Un “Dimanche” avec Emma Peters

Lors des Francofolies de la Rochelle, nous avons eu le plaisir de rencontrer Emma Peters avant son concert complet à la Coursive. On a parlé de son premier albumDimanche”, de ses débuts sur les réseaux sociaux, de ses inspirations et de quelques anecdotes.


© Clémence Roger

Salut Emma, tu te sens prête pour ce soir?


Oui, on vient de finir les balances, ça s’est très bien passé. La salle est à l’intérieur, aujourd’hui ça fait du bien !


On va parler de ton album, de ton parcours... D’abord, pourquoi as-tu appelé ton premier album “Dimanche”?


Mon album s’appelle “Dimanche” car c’est mon jour préféré. A l’époque, quand je travaillais, c’était le jour où je ne bossais pas donc j’avais du temps pour faire de la musique et poster les vidéos sur les réseaux sociaux. C’était mon jour de prise de parole avec ma communauté sur Instagram et YouTube. Tous les dimanches, je postais une reprise donc c’est devenu mon jour porte bonheur. Quand j’ai cherché un nom pour l’album, je n’ai pas cherché longtemps, c’est venu naturellement. En plus, lorsque j’ai commencé à écrire des chansons, je les enregistrais sur mon ordinateur dans un dossier qui s’appelait “dimanche soir”. Cela ressemblait un peu à un album vu que c’était un enchaînement de maquettes. Je trouvais ça vraiment fou que ça puisse exister un jour dans la vraie vie. On y est !


Tu parles de tes débuts sur les réseaux sociaux. Il me semble que tu as commencé avec YouTube, pourquoi ? Comment as-tu eu envie de te lancer devant tout le monde ?


Au début, c’est ma petite sœur qui m’a motivée. A l’origine, on avait créé une chaîne YouTube qui s’appelait les “Peters Sisters”. On s’était dit qu’on allait reproduire ce qu’on faisait à la maison, c’est-à-dire chanter, en se filmant. Je viens d’une famille où on fait beaucoup de musique et on chante tout le temps, donc c’était juste histoire de le partager un peu plus avec la famille et les potes. Au final, cette chaîne a existé mais on ne l’a pas du tout alimentée pendant des années. Moi, après, quand j’ai eu le courage de me filmer, j’ai commencé à poster. Ce n’est pas anodin comme démarche. Quand tu es ado, tu fais attention, tu n’as pas envie de faire pitié, tu te demandes ce qu’ils vont dire au lycée, il faut quand même avoir confiance. Donc j’ai attendu de grandir un peu plus, et vers mes 18/19 ans, j’ai repris le contrôle de cette chaîne YouTube.

Au début, je n'avais même pas 200 abonnés. Puis petit à petit, les vues ont grimpé, les commentaires, les partages et ça a fini par créer une petite base. Quand cela a commencé à être vraiment sérieux sur les réseaux sociaux, que je me donnais du mal, c’était en 2020 donc pendant le covid. La meilleure année… J’ai toujours été très bonne en timing !

© Clémence Roger

D’où te vient l’inspiration pour écrire tes chansons ?


Au début, je pensais que je n’étais pas capable d’écrire des chansons donc je ne me donnais pas le luxe d’essayer. Je pensais que je ne parlais pas assez bien, j’imaginais que pour faire de la musique, il fallait des belles phrases, des grandes métaphores, que ce soit poétique. A la maison, on écoutait Starmania, Michel Berger, Véronique Sanson… donc j’avais un peu cette image-là. Et en même temps, je n’osais pas écrire comme le rap français que j’adore et que je reprenais. Je me disais que je n’étais peut-être pas forcément légitime, que ça n’allait pas bien sonner.


Comment as-tu eu le déclic ?


Cela a pris beaucoup de temps. J’ai commencé à écrire des chansons mais beaucoup sur la réserve. J’essayais de trouver des synonymes ou de contourner ce que j’avais vraiment en tête. Le déclic est venu lorsque j’ai rencontré Philippe Ascoli, un directeur artistique avec qui je travaille aujourd’hui. Quand on s’est rencontrés, il m’a dit que j’avais une énergie en moi qui était assez brute, honnête, et qu’il fallait justement que je l’exploite. Il m’a juste donné la confiance qui me manquait, en quelques mots. Je suis rentrée chez moi, j’ai écrit la chanson “Fou”, qui est la toute première chanson que l’on a sorti. Puis, l’album a découlé pendant le confinement où j’ai eu du temps. Tu passes par des phases de doutes, de remises en question, donc c’est aussi très inspirant.


Justement tu écris des textes plutôt mélancoliques, alors que les visuels de ton album sont très colorés. C’est ton envie de contre-balancer ton univers ?


J’ai ces deux côtés en moi. Par exemple, j’en parle beaucoup dans la chanson “Je mens” sur l’album. Je mets l’ambiance, je fais des blagues, on rigole beaucoup avec ma bande de potes, on fait des conneries tout le temps. J’ai toujours eu ce rôle alors que j’ai beaucoup de mélancolie en moi. Un jour, un abonné m’a dit “à mon avis, tu dois être une personne à Haut Potentiel Émotionnel". Je pense que je suis très empathique, c’est facile de me piquer. J’ai vraiment ces deux côtés, c’est un peu une carapace aussi. C’est forcément balancé dans ce que j’écris qui est très proche de moi, intime, parce que je m’inspire vraiment de ce que je suis et de ce que je vis. Forcément, il y a cette période de mélancolie qui ressort. Mais, ce que j’ai envie de montrer de ma vie, de mon image, c’est plus coloré.


Tu es toujours accompagnée de ta guitare. Comment as-tu appris cet instrument ?


Mon grand-père jouait de la guitare. Quand j’étais petite, au troisième étage de sa maison, il y avait une espèce de salle de musique où il nous enregistrait. Récemment, il m’a offert une clé USB où il a fait numériser des enregistrements de quand j’avais 5/6 ans. Je chantais des comptines, c’est trop drôle. Avec lui, je m’enregistrais souvent dans un micro et lui jouait de la guitare. Je voulais faire comme lui, donc j’ai pris des cours de guitare. C’est lui qui m’a donné envie d’en jouer. J’ai pris des cours dès l’âge de 7 ans, pendant presque dix ans. Je jouais beaucoup de guitare classique, du jazz, de la bossa nova. Il fallait une posture très classique, c’était très cadré, ça m’énervait.

Quand j’avais 10 ans, mon prof particulier m’avait inscrite à un concours pour passer le premier niveau avec un jury. Il fallait absolument un repose-pied pour porter la guitare sur le côté. J’avais fait exprès de l’oublier dans les coulisses, pour arriver et dire “je vous emmerde, je vais jouer de la guitare comme ça” (en croisant les jambes). Je me suis pris un blâme. Je l’ai quand même eu avec mention assez bien mais mon professeur a compris que ce n’était pas la peine de refaire des longues heures de route pour des concours. Je n’ai donc eu aucun autre diplôme de guitare et j’en joue toujours en croisant les jambes. Après, il a su que je chantais donc il m’a sorti du classique et m’a appris à m’accompagner à la guitare avec les différents accords.


© Clémence Roger

Tu as collaboré avec Ben Mazué sur le titre ”Allez salut” qui figure sur ton album. Comment ça s’est passé ?


Oui, c’est la seule chanson de l’album que je n’ai pas écrite. C’est une histoire de dingue que je raconte à chaque fois sur scène. Un matin, je regardais mes DM sur Instagram, et là je vois un message de Ben Mazué. On ne s’était jamais vus ni parlés. Il m’a écrit un long message pour me dire qu’il travaillait sur la réédition de son album. Il me dit qu’il pense qu’il a fait un peu trop de chansons de rupture à son goût, et donc qu’il y a cette chanson (Allez salut) qui raconte encore une rupture. Il m’explique qu’il a décidé de ne pas la chanter, et qu’elle lui faisait penser à moi. Il me propose de m’envoyer la démo si l’idée me plait. J’étais en folie. J’ai appelé mes parents pour leur dire “c’est fou, j’ai une maquette de Ben Mazué”. Je l’écoute, je beugue sur le texte parce qu’effectivement ça me ressemble alors qu’on ne s’était jamais rencontrés. Donc je me suis dit que j’allais la chanter comme une cover, l’adapter à mon univers. J’ai gardé un thème au piano sur toute la chanson, j’ai rajouté les guitares, je suis allée en studio avec Dave et on a fait toute la prod autour. Je me suis dit qu’il fallait vraiment que ce soit ma chanson. Mais si tu connais bien Ben Mazué, tu reconnais directement dans le phrasé que ça vient de lui. Au final, je lui ai envoyé ma maquette, il m’a dit que c’était super bien, et voilà. En plus, elle s’intégrait vraiment bien au projet. Ensuite on s’est rencontrés, il m’a proposé de faire ses premières parties, et même une de mes premières parties.


Tu peux nous raconter cette histoire?


Je me souviens que c’était un mercredi, j’étais sur mon canapé, je regardais la télé et je venais d’annoncer la pochette et la date de sortie de mon album. Je vois que Ben Mazué m’appelle. Il me félicite pour la pochette, il parle pendant 5 minutes de l’album mais je me dis qu’il ne m’appelle pas seulement pour ça. Puis, il me dit “du coup, j’ai deux choses à te proposer : la première chose c’est que je fais une tournée des zéniths, est-ce que tu veux être ma première partie?”. Déjà, c’est incroyable. Puis, il me dit “la deuxième chose, j’aimerais bien, moi aussi, faire une de tes premières parties. Ça m'amuse, je trouve ça marrant. Pour moi, c’est aussi un exercice avec un autre public.” Je lui explique que je joue bientôt à la Maroquinerie à Paris, il me dit “Ok, je suis dispo, je chante en guitare/voix, je fais 4-5 titres, et on le dit à personne”. Donc on a rien dit, on a vraiment gardé la surprise au maximum. C’était fou. Le jour du concert, je me suis cachée derrière le rideau en disant “Je ne suis pas prête, par contre, il y a un jeune garçon avec beaucoup de talent qui va faire ma première partie. Il va falloir être sympa parce qu’il n’a pas trop l’habitude, il est plutôt sur un calibre Zénith en ce moment. Je vous demande de faire du bruit pour Ben Mazué”. Les gens étaient choqués, c’était trop stylé. Puis, faire une dizaine de ses premières parties, c’était incroyable aussi.



Dernière question, si quelqu’un ne te connaît pas, quelle chanson de ton album tu lui conseillerais d’écouter?


Ça dépend du mood de la personne. Si c’est quelqu’un qui vient plus du rap, plutôt à l’écoute des textes, je pense qu’il peut écouter “Lové”. Si c’est ta maman, je lui ferai écouter “Le temps passe”, qui est un peu plus été, plus dansant. Cela dépend de l’âge et de l’envie. Il y en a pour tout le monde !


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Clémence Roger ⎮ 31/07/2022