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HIPPOCAMPE FOU : Terminus, tout le monde descend !

Mis à jour : 26 avr. 2019

Qui n’a pas déjà entendu parler de Hippocampe Fou et de sa musique, une musique éprise d’hip-hop, d’humour et d’un débit d’une grande singularité. L’artiste a su construire, au fil des années, un univers autour de lui avec la création du Cycle de l’eau : un cycle qui commence en 2013 avec Aquatrip et qui se boucle avec l’album Terminus avec lequel Hippocampe Fou nous amène dans son terrier.


© Lëah Cold Pictures

Il est de retour en France pour la tournée de ce même album sorti en 2018. Feather a eu l’occasion de l’interviewer et d’assister à son concert.


Tu vis à New-York depuis quelques temps, que ressens-tu quand tu reviens en France pour revoir ton public et ton entourage ?

Ça fait beaucoup de bien parce que j’ai tendance à oublier quand je suis là-bas qu’il y a un public qui m’attend et qui est ultra chaud à chaque concert. Tu sais c’est un peu comme une drogue la scène. Quand tu quittes les scènes trop longtemps t’as envie de revenir et de te prouver que ça tient toujours la route donc c’est un peu un challenge à chaque fois de revenir et de se remettre dans le bain parce que les années précédentes sur les autres tournées j’avais des concerts toutes les semaines, maintenant j’ai des sessions de concert assez condensés. Là on a fait 8 dates en deux semaines donc il faut tenir la route mais c’est bien. Moi ça me fait du bien de retrouver le public et puis je pense qu’il y a un équilibre à avoir aussi avec la vie de papa que j’ai là-bas. Les deux sont super importants pour moi et j’imagine pas l’un sans l’autre. J’essaie de faire au mieux avec mes deux casquettes.


Avec Terminus tu clôtures ce Cycle de L’eau entamé avec Aquatrip, qu’est-ce que cela fait de terminer un projet sur lequel on a travaillé pendant si longtemps ?

C’est une satisfaction d’avoir réussi d’aller au bout d’un concept ou c’était pas forcément gagné et ça s’est fabriqué au fur et à mesure. C’est-à-dire que j’avais évidemment envie d’être cohérent et d’explorer plein d’univers mais l’idée du cycle de l’eau est venue entre le premier et le deuxième album où je me suis dis : « tiens je pourrais fais ça avec l’eau de mer qui s’évapore pour former les nuages, rap céleste etc ». Et j’ai mis beaucoup de temps à trouver le titre du deuxième album, j’avais pensé à Comptine Souterraine mais ça envoyait pas forcément du rêve. Et puis au final le côté Terminus avec la phrase qu’on connait tous : « Terminus, tout le monde descend », ça marchait bien avec le visuel, ça faisait un peu rébus. J’étais très content de faire ces trois albums et l’aventure n’est pas terminée.



Tu as souvent dit que tu étais fasciné par le cinéma, est-ce que tu peux-tu nous parler du projet l’Odyssée d’Hippo et de ta collaboration avec Lucas Dorier ?

Bien sûr. Alors l’Odyssée d’Hippo c’est une aventure, c’est une odyssée comme le titre l’indique et c’est quelque chose qui pourrait se placer avant ces trois albums, avant le cycle de l’eau puisqu’il y a une sorte d’ouverture à la fin du show. Je veux pas spoiler mais moi je le situe toujours comme ça dans le temps pour rester cohérent. L’étincelle à l’origine de ce projet c’était en 2013, moment ou j’ai sorti mon premier album donc j’ai toujours travaillé ce projet en parallèle. Alors c’était des petites sessions tous les deux mois et ensuite ça s’est rapproché et c’est devenu de plus en plus palpable et véridique au moment où on a présenté le projet à Blueline qui a décidé de le produire et c’est un gros investissement. C’est un projet de longue date avec beaucoup d’intervenants, plein de gens talentueux et là je pense qu’on a un OVNI qui est encore à affiner, à améliorer. L’idée c’est vraiment d’avoir un spectacle qui sort de l’ordinaire et qui forcément va avoir dans son ADN beaucoup de hip-hop mais aussi de la musique de film, de la world music et évidemment beaucoup de références à la culture populaire via les projections qu’il y aura tout le long du spectacle. C’est une sorte de tour du monde mais ça dure pas 80 minutes malheureusement. L’appellation est pas possible. Ça dure un peu moins de 80 minutes et l’idée c’était de proposer un voyage onirique dans des salles de spectacle.



Tu partages souvent sur les réseaux sociaux les albums qui t’ont le plus marqués, est-ce que tu remarques des différences en termes de production musicale ou de créativité ? Qu’en penses-tu ?

Je suis un mec qui adore faire des listes. Quand j’étais petit je faisais des listes de mes films préférés, des meilleurs films dès l’année, des meilleurs comiques etc. Et j’avais mis ça de côté et un jour je sais pas comme chaque années les médias balancent leurs top 10 je me suis dis mais moi aussi j’ai envie de le faire et dès que j’entends un album qui tue je le note sur mon téléphone et je me suis dis : « celui la il est lourd ». Et plutôt que de partager tout de suite, j’attends la fin de l’année pour finir sur un best of de ce que j’ai pu écouter. J’essaie de suivre ça le plus possible après évidemment c’est beaucoup chanson française, hip-hop mais ça change par exemple l’année dernière j’ai adoré l’album de Chilly Gonzales, on dirait un peu du Erik Satie, du Debussy et il y a un côté impressionniste que j’aime beaucoup et pourtant ça date de 2018 mais j’avais envie de le partager avec les gens qui me suivent.


Concernant l’industrie musicale, je suis un auditeur, spectateur lambda avant d’être un artiste. Aussi j’ai commencé à écouter et à développer ma culture musicale assez tardivement et à l’époque les sites de téléchargement illégaux existaient déjà, j’ai plutôt pompé des morceaux issus de plusieurs albums différents que des albums entiers. Après en tant qu’artiste et pas en tant que consommateur, quand tu te fais un peu chier à faire un album et que t’essaye d’avoir une cohérence entre un morceau et l’autre par rapport à leur enchaînement ou à l’histoire raconté tu te dis qu'il est dommage que certains n’entendent qu’un titre c’est à dire celui qui est clipé.


Mais ça fait parti du jeu donc à toi de balancer les bons singles. Tu vois par exemple dans l’album j’ai un single qui s’appelle Underground qui a pas du tout la gueule d’un single mais qui est une sorte, pas d’ego trip parce que je me la raconte pas au contraire, j’essaie de faire le point, c’est très introspectif et j’essaie d’expliquer les raisons de mon succès d’estime et pas ultra commercial mais je trouvais que c’était un titre fort et j’avais envie de le mettre en avant. Je pense qu’au final ça a donné la couleur de l’album avant qu’il sorte et les gens se sont dit : « Ok cet album il est personnel ». Peut être que des gens se sont dit « oh j’en ai rien à foutre moi je veux du Hippo qui débite, j’en ai rien à foutre de ses états d’âme » mais moi j’avais envie de le faire. Il faut jouer le jeu du single.


En tout cas moi quand je pense single je pense plus communauté internet, les gens qui me suivent, plutôt que les radios, les médias. J’ai arrêté d’y croire à tout ça, je m’en fou. Tant que les gens sont heureux aux concerts et que je dis ce que je veux dans mes textes. Je fais ce que je veux comme je veux et je suis très heureux de faire mes concerts et j’ai aucune pression. Je joue pas un rôle, avant j’avais un personnage un peu plus farfelue mais comme maintenant je suis de plus en plus moi-même dans mes textes et dans mes vidéos, les gens ne sont pas déçus en me rencontrant ou en venant voir mes concerts, ils se disent c’est Hippo, il est comme ça. Moi je trouve ça cool et saint parce que ça t’évite de devenir schyzo ou ultra stressé parce que t’as dit quelque chose parce que tu joues un rôle ou que tu es dans la provoc puis tu regrettes. Je suis assez sage et assez réservé comme garçon. Je fais des morceaux parfois un peu fou mais je pense que ça se ressent que c’est qui je suis à travers les morceaux.


Même avec l’humour et l’autodérision dont tu fais preuve, est-ce parfois difficile de se confier comme tu le fais dans cet album ?

Cet album est beaucoup moins axé sur l’auto-dérision. Avec Underground par exemple qui est une chanson très sincère et honnête on est tout de suite dans quelque chose de personnel et d’un peu plus nouveau pour moi parce que je parle de mes états d’âme et c’était important que je le fasse de façon juste. Je dis souvent que je me considère comme une troubadour. Avec ce personnage que je me suis créé ma mission c’était de faire rire les gens, de les divertir et puis j’ai vu que le public réagissait aussi bien à des sons très introspectifs. Pour certaines chansons je me suis vraiment creusé, Triste par exemple. Je n’ai pas connu la misère personnellement mais je parle de choses qui me touchent réellement. La prostitution ou la guerre sont des sujets qui peuvent paraître récurrents mais j’ai voulu écrire dessus parce que j’ai vu Moi, Daniel Blake de Ken Loach par exemple et la situation de certains personnages dans le film m’a touché.


Tu as collaboré avec ton père sur le morceau Terminus, est-ce que c’est important pour toi de communiquer cet amour de la musique à tes enfants aussi ?

Mon père a jamais insisté pour que je fasse de la musique et peut être qu’il aurait dû, en tout cas le fait est que j’ai ça dans mon ADN et que j’ai grandit en écoutant sa musique et la musique qu’il aimait.

Ma mère aussi aime beaucoup la musique, elle est plutôt école chansons françaises avec Barbara, Brassens, Maxime Leforestier, Francis Cabrel, ce sont des artistes que j’ai pas mal écouté quand j’étais jeune. Et ça m’a forcement influencé donc avec mes enfants j’essaie de leur faire écouter ce qui me plait tout simplement. Il y a des choses qui marchent mieux que d’autres, des délires grime anglais avec des flows super speed c’est pas trop ce qui leur plaît mais là par exemple j’ai bien kiffé l’album de Billie Eilish et j’ai fait écouté à ma fille qui a bien aimé même si elle ne comprend pas forcément le côté dark derrière parce que je lui montre pas les clips. Elle entend sans doute un des trucs les plus avant-gardistes du moment au niveau du traitement du son et de la voix. Pour moi c’est juste des clefs, des pistes pour leur futur quand eux mêmes chercherons la musique qu’ils aiment. J’ai pas encore trop réussi à leur faire écouter du Brassens, du Brel ou du Barbara mais je pense qu’il faut avoir un certain âge pour savourer ça parce que tu vois Barbara première fois tu vas te dire « Ah c’est moche comment elle chante » mais il faut aller au delà de ça, c’est quand même l’interprétation qui est magnifique.



Après avoir réalisé l’interview, Feather a assisté au concert, organisé par MA Prod et prenant place au Krakatoa. Hippocampe fou offre une réelle performance réfléchie lors de ses concerts en racontant une histoire tout le long durant de sa présence sur scène. Accompagné de son ami de longue date : Céo, il enchaîne les chansons avec une chronologie préparée et des transitions qui ravies le spectateur. L’énergie est puissante, les voix sont vigoureuses et les visages éclatants de bonheur de retrouver un public qui, comme toujours, connait paroles et mélodies sur le bout des doigts.



Si son album se nomme Terminus, Hippocampe Fou nous réserve bien d’autres surprises artistiques dans le futur et ne compte pas s’arrêter là. Il est juste de retour sur terre…


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Louise Naudot | 25.04.2019