Fils Cara : la musique à l’état pur

Dernière mise à jour : 19 juin 2020

Feather a rencontré l’artiste Fils Cara. Une rencontre qui eu lieu derrière un écran mais qui n’en fut pas moins vibrante et intéressante. Le jeune artiste passionné nous conte les inspirations derrière son nouveau titre Derniers dans le monde et celles qui portent ses projets à venir. Découvrez cet entretien aussi intime que universel dans lequel Fils Cara dévoile sa sensibilité, ses ambitions ainsi que ses rêveries…

© Andrea Montano

Ton dernier titre Derniers dans le monde est à la fois nostalgique et joyeux, léger et lourd de sens. Qu’est-ce qui t’a inspiré ? Est-ce une ode à ta génération ?

Merci avant tout d’avoir relevé l’équilibre dans ce que je cherche le moins du monde à mesurer. Mes chansons, ce sont des fragments de vérités qui s’agglutinent en fabriquant des Fictions, et c’est grâce à la recherche musicale qu’on expérimente avec mon équipe de jeunes génies qu’on arrive à trouver le stade funambule de la bonne idée.


Je pense toujours qu’il y a un retour à ce qu’on donne, en mots, en sons ou en gestes. C’est hérité des plus belles philosophies et de la science de la terre, c’est la racine crustale en géologie. Là où il y a un relief positif, comme une montagne, par compensation il y a un relief négatif sous l’asthénosphère. Mes ancêtres mineurs qui oubliaient la couleur du ciel pourraient certainement mieux le dire que moi, la roche se brise depuis la faille. Je fais en sorte de m’amuser toujours, et d’à la fois faire confiance à ce que je raconte, sinon certainement je ferais de la musique inodore.


Bien sûr que c’est un ode à ma génération ! Toutes les chansons devraient être des odes à la génération qui les voit naître, tu entends ça chez Dylan dans Blowing in the Wind, avant dans Donna Donna de Sholom Secunda et Aaron Zeitlin, ce sont des odes en ce sens qu’elles disent de leur temps toute la complexité en quelques motifs. Alors l’ambition d’une chanson doit être aussi grande, mais c’est impossible à prévoir. Notre conscience est spatiale plus que temporelle et Derniers Dans Le Monde raconte ça, comment on choisit de se placer face à la possible fin de tout, moi j’ai décidé de plier mes vieux vêtements. Ça fait plusieurs années que je pense à écrire sur le déclin mais je souffrais comme beaucoup de mâles blancs d’un béant trou dans les yeux, aujourd’hui j’essaye de regarder avec ma bouche et je vois bien mieux. Enfin, Derniers Dans Le Monde c’est un beau morceau de pop music et je ne me voyais pas dire ce que j’avais à dire dedans sur autre chose que ce support.


Les visuels des chansons Nanna, Cigogne et Contre-jour m’ont fait pensé à Rosalia et à l’histoire visuelle qu’elle raconte dans El Mal Querer, est-ce une artiste qui t’inspire ?

Quelle est la signification derrière le clip mystique de Nanna ?

Merci là encore d’avoir remarqué le travail centrifuge et délicat qu’on a pensé avec la direction artistique, Antoine Bisou, mon cher ami directeur de Microqlima et Global, un duo de réalisateurs très cultivés et énergiques chez Partizan. Rosalia est une des personnalités les plus inspirantes de notre époque ça me semble assez évident. Il faut avoir une âme immense pour abattre autant de travail, ce qu’elle s’impose, la rigueur avec laquelle elle se fond de plus en plus avec sa discipline du flamenco tout à la fois qu’elle se forme en pop-star internationale, c’est un modèle pour n’importe lequel d’entre nous, jeunes artistes, qui voudrait se sentir aligné absolument avec son contenu et à la fois remporter des Grammys.


Je me sens très proche d’elle car elle est à la recherche de l’Album, au sens où Mallarmé était à la recherche du Livre, celui qui contiendrait la vie entière, ou ton, au monde serait fondu écrit. En ce sens, elle l’a fait. Dans El mal querer tout de son monde à elle est là, sa culture, son corps, son écriture et son génie. Qui peut faire mieux que s’accomplir totalement à être soi-même ? C’est ce que je cherche à faire oui. Pour en revenir aux clips, ma recherche visuelle bien qu’elle semble similaire fait en réalité partie d’un monde distinct, ce sont des symboles de différentes mythologies qui se retrouve au même endroit. Chez Rosalia, c’est de sa culture actuelle et vécue - et des analogies qu’on peut faire entre les objets et leurs fonctions - que deviennent les images, mais en vérité on partage le goût pour les vestiges symboliques de nos cultures en en cela tu as tout à fait raison, c’est le même cheminement.


Le clip de Nanna en particulier, c’était histoire de s’inscrire dans une période de l’histoire de l’art qui me fascine, la peinture byzantine vers le Xe siècle qui va nourrir toute la Renaissance italienne plus tard via Giotto. C’est très courant les icônes sur fond d’or dans la peinture pré-renaissante mais un peu moins sur YouTube en 2020, alors, toujours dans l’idée de s’amuser, on l’a fait.

Tu as fait hommage à ton label Microqlima dans ton dernier clip, était-ce difficile pour toi de t’entourer de gens de confiance dans le milieu de la musique ? Comment as-tu réussi à conserver ton indépendance ?

Mon dernier clip est réalisé par Felower. Il faut dire que pour le temps imparti dans lequel il a été fabriqué, je n’osais pas lui en demander trop, le modelage 3D c’est très fastidieux. C’est lui, pour être tout à fait honnête, qui m’a proposé de déposer cette fleur-moulin à vent sur le piano, j’avais pensé à insérer le logo dans une éolienne au second plan mais il a trouvé la meilleure manière de le faire apparaître.


C’est très compliqué de s’entourer, encore plus de trouver des gens aussi formidables dans un projet de la taille médiatique du mien. J’ai à la fois une chance immense et le mérite d’avoir été radical dans ma démarche dès le départ, ce qui a plu je pense à Antoine puis à mes manageuses puis à mon tourneur Antonin Despins. Depuis je tente de trouver l’énergie centrifuge entre tous ces pôles. Ces derniers mois sans contact proche avec les partenaires m’ont permis de me rendre compte que c’est difficile de travailler à distance un projet en développement, car on a tous des temporalités très diverses et la rigueur est dure à trouver. Ce qu’il faut comprendre c’est que la nature même de ce qu’implique l’indépendance, au sens du mot « label indépendant », c’est d’être rigoureux ensemble, c’est un synonyme.


Indépendant, c’est rendre compte pour compte ce que tu dois, c’est la définition civile. C’est la deuxième phase d’un projet en développement. On est ici pour rire et vivre ensemble dans une direction artistique commune, on est ici aussi pour gagner beaucoup d’argent ensemble grâce au savant mélange de toutes nos compétences. C’est la principale raison pour laquelle il ne faut pas perdre la lucidité sur la culture des humains avec lesquels on travaille et toujours réduire au minimum son entourage professionnel.

© PE Testard

Le « Cara Football Club » que tu chantes dans le titre CFC représente ton entourage, ton équipe, ton héritage, ta famille ?

C’est un club de foot imaginaire dans lequel je sélectionne chaque saison 22 génies du ballon rond pour m’accompagner jusqu’en finale. Cette saison ce sont : Elli, Valentine, Morgane, Romain, Alexandra, Antoine, Juliette, Mélissa, Antonin, Pascal, Louis Gabriel, Francis, Lucas, Simon Gaspard, Moussa, Cara, Ash, Alex, Zoé, David, Laure et Julia qui sont sur le terrain


Qu’est-ce que ton enfance à Saint-Etienne a apporté à ta musique ?

J’ai tendance à penser que la géographie et l’écriture se ressemble, Saint-Etienne c’est le lieu que je connais le mieux car je n’ai pas encore l’âge d’avoir habité autre part plus longtemps que cette ville, alors mon écriture, c’est Saint-Etienne.