Feather s’est rendu à la toute première édition du festival « L’éthéâtrale »

C’est au cœur de la campagne, plus précisément à Bouglon, proche de Marmande, que nous sommes allés à la rencontre d’un festival de théâtre tout à fait inédit à la fin du mois d’août. L'éthéâtrale c’est le projet d’élèves du Cours Florent à Bordeaux, Fiona Stellino, Claire Garland, Hugo Schnitzler et Romane Bauer. Leur objectif ? Promouvoir le théâtre dans des lieux autres que la ville, démocratiser, rendre accessible cette belle manière de procurer du rêve même au fin fond des champs.

© Charles Guelff Mariotti

Au cours des trois jours de festival, une programmation hétéroclite avec 4 spectacles quotidiens y a été jouée. Un programme qui se veut abordable et plaisant pour faire rêver du plus jeune au plus âgé. La journée commence à 10h avec un spectacle jeunesse et finit à 21h par un spectacle conseillé aux plus de 13 ans. Afin d’en apprendre davantage sur cette belle initiative, Feather est allé discuter avec deux des fondatrices du festival, Claire et Fiona, qui se sont fait une joie de répondre à nos questions afin de nous en apprendre un peu plus sur ce beau projet.

On a eu envie de montrer que le théâtre c’est cool, que ça n’existe pas que dans les grandes villes mais surtout que ça peut être accessible à tous et même pour ceux qui n’en ont jamais vu avant.

Feather : Bonjour les filles, on aimerait bien savoir comment est né le projet de l'éthéâtrale ?


Claire : Nous, on a vu beaucoup de festivals de théâtre comme le théâtre du roi de cœur, le théâtre populaire… et on trouvait que ça offrait beaucoup de rêve que de pouvoir jouer dans un champs, où tout est tellement reculé, où l’offre culturelle est tellement moins importante et diverse qu’ailleurs. On trouvait ça incroyable de pouvoir découvrir des pièces la tête sous les étoiles, qu’on a eu envie de créer notre festival pour partager cette émotion là avec les gens. On a eu envie de montrer que le théâtre c’est cool, que ça n’existe pas que dans les grandes villes mais surtout que ça peut être accessible à tous et même pour ceux qui n’en ont jamais vu avant.


Fiona : Avec Claire on s’est rencontré aux Cours Flo à Bordeaux, ainsi qu’avec les deux autres réalisateurs du projet Romane et Hugo. En première année, on connaissait toutes les deux Romane mais nous on ne se connaissait pas, nous étions sans le savoir réunies par la même envie de monter une pièce qui s’appelle ADN de Denis Kelly. Romane nous a fait nous rencontrer, on s’est dit « ok, on monte la pièce », on a créé notre compagnie qui s’appelle les 11% qui est présente sur le festival et on ne s’est plus quitté depuis. On voulait avoir une scène pour jouer cette pièce et on s’est dit qu’il n’y avait rien de mieux que de se créer une scène et de là, comme on avait l'envie commune de partager à travers un festival… Il ne restait plus qu’à trouver un champs, un endroit idyllique et bucolique


Claire : La maison des grands-parents de Fiona s’est présentée à nous. Ils nous ont aimablement accueilli sur leur grand domaine pour que ce projet puisse voir le jour.

© Charles Guelff Mariotti

Vous nous avez un peu parlé d’ADN, mais il y avait quatre spectacles sur le festival, comment les avez-vous choisi et rallié pour qu’ensemble ils constituent la programmation ?


Claire : Ce qui était sûr, c’est qu’on voulait des spectacles qui touchent tous les publics, donc c’était évident qu’il y ait un spectacle jeunesse. Après, l’idée c’était d’avoir des spectacles plutôt familiaux qui peuvent être vus par tous. Comme ADN est à partir de 13 ans, c’est pas forcément accessible aux plus jeunes, il nous fallait donc des spectacles pour des familles qui viennent en weekend, qui sont de passage et qui ont envie de découvrir ensemble ce que le festival propose.


Fiona : Concernant la programmation on a pioché parmi les pièces qu’on aimait et qu’on avait envie de voir jouer pendant ces quelques jours. De base, la programmation comptait sept spectacles, mais avec le covid nous avons réduit notre effectif. Le premier spectacle qui est à 10h s’appelle « La voix d’Esmée ». Ce spectacle pour enfants qu’on avait envie de faire, c’est nous qui l’avons créé. On l’a écrit avec Fanny Auget qui est également l’actrice qui joue la petite fée Esmée. Le spectacle de 11h c’est Jatam, un spectacle de clown qui faisait partie des TFE (travaux de fin d’études de cours Florent) et nous l’avions tous adoré, c’était le coup de cœur pour cette pièce et on s’est dit qu’il fallait qu’il y soit. Il y avait dans ce spectacle autant de moments drôles que de moments poétiques, un spectacle vraiment touchant et familial avec différents niveaux de lectures. Et enfin à 18h30 « From Martin to Eden » c’est une adaptation du roman Martin Eden de Jack London qui a été monté de manière épique en quatre jours seulement pour le festival.


Claire : Ils avaient juste deux semaines pour déterminer la trame, les rôles… Et ensuite ils se sont occupés de la scéno en quatre jours. Et le travail a été titanesque pour que ce spectacle existe et il est là.

Pour monter ce genre de projet il faut une envie et une foi énorme pour réussir à le faire. Il faut tout prendre en compte, tous les détails qui pourraient nuire au bon déroulement du festival.

Feather : En ce dernier jour de festival, pouvez-vous nous faire part de votre retour concernant vos attentes ? Vos difficultés ?


Claire : Je dirais que la grosse difficulté c’est en amont, car une fois qu’on est dedans, si c’est bien organisé, tout se passe bien. On a une équipe de bénévoles incroyables qui a su faire face à tous les imprévus, les détails de dernières minutes, qui nous aident et qui ont pallié au moindre souci. Cette équipe a vraiment été la clé de voûte. Je dirai que le plus gros souci a été l’organisation qui précède le festival. On a aucune formation concernant l’administratif, on a dû tout apprendre sur le tas. Il y a beaucoup de choses qu’on découvre, comme par exemple comment faire un dossier de subventions, la communication administrative, des affaires d’impôts... On a dû également gérer le ficelage, comment une fois sur place il a fallu répartir les tâches, les plannings bénévoles...


Fiona : Pour monter ce genre de projet il faut une envie et une foi énorme pour réussir à le faire. Il faut tout prendre en compte, tous les détails qui pourraient nuire au bon déroulement du festival. On devait penser à baliser le terrain dans les endroits où les gens pouvaient se faire mal, fixer les tonnelles au sol… Ça ne s’arrête jamais ces gestions de petits détails techniques de dernière minute. Par exemple on a du régler les lumières pour la représentation d’ADN entre 1h et 3h du matin, la veille du festival.


Claire : Et demain, on doit démonter en une journée tout ce qu’on a monté en quatre jours.

© Charles Guelff Mariotti

Feather : Avec le covid, avez vous eu peur que le projet tombe à l’eau ?


Claire : Une peur énorme ! Avec chaque nouvelle restriction, on a dû réadapter à de multiples reprises notre protocole sanitaire, de nombreuses réunions avec la préfecture…


Fiona : Y a encore deux semaines de ça, j’étais encore entrain de rédiger le protocole sanitaire final en passant des heures et des heures au téléphone.


Feather : Malgré toutes ces difficultés, si vous deviez refaire le festival vous le feriez ?


Claire : Cent fois. La joie de voir les gens, des amis, qui sont venus et qui ne vont jamais au théâtre de base et qui m’ont dit « ça m’a donné envie d’en voir plus », c’est le meilleur cadeau qui soit.