Brutalement honnêtes : The Liars Club

Aujourd’hui, on va vous parler de ce que le Royaume Uni a fait de mieux. Ce ne sont ni les joyaux de la couronne, ni les brunchs, ni même les Spice Girls. La vraie révolution culturelle vient de la classe ouvrière, des petites villes et quartiers populaires, du fond des pubs. Vous vous en doutez : il s’agit du rock alternatif, et du punk en particulier.

A l’occasion de la sortie de leurs second EP, Of self, nous avons eu le plaisir de rencontrer Frank et Noah de The Liars Club.

© A Supreme Shot

A l’origine, The Liars Club, c’est quatre amis d’enfance; Noah Johnson (chant), Daniel Milmine (guitare), Matt Southwell (batterie), Jake Davies (bassiste décédé en 2018) et plus récemment Frank Kendall (basse); originaires de Barrow In Furness, une ville industrielle du nord-ouest de l’Angleterre :

Barrow In Furness est une ville grise. Mais c’est là d’où l’on vient, quelque part, ça fait partie de nous.

On les compare souvent à IDLES (post-hardcore, post-punk) ou encore au Viagra Boys (noise-punk), mais The Liars Club n’entend pas s’arrêter à l’étiquette de groupe punk :


Noah : On ne se cantonne pas à une seule zone, tu vois ? Alors oui, la plupart des chansons que l’on a produites précédemment étaient très punk, l’EP que l’on s’apprête à sortir est plutôt post punk… Mais en fait on écoute vraiment beaucoup de genres différents, on a des inspirations très diverses. J’écoute constamment un type qui s’appelle Mdou Moctar, qui vient du Niger, il fait de la musique inspirée (je crois) par la musique tribale sud africaine mais aussi par le jazz, différentes choses, et quand on compose avec des choses très différentes ça donne quelque chose de beau. Écouter divers artistes, avec des genres différents, ça permet de créer de la nouveauté.


Frank : C’est un terrain commun je pense.


Noah : Ouais, on s’assemble tous au milieu, toutes nos larmes se rejoignent, c’est ça notre musique.

© Reco.Real

Le premier EP de The Liars Club, Dormant, est sorti il y a tout juste trois ans, remportant au passage un certain succès. Cependant on constate une nette évolution entre Dormant et l’EP prêt à sortir :


Noah : J’imagine qu’un genre de … simplicité se dégage du premier EP. Tu t’en rends compte, en tant que groupe, quand tu progresses vers quelque chose de nouveau. Et quand je dis « progresser » je ne veux pas dire en matière de talent mais plutôt en termes d’expérience. Ça se met, en quelque sorte, en mouvement vers la création de beaucoup beaucoup de musique. Et je pense que la différence principale entre ces deux EP c’est que le dernier est plus construit. Je pense qu’il y a beaucoup de potentiel dans ce nouvel EP.

On pourrait aller dans une direction complètement différente la prochaine fois. L’une des choses que j’aime chez le groupe, c’est que l’on fait de la musique qui nous plait, sans se soucier de notre étiquette

Frank : Ça fait un moment que l’on joue ces chansons, mais ce que l’on écrit ces temps-ci devient de plus en plus mature.


Noah : On pourrait aller dans une direction complètement différente la prochaine fois. L’une des choses que j’aime chez le groupe, c’est que l’on fait de la musique qui nous plait, sans se soucier de notre étiquette. On a créé cet EP punk mais on pourrait faire quelque chose de complètement différent.


Of self se démarque notamment par des sujets crus abordés avec des paroles percutantes. Difficile de passer à côté de 8 tonnes, un titre qui fait référence à la quantité de cocaïne consommée chaque année par les londoniens et traite de l’addiction.

Noah : On est pas dans l’optique de dire à qui que ce soit que faire. Je crois que les paroles que j’écris tendent à mettre en place un élément de clarté sur ce qu’il se passe. Quand tu penses à des sujets comme le crime à l’arme blanche, ou la toxicomanie… ce ne sont pas des sujets auxquels on songe quotidiennement mais j’écris pour dire que ça arrive. Pas pour dire que ça devrait être comme ci ou pas comme ça mais pour dire que c’est ce que c’est. On en a été les témoins tous les jours, comme beaucoup de gens.

Je n’ai pas l’impression que ce soit ma mission, je me sens juste à l'aise avec le fait d’écrire dessus.


Au fil de la conversation autour du processus créatif du groupe on se rend compte que l’on a affaire à de vrais acharnés :


Frank : On crée diverses pistes de morceaux sur lesquels on travaille encore et encore. Certaines de nos chansons sont en réserve depuis quelques temps.


Noah : Par exemple, Cactus, le dernier track de l’EP, est dans notre réserve depuis 3 ans.

On a de la place pour s'améliorer, de la place pour créer. Il manque encore quelque chose mais je pense qu'éventuellement, on y arrivera.

Frank : Il faut continuer à chercher en fait. Je pense que s’il n’y avait rien que nous ne voulions améliorer alors... à quoi bon ?


Comme évoqué plus haut, le groupe a perdu un membre après Dormant. Jake s’est donné la mort dans les mois qui ont suivi la sortie de l’EP. The Liars Club a alors entrepris de jouer des concerts de sensibilisation à la santé mentale. Est ce que l’écriture d’ Of self ferait partie de leur processus de deuil ?

Continuer le groupe c’est presque comme faire vivre son héritage. Il a contribué à créer ce groupe, et à créer cette piste vers laquelle aller, dans le futur.

Noah : Oh je ne suis pas sûre d’y avoir déjà pensé de cette façon ! Je pense qu’il y a de ça pour moi. Continuer le groupe c’est presque comme faire vivre son héritage. Il a contribué à créer ce groupe, et à créer cette piste vers laquelle aller, dans le futur. J’imagine que c’est un… un hommage. Je crois que dans la manière dont je conçois la musique il y a l’idée de lui rendre hommage.

The Liars Club n’a qu’une hâte, rejouer sur scène :


Frank : Les concerts sont ce qui nous le plus. C’est ce qui nous permet d’avoir un retour direct du public.


De notre côté, on a plus qu’envie de traverser la Manche pour aller pogoter avec eux. En attendant vous pourrez retrouver Of Self de The Liars Club sur toutes les bonnes plateformes de streaming dès le 18 juin.


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Maeva Gourbeyre I 16.06.2021