu'il veut. Qui est Docteur Bolivard ? Qui est le patient ? Ça peut être la personne qui écoute l'album ou simplement un cinglé qui parle tout seul. Pour moi c'est un dialogue intérieur entre le côté rationnel et optimiste qu'il y a en moi, et le côté sensible et fragile qui se sent submergé par ses problèmes, et qui ne sait plus quoi faire.


Pourquoi évoquer des thèmes difficiles avec amusement et légèreté ?

Quand j'écris des chansons au premier degré, je trouve ça ridicule. J'ai l'impression de dire « oh là là, mon frigo est en panne et je vais mourir un jour, quelle horrible vie ». Je pense immédiatement aux gens qui vivent dans la vraie misère, avec un handicap moteur ou un cancer du pancréas. Ajouter un peu d'humour permet de relativiser, d'évoquer mes soucis tout en rappelant que tout n'est qu'une blague.


Concernant les clips "La Vie", "Réalité" et "Focus" vous avez tout  réalisé de A à Z. Pourquoi illustrer la dépression ou la vie de manière symbolique, parfois absurde ?

L'absurde me fait beaucoup rire. J'adore les auteurs comme Bertrand Blier, Eugène Ionesco ou Luis Buñuel, qui ont des idées qui sortent de nulle part, ce qui les rend encore plus drôles. Internet est aussi une fabuleuse usine à n'importe quoi, entre HowToBasic, Cool 3D World, les YouTube Poops, The Eric Andre Show ou les mèmes... Il y a de vraies génies comiques chez les internautes. Concernant le symbolisme, je trouve que ça permet de sortir des idées totalement nouvelles, parce qu'il n'y a rien de plus subjectif et de propre à chaque personne. Je représente la dépression comme un clone maléfique, avec un sourire sadique et des habits noires, mais quelqu'un d'autre pourrait le voir comme une énorme araignée ou un étron volant. Le meilleur auteur en ce domaine, ça reste notre cerveau. Je ne compte plus les fois où je me suis réveillé un matin en repensant au rêve que je venais de faire et en me disant « mais d'où sortent toutes ces idées complètement débiles et magnifiques à la fois ? ». C'est le comble de l'inventivité.


Pour "La Vie", il y a un mélange WTF et pop en passant par la folie créatrice de Salut c'est cool, le franc parlé de Gainsbourg et votre propre patte. Est-ce pour vous des références musicales ?


J'apprécie particulièrement les clips musicaux de Salut c'est cool, qui comportent toujours des idées originales ou amusantes, avec peu de moyens. C'est l'inverse de la grande majorité des clips, très bien faits, avec de belles images, mais qui montrent des idées vues et revues. Un gars qui chante en s'agitant, quelques filles plus ou moins à poil, les effets de montage habituels... Ça a coûté cinq mille euros, mais on s'ennuie au bout de cinq secondes, alors que le clip de « Techno toujours pareil » avec juste quatre types qui font des idioties dans un magasin de bricolage, ça m'a tenu en haleine pendant trois minutes. Mettre la technique et le budget entre parenthèses, et privilégier les bonnes idées, c'est une méthode qui me plait bien. Quant à Gainsbourg, c'était quelqu'un qui abordait des sujets assez crus et difficiles. J'ai du mal à retrouver ça avec les chansons pop récentes. Aujourd'hui, seuls les textes de rap restent aussi directs et authentiques. Il ajoutait à ça une pointe d'humour et une certaine élégance. En plus de ça, ses musiques étaient toujours dans l'air du temps et de grande qualité. Je l'étudie beaucoup, notamment sa technique de parlé-chanté, qui est entre le chant, le slam et le rap. Je n'aime pas chanter, donc je m'en suis inspiré pour pouvoir quand même interpréter mes paroles.


Pour terminer pouvez-vous nous parler de votre idole Quentin Dupieux ?

Sa carrière est un modèle, pour moi. Des clips, de la musique, des films... L'équilibre entre expérimentation, divertissement et humour... Le tout en ayant l'air de s'amuser et de faire exactement ce qu'il veut. Je ne demande pas mieux.


Merci à Bolivard pour cet échange riche en découverte et en art avec un grand A.

A suivre de très près.


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Manon Vincent I 01/07/2020