Kamikaze de l’amour nous parle de la musique underground


Au début du mois, dans une petite rue du quartier Saint Michel, la pluie a semblé s’arrêter pour le premier concert organisé par un personnage bien mystérieux : Kamikaze de l’amour. Le Wunderbar, bar rock bordelais, accueillait le groupe toulousain post punk/cold wave Blind Delon. Dès notre entrée dans la petite salle, une atmosphère chaude s’empare de nos corps et nous invite à nous balancer au rythme de basses ronronnantes.


Illustration Kamikaze de l'amour

Blind Delon, groupe toulousain, se compose de trois musiciens maniant guitare électrique, basse, synthétiseurs et table de mixage.

Les résonances abyssales offertes par les différents effets (réverbérations, saturations,…) et des riffs électrisants abolissent tous nos repères temporels en produisant une musique presque hypnotique. Sur place, il est bien difficile de circuler tant les spectateurs sont suspendus à la berceuse diabolique de Blind Delon.


© Blind Delon - Blind Delon

Quelques jours plus tard, dans un café bordelais, Kamikaze de l’amour accepte de nous en livrer un peu plus sur le milieu dans lequel elle a grandi : celui de la musique underground.

L’adjectif « underground », comme sa traduction « souterrain », désigne les artistes/groupes dont la renommée reste discrète (cercle d’amis, passionnés…) et implique une dimension alternative. On délaisse alors le circuit commercial classique de la musique, au profit de fortes revendications (politiques surtout).


De Toulouse à Bordeaux, Kamikaze de l’amour débarque avec sa musique


Tout commence par l’histoire d’une jeune fille toulousaine qui, adolescente, est tombée par hasard sur un concert qui marqua le début d’une longue passion pour la musique et la rencontre.

Au coeur de la ville rose, elle commence ainsi à découvrir différents styles musicaux underground : cold wave, post-punk, new wave, punk, punk rock, garage, power pop, Oï!... Tous ces styles peuvent s’influencer les uns les autres, se mélanger même. Ils impliquent des styles vestimentaires propres, qui sont un élément important pour chacun de ces mouvements.


Très active sur plusieurs associations toulousaines, Kamikaze de l’amour a posé cependant ses valises pour une durée indéterminée à Bordeaux.

En arrivant, elle découvre qu’une chanson qu’elle apprécie tout particulièrement, Kamikaze de l’amour du groupe Les Bavarians (sortie en 2010 sous le label Pouet!), est très populaire dans le milieu bordelais alors qu’elle était peu connue à Toulouse. Elle décide alors de nommer ainsi son projet et monte son association.



Quand la musique rassemble les passionnés


Kamikaze de l’amour nous décrit ce milieu comme un « microcosme », soit une petite société dans laquelle les gens se regroupent, partagent des idées, s’aident et montent des projets autour d’une même passion : celle de la musique.

Elle prend le temps de nous parler de l’identité et de l’esprit très familial de ce microcosme, qui, à la manière d’une école de la vie, lui a permis de devenir ce qu’elle est.


Kamikaze de l’amour a construit sa vie autour de la musique : les liens humains tissés avec des passionnés de toute la France lui permettent de pouvoir naviguer de ville en ville mais surtout d’organiser des concerts dans presque tout le pays, « sauf à Lille ! » (rires). Ces liens favorisent la mise en valeur des artistes et leur permettent de jouer dans différentes villes, devant des publics différents. Elle souligne aussi l’importance de laisser libre le prix d’entrée des concerts, mais évoque aussi la nécessité de pouvoir rémunérer correctement le travail des musiciens.


Lors de ces événements, le lieu qui accueille le concert a une grande importance (ambiance, style du bar, fréquentation,…). Ainsi, Kamikaze de l’amour a investi le Wunderbar pour son premier concert. Elle décrit le bar comme un lieu très emblématique du milieu underground bordelais (comme le sont le Chien Stupide à Nantes, le Ravelin à Toulouse ou encore l’Espace B à Paris).


Affiche de Lou L'enfer - Blind Delon

La musique underground dans les villes


D’après elle, les villes qui restent les plus actives en la matière sont Rennes, Nantes, Toulouse, Marseille, Bruxelles et Paris. Chacune d’entre elles se rattachent à un mouvement, à un certain style musical. Quand on évoque Bordeaux, elle nous fait rapidement comprendre que la situation est un peu plus compliquée.

Elle explique que le milieu bordelais lui apparaît plus sectaire et que les gens lui semblent moins motivés, à la différence de Toulouse où l’on trouve généralement des concerts tous les soirs, même en début de semaine.


D’après Kamikaze de l’amour, cette différence pourrait notamment s’expliquer par un événement survenu en 2016. Il faut savoir que bon nombre des concerts de musique underground se déroulent dans les caves des bars, aménagées en piste de danse.

Or au Cuba Libre, un petit bar de Rouen, 14 personnes ont péri dans les flammes de la cave aménagée en boite de nuit. Celle-ci n’était ni déclarée, ni adaptée aux normes de sécurité. A la suite de ce triste événement, les contrôles de sécurité devinrent plus importants.

Ainsi entre 2017 et 2018, comme le Wunderbar à Bordeaux, La Mécanique Ondulatoire ou l’Espace B à Paris, près de cent bars français ont dû se résoudre à fermer l’accès à leur cave. La seule ville qui n’a pas vraiment été impactée par cette réglementation plus rigide est Toulouse, car elle propose majoritairement des bars où les concerts ont lieu au rez-de-chaussée.


Kamikaze de l’amour précise que le milieu laisse une totale liberté à chacun dans son ressenti autour de la musique: « Chacun peut s’approprier la musique à sa manière. C’est subjectif, comme la poésie ».

Avec un sourire en coin, la jeune fille convie chaque âme curieuse à venir se délecter de ses prochains concerts au coeur de la Belle Endormie.


© David Gahr_Getty images - Patti Smith, la maman du punk rock

Mais alors… underground ou pas underground ?


Même si la musique underground française se caractérisait au départ par la marginalité et la discrétion, s'exerçait avec peu de moyens, échappait au circuit classique du marché de la musique et prônait des revendications politiques, la situation a tout de même évolué en France ces derniers temps.


Aujourd’hui, ces mouvements dits “underground” sont davantage visibles et accessibles, même s'ils restent encore un peu discrets. De plus, on assiste à un “phénomène de récupération des marges” dans le sens où les comportements sociaux évoluent parfois en récupérant certains éléments de la culture underground. Celle-ci acquiert alors une certaine popularité : c’est à partir de ce moment-là que la définition classique de l’underground peut devenir floue.

C’est par exemple le cas du street art, auparavant considéré comme du vandalisme, qui se vend aujourd’hui à des prix pouvant monter extrêmement haut et demeure un art populaire.

Il semblerait alors que ces mouvements musicaux tendent à s’ouvrir peu à peu...


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Luna Salanave I 26/11/2018