• Feather

Guillermo Guiz a un bon fond et vient nous le prouver sur scène.

Ce n’est pas l’évidence même quand on prononce son prénom, mais Guillermo Guiz est bien belge et dégaine les blagues plus vite que son ombre avec ce petit accent du pays de la bière et de Jacques Brel (ou encore de Jean-Claude Van Damme).

A la fois chroniqueur sur France Inter dans l’émission « La bande originale » de Nagui, et personnage principal de la série « Roi de la Vanne » diffusée sur Canal+, ce trentenaire hyperactif revient à Bordeaux avec un spectacle désopilant, empreint d’autodérision et flirtant gentiment avec l’humour noir.

Le 20 novembre prochain il sera au théâtre Fémina pour jouer son spectacle « Guillermo Guiz a un bon fond », et à cette occasion il a accordé un petit moment à Feather afin d’en dire un peu plus sur lui-même et sur son premier one-man show.


- Bonjour Guillermo, déjà félicitations, tu as ta propre page Wikipédia et ça c’est vraiment la classe !

Absolument. Je l’ai créée tout seul, ça m’a pris des nuits… Non pas du tout ! C’est marrant parce que quand je l’ai découvert, j’ai eu à la fois une sensation de mini fierté et en même temps la page commence par « Guy André Daniel Michel Verstraeten (son vrai nom ndlr) alias Guillermo Guiz »… Y’a plein d’informations comme ça que je n’avais pas forcément envie de dévoiler dès le premier clic. Mais bon sinon c’est assez cool. D’ailleurs, j’ai une amie humoriste qui s’amuse à la changer de temps à autre, elle met des trucs improbables, que je suis apiculteur par exemple. Voilà la petite histoire de la page Wikipédia.


- D’où vient le prénom Guillermo ?

J’ai toujours été passionné par la culture hispanique. Quand j’étais à l’université, je rêvais d’aller faire un troisième cycle à Buenos Aires, j’étais à fond dans ce trip là. Du coup, j’ai utilisé le prénom Guillermo pour créer ma première adresse email, puis j’ai commencé à apprendre l’espagnol, et je suis même allé vivre en Espagne. Certains membres de ma famille commençaient même à m’appeler Guillermo, de manière un peu ironique. Et voilà c’est resté !


- Pourtant ton vrai prénom est Guy (comme on l’apprend dans ta page Wikipédia), et tu en parles avec beaucoup d’autodérision dans ton spectacle. C’est un bon sujet pour faire rire ?

Oui car c’est un sujet facile,  ce n’est pas de l’humour noir, ça ne va choquer personne. Le sketch sur mon prénom a été une bonne manière de me présenter et de faire entrer les gens dans mon univers, même si les thèmes de mes autres sketchs ne sont pas aussi mainstream. J’en parle avec sincérité car en fait j’en ai vraiment souffert. Porter le prénom Guy dans les années 2000 n’a pas été facile, surtout quand tu es quelqu’un de timide et de très réservé. Quand j’étais adolescent, j’étais maladivement timide, et quand j’arrivais enfin à franchir le cap d’adresser la parole à une fille, il fallait ensuite admettre que je m’appelais Guy… c’était pas évident ! De pouvoir en parler sur scène, ça a été cathartique. Bon il y a des personnes qui ont des problèmes plus importants que d’avoir un prénom pourri hein, mais ça fait du bien de pouvoir en parler.

- Cela fait déjà plusieurs années que tu te produis en France avec ton spectacle « Guillermo Guiz a un bon fond », en parallèle de ta chronique « La drôle d’humeur de Guillermo Guiz » sur France Inter. D’où est parti ce spectacle ?

Quand tu démarres un stand up, tu écris 5 minutes de quelque chose puis 5 minutes d’autre chose, et ainsi de suite… Au final ça donne une espèce de patchwork de sujets.  Et puis un jour je me suis rendu compte que j’avais 1h de blagues et je me suis demandé s’il y avait une thématique sous-jacente à toutes ces blagues, quelque chose qui les reliait. Assez souvent dans les sketchs que j’avais écrit, l’idée de savoir si on était des gens bien ou pas bien revenait. Par quel prisme peut-on déterminer si on est des gens bien ?  Par exemple, parfois tu te dis que t’es quelqu’un de super et le lendemain tu agis comme une merde. Finalement mes sketchs parlaient souvent de ça, du décalage entre la manière dont moi je me considérais et la manière dont j’agissais. « Guillermo Guiz a un bon fond » est parti de là.


- Ton spectacle a dû évoluer depuis tes débuts sur scène ?

Oui, ce n’est plus du tout la même chose ! Je l’ai joué pour la toute première fois en septembre 2014. Les premiers spectacles c’est souvent comme ça, ça dure longtemps parce que ça évolue beaucoup. Au départ, tu as une date par ci une date par là. La première année tu vas jouer ton spectacle 10-12 fois, puis l’année d’après 40, puis 100, jusqu’à ce que tu le joues 150 fois. Ca se fait progressivement et de ce fait le spectacle évolue, puis toi aussi tu progresses. Je suis meilleur aujourd’hui et je suis moins bon que ce que je serai dans 5 ans si je continue ce métier. L’écriture évolue, les thématiques de société évoluent, j’ajoute des sketchs, j’en retire : tout cela s’ajuste au fil du temps. Là le spectacle est en fin d’exploitation et Bordeaux sera une de mes toutes dernières dates avec ce spectacle.

© Dominique Duchesnes.

- Tu te mets beaucoup à nu dans tes sketchs, tu parles de tes expériences, tu racontes des anecdotes assez cocasses… Tu trouves ça facile de faire de l’autodérision ? Tu n’as pas peur de te moquer de toi-même ?

Non pas du tout, au contraire ! Je trouve que plus tu es sincère, plus tu vas chercher, plus tu vas creuser, et plus ça peut toucher les gens. Ils se rendent compte qu’en face d’eux ils ont un mec qui raconte des choses un peu pathétiques, qui est parfois dans la médiocrité, et c’est ça qui peut faire rire. En plus, ce sont des situations qui peuvent arriver à tout le monde. Par exemple, quand je raconte un plan à 3, je vais avouer que le plan à 3 était complétement foiré, que j’ai été nul ! Je trouve que ça a plus d’intérêt que si j’arrive sur scène et que je sors « Ouais moi je me suis retrouvée avec deux meufs, c’était incroyable ! ». Ca n’a pas d’intérêt de faire ça, ça n’intéresse personne. En général, ce qui est marrant c’est ce qui vient des cassures, des ruptures, des fêlures, quelles qu’elles soient. Que ce soit des fêlures de surface ou des fêlures plus profondes.


- Est-ce que tu pourrais me citer une punchline de ton spectacle pour nous mettre l’eau à la bouche ?

« Quand t’es célibataire ta vie n’a aucun sens, mais quand t’es en couple ta vie n’a aucun intérêt. »

J’aime bien cette phrase, je suis assez content de sa tournure, mais après y’en a tellement d’autres à découvrir dans le spectacle !

© Philippe Manzoni

- Ta meilleure anecdote sur scène ou sur un plateau télé ?

Un jour j’étais sur scène au Point Virgule à Paris, et il y avait des adolescents dans la salle. Le public est très proche de la scène au Point Virgule, et la salle n’était pas pleine.  Je voyais un jeune en face de moi qui ne comprenait pas trop ce que je disais, il n’arrivait pas trop à capter mon délire. A un moment, je parlais de trucs un peu chauds et il m’a interrompu ! Il m’a dit : « excusez-moi monsieur, ça n’embête pas votre femme que vous parliez comme ça d’elle ». Vraiment 1er degré. Voilà ce que c’est de faire de l’humour quand ton interlocuteur en face de toi ne rentre pas dans le délire. Un bon moment de solitude.

- Le standupper que tu aurais voulu être (hormis Louis CK) ?

Je dirais Bill Burr, ou Dave Chappelle.  Ils font partie des 5 meilleurs standuppers du monde selon moi. Ce sont des humoristes qui ont à la fois l’interprétation, les angles, les réflexions, et la drôlerie. C’est l’objectif à atteindre ! J’espère pouvoir un jour jouer dans la cour de ces gens là, même si ce n’est encore vraiment pas gagné pour le moment.

Je me demande même si ce n’est pas la 3èmefois ! Mais j’ai une très mauvaise mémoire comme je bois beaucoup d’alcool. En tout cas à chaque fois ça c’est très bien passé ! Tout le monde me disait qu’à Bordeaux il fallait faire attention car le public est un peu calme, avec un côté bourgeoisie de province, un côté intellectuel Télérama de province (et vlan). Et finalement pour le moment ça s’est toujours bien passé.  J’ai joué notamment l’année dernière pendant le festival Les Fous rires aux côtés de Vérino, et j’avoue que c’était le feu. J’espère qu’on va rester sur cette lancée.

Guillermo Guiz - Facebook

- En tant que belge, quelle est ta bière préférée ?

Je n’en ai pas car je ne bois pas de bière du tout ! Désolé, la seule bière que je bois c’est de la Corona mais je ne peux pas dire ce genre de chose sinon les amateurs de bières vont me taper sur la gueule. Que de l’alcool fort ou du vin (avec modération).


- Peux-tu nous parler de ton actualité ?

Mon prochain spectacle est quasiment prêt, je le jouerai à partir du 23 janvier 2020 à Bruxelles. Normalement, je vais venir le jouer en rodage à Bordeaux autour du mois d’avril dans une petite salle. Il s’appellera « Au suivant » et parlera de transmission

Affaire à suivre !


Merci Guillermo Guiz pour cet entretien !


Pour vous faire votre propre idée de si oui ou non « Guillermo Guiz a un bon fond », courez le voir au théâtre Fémina le 20 novembre prochain !


Les places sont ici


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Lauren Georges I 15/11/19

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