Entrave, artiste aux multiples facettes et maître des machines

Mis à jour : mai 12

Tancrède Chaleil alias Entrave, est un designer graphique amateur de musique électronique sensible (techno, braindance, électro, new-wave…). Ce dernier se trouve derrière plusieurs projets : Rave Industrie, un nouvel alias porté vers le braindance et l’esprit rave UK ainsi qu’une myriade d’autres projets, de 4 à 6 mains. Accompagné de son petit robot offert par son père, le gardien des machines, ce jeune producteur nous confie son parcours tant sur le plan musical que sur le plan graphique.


Entrave © Pauline BONNET

Naviguant tant du côté de l’électro que du braindance et de l’ambient et oscillant entre les styles et ses frontières, Entrave est un artiste riche aux multiples cordes à son arc. Il se trouve derrière les titres “Ida-3b”, “Brain-activity-01”, “Horizons”, “Encenses Raveries-2a”, “Absurd Fantasies”, “Echo101”, “Helicoidal Funk” et bien d’autres que vous pouvez écouter sur les plateformes et ses réseaux sociaux.


Bonjour Tancrède, avant de parler en détails de ton parcours musical, peux-tu nous dire pourquoi avoir choisi Entrave en nom de scène ?

Entrave, c’est d’abord un projet personnel en design graphique sur lequel je travaillais lorsque j’étais en BTS. Il consistait à écrire au pochoir le mot “entrave” — duquel on avait retiré une ligne le traversant — sur des photographies représentant des frontières physiques et où cette frontière — à l’image du mur entre les États-Unis et le Mexique — vient “entraver” la lecture du mot. Il s’agissait donc de prendre le contre-pied en proposant une musique se voulant sans “entrave” ni obstacle à la lecture et où les frontières entre les cases sont presque floues ou mal dessinées. Concernant le projet personnel en design graphique, je viens tout juste de monter un petit studio avec mon meilleur ami. On propose différents services allant du game design à l’identité visuelle en passant par l’illustration, le sound design ou encore la 3D.


Quand as-tu commencé la musique ?

Je dirais que tout a commencé en 2014, lorsque j’ai acheté ma toute première machine, une MPC1000. À cette époque-là, j’étais plutôt porté sur le hip-hop et ce sampleur semblait être le compagnon idéal pour concocter des instrus. De fil en aiguille, j’ai bifurqué et commencé à expérimenter d’autres styles en même temps que je décidais d’étoffer mon studio avec de nouvelles machines dont un clone de 808, boîte à rythme qui ne m’aura jamais quitté depuis. Elle permettra, entre autres, de forger et d’affiner le caractère de ma musique et, notamment, de m’orienter vers l’electro(-funk) et, plus tard, le braindance (via mon projet Rave Industries).



Sur quoi se base ton parcours musical ?

Je dirais que mon parcours se base sur l’expérience et la pratique, empirique d’une certaine manière et que c’est une des raisons pour laquelle j’ai voulu assez tôt me tourner vers les machines : le tangible étant essentiel à mon sens, non que je dénigre le fait de produire en utilisant qu’un simple ordinateur, il y a des morceaux géniaux fait avec trois fois rien et c’est tout aussi intéressant. Disons que c’est l’approche qui me parlait le plus ; quelque chose d’organique, de l’instant. Un jam c’est souvent une phase de vie, qu’elle soit positive ou très sombre. C’est donc un moyen de transposer mes affects dans ma musique. D’autant plus vrai depuis que j’ai eu cette opération au cours de laquelle on m’a retiré une tumeur au cerveau qui m’a fait réaliser à quel point c’était important de se donner entièrement à son art, y verser ses tripes et son âme. Je pense que ça rend le matériau plus vrai, plus vivant.


Sans rentrer dans une case de styles et de genres, peux-tu nous dire comment tu caractérises ta musique ?

Je dirais que ma musique navigue entre electro(-funk) et braindance avec quelques incursions en jungle lysergique. Sinon, dernièrement, je suis plutôt porté vers une musique à tendance rapide (entre 150 et 180 BPM), à mi-chemin entre braindance et electro, avec des séquences assez organiques, voire élastiques parfois sur certaines lignes de basse et des nappes ou mélodies FM plongés dans l’écho. En fin de compte, je pense que j’essaye de tendre vers un sound-design se voulant sensible.


Où puises-tu ton inspiration ?

Mes inspirations puisent à la fois dans la musique contemporaine, des artistes dont la musique me parle et me touche, et que j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer parfois : Foreign Sequence, Microlith, Dopefist, Viewtiful Joe, Th’idiot, EOD, AFX et ses différents projets et, notamment The Tuss, Boards of Canada, RX101, Liðvarð, Volitune, The Seneschal Arrives... Et à la fois dans des choses moins contemporaines et pas nécessairement électroniques bien que jamais complètement éloigné : King Crimson, Talking Heads, Cassiopea,... Au-delà des artistes, c’est aussi surtout des labels dont la plupart sont assez actifs aujourd’hui: Mindcolormusic, Occult Research, Fundamental Records, Analogical Force, R-Zone, Peacefrog Records, Furthur Electronix, Libertine Records, Frustrated Funk & Harbour City Sorrow, Electrix ou encore bbbbbb; et je ne pourrais même pas tous les citer tant il y a des labels qui proposent une musique de qualité pour des oreilles curieuses et attentives.


Entrave © Frédéric CHALEIL

Spacial Zone, Transitional State, Mindless Evolving Objects, Variable Jams, RAVE57Parle-nous brièvement de tous ces projets enrichissants auxquels tu as participé ?

Citons d’abord Spacial Zone ; projet electro créé avec un ami de longue date, Jon aka Zobol, donnant naissance à une première sortie vinyle sur un label portugais maintenant éteint, Linga Sharira. Premier projet, car nous en avons récemment lancé un second, plus braindancey & acid : “Encrypted Theory”, qui prendra le relais après Spacial Zone. De nouveaux morceaux arrivent bientôt !

Ensuite Transitional State et Mindless Evolving Objects sont deux projets que j’ai avec un ami de toujours, Erich aka Oshkossh. Le premier projet ayant abouti à une sortie vinyle sur Pacific Command tandis que le second a une sortie vinyle à venir quelque part en 2020. Ces deux amis étant mes deux partenaires dans l’aventure du label Distorted Sensory Perception.

Il y a aussi des projets initiés il y a cela quelques années et qui se sont éteints non sans laisser de traces. Citons Variable Jams avec mon ami Adam aka Aydm et des projets initiés tout récemment à l’image de db_rave avec Julien aka Dobu Dopa ou encore RAVE57 avec Geoffroy aka MP 57.


Raconte-nous ton histoire et ta collaboration avec le label françaisHouse For Her?

L’histoire avec House For Her remonte à fin 2016 lorsque Mehdi aka RAVEN me contacte à propos d’une compilation qu’il préparait et pour laquelle il voulait que je produise un morceau. Tout part donc de là mais ce n’est que 3 ans plus tard que je reviens avec un nouveau morceau pour la cinquième sortie du label, Not Your Valentine Anymore. Et enfin, en 2020 et après moult rebondissements ayant retardé la sortie du projet, mon premier album sous la forme d’une cassette audio sort le 10 mai sur House For Her, en quantité réduite (petit tirage à 30 exemplaires).


Pour terminer, peux-tu nous parler de “Distorted Sensory Perception” et des projets autour ?

Distorted Sensory Perception aka DSP, part d’abord du duo Spacial Zone. En effet, après la sortie de notre premier vinyle, plusieurs facteurs ont fait que le label s’est éteint après cette unique release. Un peu déçu alors qu’on nous avait promis de jouer dans un festival à Lisbonne, on s’est demandés si, nous aussi, on ne pouvait pas se lancer dans cette aventure. Après avoir réfléchi pendant un moment et pris le temps de réunir les artistes, accumuler les fonds nécessaires puis d’être rejoint par un troisième acolyte (Oshkossh), la première sortie voit le jour le 20 mai 2019. Une première release sous la forme d’un Various Artist : Central Nervous System (DSP001) distribué par Juno. Une compilation allant de l’electro à la techno en passant par la house sur la face B. Un peu déçu par l’expérience avec Juno, on décide de regarder un peu à ce qu’il existe en terme de distributeurs plus portés vers les labels indépendants. La seconde release, moins d’un an plus tard, se fera donc via Subwax, en mars 2020. Une deuxième compilation naviguant entre electro et braindance : Outer Solar System (DSP002).”


Merci à toi pour le temps que tu nous as accordé !


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Manon Vincent I 10.05.2020

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