Fermeture du Void : à Bordeaux, la culture alternative rend son dernier souffle

La pandémie leur aura asséné le coup de grâce. Le 11 janvier prochain, le Void fermera définitivement ses portes. Sa situation financière, déjà précaire, n’a pas résisté à la crise sanitaire. Situé dans le centre-ville de Bordeaux, ce lieu de culture alternative était devenu emblématique. Il laissera derrière lui des artistes contraints de chercher un point de chute équivalent.

© Nicolas Plessis / CELA via Be One The Vision

Le Void était unique en son genre. Ce mardi après-midi, au 58 rue du Mirail, le rideau de fer est baissé. La rue est silencieuse, seules quelques poubelles se sont agglutinées devant l’entrée.

« Il y avait ce côté un peu comme à la maison, l’endroit où on se sent forcément bien. Pour les soirées, de mon côté, c'était essentiellement des concerts, même si l'équipe se démenait pas mal pour organiser aussi des projections, des expos, des performances, etc. Même si on s'y rendait seul(e), on croisait forcément des gens sympas, des têtes connues. »

C’est un avant-goût de l’ambiance de 2021, lorsque la salle sera définitivement fermée. Avant d’être le Void, le 58 rue du Mirail a été le Zoobizarre, le Plug et l’Heretic. Depuis 1997, cette salle accueille de multiples formes d’art alternatif. Géraldine, une habituée, raconte : « Il y avait ce côté un peu comme à la maison, l’endroit où on se sent forcément bien. Pour les soirées, de mon côté, c'était essentiellement des concerts, même si l'équipe se démenait pas mal pour organiser aussi des projections, des expos, des performances, etc. Même si on s'y rendait seul(e), on croisait forcément des gens sympas, des têtes connues.»


Fidèle amateur, Aymeric confie : « C’est un des rares lieux de culture où je pouvais aller les yeux fermés. Peu importe la soirée, le style de musique, les artistes, l'atmosphère si particulière du Void était toujours présente, tout comme les frissons que j'avais au moment de la descente des escaliers. »

© Nicolas Plessis / CELA via Be One The Vision
« Ça en faisait un lieu de vie et pas une salle de concert lambda. Le noyau dur de l'équipe était constitué de personnes jouant elles-mêmes. J'y ai joué plusieurs dizaines de fois. J'allais au Void car c'était une des brèches pas encore colmatée dans le vernis culturel bordelais. »

Le Void avait une identité bien particulière, une ambiance qui le caractérisait:

« Le Void était soutenu par ses bénévoles, des passionné-e-s, sans ambition autre que celle de faire vivre la contre-culture dans plusieurs de ses incarnations, » explique Olivier, musicien, pour qui le 58 rue du Mirail était un lieu familier. « Ça en faisait un lieu de vie et pas une salle de concert lambda. Le noyau dur de l'équipe était constitué de personnes jouant elles-mêmes. J'y ai joué plusieurs dizaines de fois. J'allais au Void car c'était une des brèches pas encore colmatée dans le vernis culturel bordelais. »

Adrian, lui aussi musicien, se souvient : « Ce lieu m'a permis de découvrir énormément d'artistes, de nouveaux styles musicaux, et surtout énormément de personnes, et pour certaines avec lesquelles je joue actuellement de la musique. Donc il a eu un énorme impact sur moi. »

© Nicolas Plessis / CELA via Be One The Vision
« La ville perd un acteur socio-culturel très fort. C’était une asso qui partageait un amour de la musique, un lieu de passage où les artistes peuvent venir, jouer leur musique, exprimer leur art. Il n’y en a plus énormément sur Bordeaux et c’est ce qu’on perd un peu »

« C'était la dernière vraie salle de concert. L'alternative se résume à quelques bars faisant jouer des petits groupes…. Ça dépanne on va dire, mais ça ne remplacera jamais le Void » regrette Adrian. « Le Void louait souvent sa salle à des groupes n'ayant pas forcément les moyens de jouer dans des salles institutionnalisées, avec label. Désormais, je ne sais pas trop où les assos vont poser leur bazar créatif, les groupes jouer ou même enregistrer, » explique Géraldine.


Serge Morghen et Roger Mvouma, acteurs de la culture bordelaise avec leur association Be One The Vision, sont préoccupés. « La ville perd un acteur socio-culturel très fort. C’était une asso qui partageait un amour de la musique, un lieu de passage où les artistes peuvent venir, jouer leur musique, exprimer leur art. Il n’y en a plus énormément sur Bordeaux et c’est ce qu’on perd un peu » s’inquiètent-t-ils.

Pour les habitués du Void, il ne reste plus qu’à espérer que la culture alternative bordelaise renaîtra de ses cendres.


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Nolwenn Tournoux I 28.10.2020