Rencontre avec Hélène Debacker, secrétaire générale du Carré-Colonnes et du FAB

Après le spectacle Trottoir de Volmir Cordeiro, Feather a rencontré Hélène Debacker, secrétaire générale du Festival international des Arts de Bordeaux. Ce festival pluridisciplinaire qui s’est déroulé sur la métropole de Bordeaux du 2 au 17 octobre propose un spectacle vivant aux différentes couleurs, solidaire et participatif. Hélène Debacker nous en dit un peu plus sur le FAB, sur le spectacle vivant et sur l’importance des artistes, encore plus grande dans le contexte que nous vivons tous aujourd’hui.

© Alexis Fournel

Quel est votre rôle au sein du FAB ?

Le Festival est porté par une association, appelée Festival des Arts de Bordeaux qui comprend deux salariés, et par la scène nationale du Carré-Colonnes et ses vingt-deux salariés. Ce dernier fait partie intégrante du projet de scène nationale qui porte deux festivals : le FAB et l’Échappée Belle (annulé cette année) en complément d’une saison régulière qui a lieu entre novembre et avril. Je suis donc secrétaire générale de la scène nationale et, de fait, du FAB. De plus, cette année, notre directrice Sylvie Violan s’est blessée. Je fais alors l’intérim de la direction depuis fin août. Je coordonne toute la partie liée à la stratégie aux publics : de la médiation à la billetterie en passant par la communication. Je participe aussi à la programmation, puisque nous sommes trois à programmer pour tous les évènements. Enfin, je suis aussi dans la coordination de certains projets. J’ai donc de multiples casquettes.


Dans la description de l’édition, il est écrit qu’elle est et sera plus solidaire que jamais. Qu’entendez-vous par là ?


Nous avons utilisé le terme de « solidaire » parce que l’ADN du festival est de faire participer 2/3 de compagnies internationales et 1/3 de compagnies néo-aquitaines. Vous ne trouverez pas de compagnie française : c’est une des spécificités. De plus, il y a énormément de choses qui se passent dans l’espace public. On sort des théâtres même si on travaille avec l’ensemble des structures culturelles de la métropole. Cette année, on a été aussi plus solidaires envers les artistes internationaux parce qu’on s’est vraiment battus jusqu’au bout pour que ceux-ci puissent venir jusqu’à nous. Notamment pour qu’ils obtiennent leur visa. Cela a été le cas pour la compagnie Faro Faro qui a ouvert le festival et qui venait de Côte d’Ivoire. On a eu leur visa trois jours avant qu’ils arrivent. Quand on parle de solidarité c’était aussi ça, car eux aussi vont pâtir de cette crise mondiale, sûrement plus que nous. On a aussi un peu changé le ratio artistes internationaux/artistes néo-aquitains cette année, on était plutôt à 50/50, parce qu’il y a beaucoup d’artistes néo-aquitains qui n’ont pas pu créer au printemps et à l’été, notamment ceux qui produisent dans l’espace public. Tout ce qui se passe dans l’espace public a été interdit dans la période du dé-confinement et pendant l’été. On leur a donné, grâce à nos partenaires tels que le festival Chahuts ou encore l’OARA, une visibilité. Il y a quatre ou cinq compagnies que l’on a rajoutées à la programmation du FAB pour marquer notre soutien.

Comment choisissez-vous les artistes invités ?

C’est un travail un peu complexe parce qu’on essaie de montrer l’innovation dans les pays moins avancés, ça se fait beaucoup par des rencontres quand on va dans des festivals à l’étranger. Par exemple, Marina Otero, sur qui nous ferons un focus l’an prochain, c’est Sylvie qui l’avait repéré dans un festival au Brésil, elle l’avait ensuite revue dans un autre festival au Chili. Elle s’est demandée pourquoi cette dernière n’avait jamais été montrée en Europe. C’est pourquoi l’année prochaine on va essayer de lui monter une tournée entre la France et la Suisse. On fait venir les artistes pour plusieurs dates en Europe, pour les garder sur un temps plus long.

De plus, le FAB a impulsé un réseau que l’on appelle le Festival de l’été indien. Ce sont des festivals qui ont lieu après août : la Bâtie-Festival à Genève en Suisse, Romaeuropa en Italie ou encore le Grec Festival à Barcelone. Notre spécificité c’est que ce sont des festivals d’automne. Cela nous permet d’avoir une base pour faire tourner des artistes européens ou internationaux qui nous intéressent.


Sinon, c’est aussi des rencontres. L’idée, c’est d’être pluridisciplinaire, avec des formes souvent participatives : comme c’est le cas de Panique olympique de la Compagnie Volubilis par exemple. On va pouvoir parfois passer commande à des artistes de l‘espace public sur la thématique du festival. On prend le temps de réfléchir avec eux à leur venue, on essaie d’inventer un projet : c’est un accompagnement d’une démarche artistique.


Comment est venue l’idée de créer le FAB ?

Ce festival a 5 ans. Il est né de deux festivals existants, des Souris et des Hommes qui avait lieu au Carré-Colonnes en janvier-février autour des arts numériques et Novart qui était un collage de programmations des structures culturelles de la métropole bordelaise, au mois de novembre à St Médard. Les deux commençaient à s’essouffler. Il y a eu un appel à projet de la ville de Bordeaux pour recréer un festival sur la métropole. Notre directrice Sylvie Violan a porté ce projet du FAB avec l’ADN qu’il a aujourd’hui : des artistes locaux et internationaux, de l’espace public pour aller rencontrer un public qui ne vient pas dans nos salles et un lieu de rassemblement festif et convivial. L’appel à projet a été remporté et le FAB est né.

© Alexis Fournel

Pouvez-vous rapidement nous expliquer en quoi consiste le QG ?

L’idée du QG est venue en même temps, il fait partie de l‘ADN. Cette année, malheureusement, nous en avons été amputés. C’est déchirant parce que ce QG n’est pas qu’un lieu de fête dans un espace inédit, c’est une année de travail parce que là aussi on réfléchit à la programmation jour par jour avec un opérateur culturel. Cette année ce devait être la Fabrique Pola. La forme de ce GQ prend un an à murir. C’est un travail énorme car il faut mélanger les évènements et les genres : qui fait la cuisine ? Quels concerts nous programmons ? Quelles conférences mettons-nous en place ? Chaque année, on crée de toutes pièces un lieu avec une identité différente. Nous avons proposé 4 formats différents cette année, et aucun n’a pu être mis en place. Il faut savoir qu’un GQ n’est pas « reportable » dans la mesure où les artistes évoluent, et ne proposent pas les mêmes œuvres d’une année sur l’autre.

Pensez-vous que les jeunes sont assez sensibilisés aux arts de la scène ?

Lorsque vous vivez dans une ville, tous les publics ont accès aux œuvres d’arts. Mais, c’est à chacun d’appréhender ces dernières en étant curieux. Après, est-ce que les jeunes sont dans les salles de théâtre ? Je ne suis pas sûre. Même si cela dépend vraiment de la programmation. Je n’aime pas catégoriser trop vite tous les publics. C’est pour ça que l’on aime cette transdisciplinarité au FAB, cela permet de décloisonner les genres et donc les publics.

D’ailleurs, le FAB a son propre public, il y a des gens qui vont sortir qu’en temps de festival car ils vont voir des propositions, des formats différents. D’autre part, certains ne connaissent que ce qui se passe dans l’espace public, ou encore le QG comme espace fête mais cela nous va très bien !

Compte tenu du contexte sanitaire, que pensez-vous de l’avenir du spectacle vivant ?

Il faut voir cas par cas. Sur l’avenir du spectacle vivant, je suis quelqu’un de plutôt optimiste. Je pense aussi que les artistes sont les forces vives, ils recréent et inventent à chaque fois. Ils vont détourner les choses pour que la culture puisse avoir lieu. Il faut avoir confiance en eux. Ils vont inventer des formes nouvelles, par le numérique par exemple. Regardez, le spectacle Virus de Yan Duyvendak, Kaedama et Dr Philippe Cano a inventé son propre jeu en ligne, qui regroupe des personnes du monde entier. C’est une forme complètement atypique où vous participez à « que fais-t'on devant une pandémie mondiale ? », il s’agit d’une véritable expérience à vivre. Donc je pense que ça va être compliqué, que l’on va avoir une année où l’on va devoir se battre mais nous allons y arriver.

Si vous deviez rapidement persuader un public non initié à participer au festival l’année prochaine, que diriez-vous ?

Soyez curieux. Tentez des aventures. Le festival est là pour ça. Laquelle est-ce ? Je ne sais pas. Est-ce de rentrer dans un théâtre où l’on ne sait pas ce que l’on va voir ? Est-ce que c’est de venir danser avec 50 personnes que l’on ne connait pas ? Est-ce que c’est de participer au jeu en ligne Virus ? Je ne sais pas quelle sera votre expérience mais laissez-vous surprendre.


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Clarisse Jaffro ⎮ 20.10.20