Derrière l’affiche du FIFIB, Le Countach Studio

Dernière mise à jour : 1 nov.

Pour cette troisième année de collaboration avec le FIFIB (Festival international du film indépendant de Bordeaux), le duo de designer et graphiste Malak Mebkhout et Fabien Saura du Countach Studio avait carte blanche. Cette affiche boucle une trilogie expérimentale et futuristela liberté de récit du graphisme se mêle à celle du cinéma.

© Izia Rouviller

À la tête du Countach Studio, Malak Mebkhout et Fabien Saura. Elle est spécialisée en architecture et en design, lui est graphiste. L’une arbore des ongles manucurés à l’effigie du FIFIB, l’autre, des taches d’encre sur ses doigts. Depuis trois ans, ils sont les petites mains qui s’activent dans l’ombre pour concevoir les affiches du FIFIB, leur voisin de la Fabrique Pola. Cette année, ils ont imaginé une silhouette de marbre méditative surgie d’une pénombre insondable, irradiant de tons bleutés et rosés.


Comment est née cette collaboration avec le FIFIB ?

Malak Mebkhout : Ils nous ont proposé de travailler ensemble lorsqu’ils ont arrêté leur collaboration avec la graphiste précédente. On a eu l’idée de reprendre l’identité du FIFIB sous la forme d’une trilogie : trois années consécutives pour un projet en trois actes.

Pour ses trois années de collaboration avec le FIFIB, le Countach Studio a imaginé une « trilogie » : « la catastrophe», « la transformation », et « le monde d’après ». © Countach Studio / FIFIB


Comment avez-vous conçu l’identité graphique de l’affiche ?

Fabien Saura : Quand le FIFIB est venu nous voir, c’était le premier confinement en 2020. On était chez nous, enfermés. On est partis du constat que la réalité ressemblait à un film de science-fiction : c’est de ce film-là dont on voulait parler. On a déstructuré l’affiche de science-fiction et ses clichés, avec une typographie un peu futuriste, pour mettre en avant une catastrophe. La catastrophe à l’époque c’était le contact, le toucher. C’est ce qu’on a voulu mettre en avant sur l’affiche, qu’on a traitée avec une caméra thermique. Ça, c’était le premier chapitre. La deuxième année, on a voulu parler d’une transformation. On a utilisé l’image issue du teaser d’Alexis Langlois, Grand Prix du court métrage en 2019. L’idée c’était de montrer une transformation corporelle avec un shooting vidéo un peu glamour qui dégénère vers le gore. La troisième, c’était le monde d’après, un constat de ce qui a changé.

Pour cette typographie underground, le Countach Studio a imaginé une « gravure un peu vandale réalisée sur un écran ou sur une vitre ». © Countach Studio / FIFIB


Et qu’est-ce qui a changé ?

Fabien Saura : Une numérisation évidente de la société, et en parallèle le développement de mondes tels que le métavers, annoncé comme le lieu de tous les possibles. L’esthétique finale proposée par Mark Zuckerberg était un peu déceptive par rapport à ce que le cinéma avait imaginé. Personnellement, ça ne nous fait pas rêver quand tu compares à des Tron, Space Jam ou Matrix. Ce qu’on voulait raconter c’est que le lieu de tous les possibles, c’est le FIFIB. On s’est inspirés de Khtobtogone, une vraie claque visuelle présentée au festival en 2021, construit uniquement avec des images de GTA [le jeu vidéo Grand Theft Auto, ndlr] dans un cyber Marseille. Il y avait cette idée de se placer à la frontière entre le réel et le numérique, en utilisant un nouvel outil qu’on voulait explorer : la photogrammétrie, ou le fait de prendre énormément de photos d’un même objet pour le scanner.


Fabien Saura : Une numérisation évidente de la société, et en parallèle le développement de mondes tels que le métavers, annoncé comme le lieu de tous les possibles. L’esthétique finale proposée par Mark Zuckerberg était un peu déceptive par rapport à ce que le cinéma avait imaginé. Personnellement, ça ne nous fait pas rêver quand tu compares à des Tron, Space Jam ou Matrix. Ce qu’on voulait raconter, c’est que le lieu de tous les possibles, c’est le FIFIB. On s’est inspirés de Khtobtogone, une vraie claque visuelle présentée au festival en 2021, construit uniquement avec des images de GTA [le jeu vidéo Grand Theft Auto, ndlr] dans un cyber Marseille. Il y avait cette idée de se placer à la frontière entre le réel et le numérique, en utilisant un nouvel outil qu’on voulait explorer : la photogrammétrie, ou le fait de prendre énormément de photos d’un même objet pour le scanner.


Vous avez donc « scanné » un être humain pour concevoir l’affiche ?

Malak Mebkhout : Oui, c’est l’actrice Audrey Saffré qu’on a photoshootée et scannée en 3D. Les prises de vue ont généré des modèles 3D qui ont parfois fabriqué des erreurs super intéressantes. Sur le dépliant du programme, il y a par exemple une image où un « masque » est apparu : le modèle à deux visages puisqu’il y a un décalage qui s’est fait, c’est une espèce de double personnalité.


Fabien Saura : On a quand même lissé et retravaillé par endroits avec des logiciels 3D. Ce qui nous intéressait aussi c’était d’arriver à trouver une texture qui évoque notre rapport à l’écran, quand tu scrolles non-stop au milieu de la nuit.

« On espérait qu’il y ait des erreurs, comme ce masque qui prenait du sens par rapport à ce que l’on cherchait. », explique Fabien Saura. © Countach Studio / FIFIB


En quoi vos affiches entrent-elles en résonance avec le cinéma indépendant ?

Fabien Saura : Nos inspirations ne sont pas forcément celles du cinéma indépendant. Ce sont des films un peu plus mainstream, mais qui ont marqué le cinéma et qui sont aussi des inspirations pour tous les cinéphiles du FIFIB. Nous pensons plutôt le cinéma comme un tout.

On a eu une approche du graphisme qui correspond assez bien à celle de la conception d’un film quelque part. Nos trois affiches répondent à une continuité et à une logique sur les trois années, ce ne sont pas juste des interventions isolées.


Malak Mebkhout : On a imaginé un projet qui est presque autonome, il y a une liberté de récit qui œuvre dans la trilogie d’affiches qui peut aussi évoquer la liberté du cinéma indépendant.



Malak Mebkhout et Fabien Saura impriment leurs créations grâce à une imprimante RISO RZ 570EP, un modèle des années 80 permettant d’obtenir des coloris uniques et vifs. © Izia Rouviller


Et les Bordelais, qu’en pensent-ils ?

Jérôme, 44 ans : « J’y vois une sculpture grecque en devenir. Avec un côté queer friendly, dû aux tons roses et violets. »

Justine, 21 ans, 17 films du FIFIB à son actif : « Ce regard tourné vers le haut, c’est la renaissance, l’espoir. Tout le monde peut se reconnaître dans cette personne. J’y vois la solitude du Lycéen de Christophe Honoré, les yeux bleus d’Ondina dans Euridice, Euridice, le cancer et les cheveux rasés dans Juniors, les galères de vie de Stella dans Les Amandiers »


Countach Studio

Fabrique Pola

10 quai de Brazza

33100 Bordeaux

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Izia Rouviller | 29.10.2022